L’information est devenue le nerf de la guerre dans la nouvelle économie mondiale basée sur l’intelligence artificielle. Ces giga serveurs ou datacenters ont besoin d’informations pour continuer à tourner. Le citoyen lui-même, simple consommateur, chercheur, opérateur économique, étudiant, universitaire,….a besoin des informations statistiques. Or ce besoin n’est pas toujours satisfait. Les principaux producteurs de l’information statistiques sont les institutions publiques, et ils n’arrivent pas à assurer leurs missions convenablement. Malgré que la Tunisie dispose d’un système statistique public bien structuré qui tourne autour du Conseil National de la Statistique et de l’Institut National de la Statistique, et malgré les traditions des institutions publiques pour la production d’une information fiable, pertinente et surtout exploitable ; le chercheur de l’information statistique reste toujours à sa faim.
Car la question n’est pas simplement d’avoir les chiffres, mais d’avoir les bons chiffres au bon moment, comparables dans le temps c’est-à-dire des séries statistiques, facilement accessibles et utilisables.
Quelles informations publier et de quelle manière ?
Le problème du système statistique en Tunisie n’est pas la crédibilité ou la fiabilité de l’information puisque nous avons les meilleurs ingénieurs et nous respectons les normes internationales de la publication statistique ; mais dans l’accessibilité, la périodicité, l’exploitation numérique, la méthodologie,….
Nous avons présenté il y a deux jours la situation des publications d’un organisme public producteur d’informations statistiques, à savoir l’Office National du Tourisme Tunisien. Des informations qui remontent à 2021 et des rapports sous format PDF donc difficilement exploitables.
Nous pouvons affirmer, qu’à l’exception de l’INS, la Banque Centrale, et le ministère des finances, aucune institution publique ne respecte les normes de la publication statistique, ni répond aux besoins des exploitants de cette information au niveau de la pertinence, la périodicité, l’actualisation ou l’accessibilité.
Certains organismes publics arrêtent de publier des informations statistiques dés lors qu’une publication a soulevé des polémiques ou des critiques. L’Observatoire National de l’Agriculture a arrêté de publier les chiffres concernant le taux de remplissage des barrages d’une manière périodique suite à la polémique soulevée par la non concordance entre les chiffres publiés et la réalité de la pluviométrie.
La Tunisie ne manque pas de données statistiques. Un portail a même été dédié pour ces données « data.gov.tn » et qui comprend 2900 jeux de données provenant de 197 producteurs d’informations et couvrant 23 thèmes. Le ministère de l’agriculture, qui est le premier producteur d’informations, s’est aussi doté de son portail dédié aux données, mais qui n’est pas constamment actualisé et les informations ne sont pas d’un niveau d’agrégation adapté.
De son côté l’INS, qui est la référence dans ce domaine, gère une plateforme qui regroupe toutes les données publiées et sous un format électronique exploitable. L’INS publie d’une manière périodique les chiffres concernant le PIB et les comptes de la nation, l’inflation, le chômage et l’emploi, le commerce extérieur, les salaires, la consommation, les statistiques démographiques,….L’INS respecte la périodicité et les dates affichées pour la publication. Mais l’INS est resté malheureusement dans ces indicateurs traditionnels et ne s’est pas ouvert aux nouveaux thèmes et nouvelles données tel que ceux relatifs à l’économie informelle, l’économie circulaire, la consommation énergétique des ménages, le télétravail, la délinquance,….L’INS n’a pas aussi intégré de nouveaux indicateurs tel que ceux relatifs à l’indice de confiance des consommateurs, ou l’indice de confiance des investisseurs. C’est ainsi qu’on trouve un décalage entre les besoins des décideurs et des chercheurs d’un côté et l’offre de l’INS en matière statistique de l’autre côté.
L’autre problème des statistiques publiques en Tunisie est la fragmentation des institutions et l’absence d’homogénéité au niveau des concepts et des définitions. Le système statistique public tunisien regroupe les ministères, les entreprises publiques, les collectivités locales,….qui produisent chaque jour des données statistiques diverses. Le conseil national de la Statistique coordonne le travail de tous ces producteurs et supervise la réalisation des enquêtes à travers les visas qu’il donne.
Mais parfois on retrouve des disparités au niveau de certains concepts tel que celui relatif à l’emploi, au revenu des ménages, adulte,….
On retrouve aussi plusieurs institutions publiques qui publient la même donnée mais d’une manière différente tel que ceux relatifs à l’emploi qui est l’affaire de la CNSS, la CNRPS, l’INS, et l’administration fiscale.
L’administration tunisienne regorge de données statistiques mais qui ne sont pas exploitées ou publiées. On retrouve par exemple des données au niveau du ministère du domaine de l’Etat (données foncières), ou au niveau des directions régionales de l’agriculture, ou au niveau des hôpitaux (les maladies, les dépenses de santé, le nombre de visites, les urgences hospitalières). Ces données on les retrouve souvent dans des notes administratives ou des rapports d’activités, sans qu’elles soient structurées avec des séries, une méthodologie et des dates fixes de publication.
Optique de réforme :
Dans une optique de réforme des statistiques publiques en Tunisie, le conseil national de la statistique doit jouer un rôle central. Un guide doté de la force de décret doit être établi afin de fixer les normes obligatoires pour toute publication statistique d’une institution étatique. Le conseil doit établir un diagnostic de tous les sites officiels des organismes publics et même les ministères afin qu’ils actualisent les données publiées dans les 3 langues disponibles.
Le Programme National Statistique établi par le conseil ne doit pas être un simple tableau qui regroupe toutes les productions statistiques, mais un véritable document de référence pour les décideurs et les consommateurs de l’information statistique avec les dates, les méthodologies, les définitions, les références,…Le PNS doit fixer aussi un calendrier national de la publication statistique.




















