La Tunisie s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre dans la réforme de son système de sécurité sociale et de couverture sanitaire. À l’issue d’une séance de travail ministérielle présidée mardi au Palais du Gouvernement à La Kasbah par la Cheffe du Gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, il a été décidé d’engager immédiatement l’élaboration des textes relatifs aux réformes structurelles.
L’objectif affiché est ambitieux : adapter un système construit sur des réalités anciennes aux profondes transformations que connaît aujourd’hui la société tunisienne, entre vieillissement démographique, évolution du marché du travail, multiplication des nouvelles formes d’emploi et poids croissant de l’économie informelle.
Les retraites au cœur de la réforme
Le gouvernement entend notamment revoir les régimes de retraite afin de les adapter aux nouvelles réalités économiques, sociales et démographiques.
Le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a présenté un diagnostic de la situation actuelle et plaidé pour une transformation globale et progressive du système, avec l’instauration à long terme d’une protection sociale à plusieurs piliers.
Des mesures urgentes devraient également être engagées à court et moyen termes.
L’économie informelle désormais dans le viseur
L’un des axes majeurs de la réforme concerne l’élargissement de la couverture sociale à des catégories qui en bénéficient encore insuffisamment.
Sont notamment concernés :
- les travailleurs de l’économie informelle ;
- les travailleurs agricoles et de la pêche ;
- les travailleurs indépendants ;
- les nouvelles professions ;
- les travailleurs de l’économie des plateformes.
L’ambition est de développer des mécanismes de protection adaptés à la diversité des nouvelles formes de travail, tout en simplifiant les procédures d’adhésion et en rapprochant les services des citoyens.
Santé : rapprocher protection sociale et soins
La réforme ne se limitera pas aux retraites et aux cotisations sociales. Le système de santé constitue également un volet central du chantier.
Les autorités veulent renforcer la complémentarité entre sécurité sociale et couverture sanitaire, améliorer les parcours de soins et moderniser la prise en charge des médicaments et des prestations médicales.
Le développement de l’industrie pharmaceutique locale figure également parmi les priorités, avec un objectif de soutien à la production nationale de médicaments essentiels, vaccins et technologies de santé.
Vers une sécurité sociale 100 % numérique ?
Autre axe majeur : l’accélération de la transformation numérique.
Le gouvernement prévoit notamment la modernisation des systèmes d’information, l’interconnexion des différentes structures et la numérisation du dossier médical ainsi que des cartes et services de sécurité sociale.
L’objectif est de faciliter l’accès aux prestations, améliorer la qualité des données et permettre un traitement plus rapide des demandes.
Une réforme qui veut rompre avec les solutions provisoires
La Cheffe du Gouvernement a insisté sur la nécessité de sortir des réponses ponctuelles et partielles pour construire une réforme globale, fondée sur des études techniques et un diagnostic précis.
La mise en œuvre devrait être progressive : mesures urgentes d’abord, réformes à court et moyen termes ensuite, avant les transformations structurelles de long terme.
Un chantier décisif pour l’avenir social du pays
Derrière cette réforme se joue une question fondamentale : comment garantir durablement la protection sociale et sanitaire dans une Tunisie où la population vieillit, où les métiers changent et où une partie importante de l’activité échappe encore aux mécanismes traditionnels de protection ?
Le gouvernement veut désormais apporter une réponse structurelle à cette équation.
Retraites, santé, emploi informel, médicaments, numérique : la Tunisie ouvre ainsi l’un de ses plus importants chantiers sociaux de ces dernières années.




















