Les promesses ne suffisent plus. Pendant que les ministères organisent énième réunion avec les grandes surfaces et le secteur privé, les prix tunisiens explosent insidieusement. Ces consultations deviennent des rituels creux : on évoque la rationalisation des prix, l’importation « raisonnée », la promotion du produit tunisien. Mais sur le terrain, rien ne bouge. L’inflation reprend sa marche forcée, l’alimentation flambe de 8,6%, et les citoyens payent le prix lourd de l’immobilisme.
L’inflation reprend de plus belle
Selon l’INS, en avril dernier, l’inflation a atteint 5,5%, portée notamment par le secteur alimentaire et les produits d’habillement (hausse respective de 8,6% et 9,3%). Face à cette situation, le président a appelé le gouvernement à baisser les prix sur la base de nouvelles conceptions et nouvelles stratégies. Ces mots pèsent lourd : ils reconnaissent que les vieilles méthodes ont échoué.
Les outils archaïques paralysent l’action
Le problème est simple : l’État contrôle le marché comme au siècle dernier. Des agents parcourent les souks avec des carnets, notent l’absence de facture, sanctionnent l’absence d’affichage des prix. C’est de la réactivité pure. On ne joue pas, on ne prépare rien. On intervient quand le problème existe déjà, quand les prix ont déjà explosé, quand une pénurie frappe.
Il n’y a aucune anticipation. Aucun système d’information capable de prédire les pics saisonniers de consommation, aucune donnée sur l’offre réelle, aucune capacité à se préparer. Le gouvernement attendait toujours que la crise arrive pour écrire un arrêté de fixation de prix, créant du coup des pénuries et alimentant les trafics spéculatifs.
Les nouvelles stratégies : de l’intelligence à l’action
Pour vraiment maîtriser les prix, il faut changer radicalement d’approche :
1. Un système d’information intelligent. Un marché piloté requiert des données en temps réel : où sont les goulots, comment évoluent les modes de consommation, quels produits manqueront la semaine prochaine. Cela demande des outils numériques capables d’anticiper, pas de réagir.
2. L’importation comme outil régulateur. Contrairement au mythe de l’autarcie, importer est un acte stratégique quand le marché local dysfonctionne. La viande rouge en Tunisie le prouve : alors que le cheptel effondre, les prix explosent, et l’État n’a rien osé importer. Résultat : le consommateur souffre, le spéculateur prospère.
3. Une renseignement économique véritable. Les services de l’intérieur réussissent sur le marché parce qu’ils savent collecter l’information, cultiver des sources, analyser. Les contrôleurs économiques manquent de ces compétences. Il faut une véritable police du marché, équipée d’outils modernes et d’une culture du renseignement.
4. L’intelligence artificielle au service des inspecteurs. Utiliser la technologie pour surveiller les ententes, démasquer les pratiques anticoncurrentielles, identifier les lobbies. Cela demande des moyens : le ministère du commerce et le conseil de la concurrence manquent cruellement de ressources humaines qualifiées.
5. La numérisation complète des circuits de distribution. On en parle depuis vingt ans. Rien n’a changé. Les marchés de gros demeurent chaotiques, les PV s’écrivent encore sur papier, la traçabilité reste impossible. On doit passer du papier au numérique, du hasard à l’ordre, du doute à la transparence.
La baisse des prix ne se décrète pas en réunion. Elle se construit avec des outils neufs, des hommes compétents, et une volonté réelle de transformer le marché. Le gouvernement doit passer des paroles aux actes, des réunions aux résultats. Les citoyens tunisiens en ont assez d’entendre parler de « nouvelles stratégies » sans en voir les fruits. Il est temps que le changement devienne palpable.
Ben Heddia Abdellatif




















