Au mois de Mars dernier, la Banque Mondiale a publié son rapport What a Waste 3.0 qui est la mise à jour la plus complète sur la gestion des déchets solides, couvrant 217 pays. Un rapport qui vient d’alerter sur une hausse considérable des déchets face à une gestion de plus en plus défaillante. Les projections pour 2050 tablent sur une hausse de 50% des déchets générés par l’homme pour atteindre 3.86 milliards de tonnes/an. Le tunisien, dieu merci, n’est pas classé parmi les grands pollueurs. Depuis 2 ans la Tunisie s’est dotée d’une stratégie nationale de gestion des déchets avec des objectifs fixés pour 2035.
2.56 milliards de tonnes de déchets dans le monde :
What a Waste 3.0 estime que la production mondiale de déchets augmente plus rapidement que prévu. Alors que le rapport What a Waste 2.0 de 2018 estimait que le monde produirait 2,59 milliards de tonnes de déchets d’ici 2030, les chiffres les plus récents montrent que 2,56 milliards de tonnes ont été produites dès 2022.
La répartition des déchets produits est inégale selon les groupes de revenu des pays et les régions. Les pays à revenu élevé, bien qu’abritant 16 % de la population mondiale, ont produit 29 % des déchets mondiaux en 2022 et ont enregistré la production de déchets par habitant la plus élevée. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, qui représentent 36 % de la population, ont produit la plus grande part des déchets dans le monde, soit 42 %. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure représentent environ 40 % de la population et ont produit 25 % des déchets mondiaux, tandis que les pays à faible revenu, avec 9 % de la population, ont produit 4 % des déchets.
Les déchets alimentaires et les déchets verts représentent la majorité des déchets municipaux dans les pays à faible revenu, soit 52 % du total des déchets produits. En revanche, les pays à revenu élevé voient leurs flux de déchets dominés par les matériaux recyclables secs, les textiles et les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), qui représentent ensemble environ 50 % de leurs déchets municipaux. Les plastiques constituent environ 12,5 % des déchets solides municipaux dans le monde.
Les taux de collecte des déchets présentent de fortes disparités entre les niveaux de revenu et les régions. Les pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure affichent des taux de collecte élevés, les régions à revenu élevé comme l’Amérique du Nord rapportant des taux proches de 100 % et les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure atteignant environ 89 %. En revanche, les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure collectent 61 % de leurs déchets et les pays à faible revenu ne collectent que 28 % de leurs déchets.
À l’échelle mondiale, les décharges restent le mode de gestion des déchets le plus courant, représentant 29 % de l’ensemble des déchets, suivies de la récupération des matériaux par recyclage, compostage et digestion anaérobie (21 %) et de l’incinération avec récupération d’énergie (20 %). Les 30 % restants des déchets produits dans le monde sont soit déversés à ciel ouvert, soit ne sont pas collectés du tout.
Les activités de gestion et de recyclage des déchets sont d’importantes sources d’emplois, et on estime qu’elles mobilisent environ 18 millions de travailleurs urbains dans le secteur des déchets, soit environ 0,3 % de la population urbaine mondiale.
Cout et financement :
Le coût mondial de la gestion des déchets municipaux dépasse déjà 250 milliards de dollars par an et devrait atteindre 426 milliards de dollars d’ici 2050 si les pratiques actuelles se poursuivent.
Alors que les systèmes de base de gestion des déchets dans les pays à faible revenu coûtent au moins 40 à 45 dollars par tonne selon les conditions locales, les systèmes de pointe qui intègrent le recyclage et le détournement de la mise en décharge dépassent souvent 120 dollars par tonne.
Les frais d’utilisation des services de gestion des déchets varient considérablement, allant de 10 dollars par ménage et par an dans les pays à faible revenu à plus de 500 dollars dans les pays à revenu élevé, avec des frais moyens de 30 et 260 dollars, respectivement.
Tunisie : Une stratégie nationale de gestion des déchets :
Chaque tunisien dégage 0.67 Kg de déchet par jour. Elle se place à la 13ème place dans les pays arabes.
Les tunisiens ont généré 2.9 millions de tonnes de déchets en 2022. Les projections du rapport tablent sur une génération de 3.3 millions de tonnes en 2030, 3.9 millions de tonnes en 2040 et 4.5 millions de tonnes en 2050. 4% des déchets en Tunisie sont recyclés, 5% sont compostés, 70% sont jetés, et 21% sont enfuis dans des décharges ouvertes.
Selon le même rapport, les Bahreinis sont le plus qui génèrent de déchets par jour avec 2.83 Kg/personne, suivis des Koweitis avec 2.21 Kg/personne/jour et les Omanais avec 2 Kg.
En 2024 la Tunisie a déjà mis en place sa stratégie nationale pour la gestion des déchets. La stratégie se fixe un ensemble d’objectifs spécifiques en matière de prévention et de gestion des déchets:
- Réduire de 10 % la quantité de déchets ménagers et assimilés (DMA) produits par habitant en 2035, par rapport aux chiffres de l’année 2020.
- Augmenter le taux de recyclage matière des déchets ménagers et assimilés pour atteindre un taux de 20% à l’horizon de 2035.
- Augmenter progressivement la quantité de déchets faisant l’objet d’une valorisation organique ou énergétique, pour atteindre un taux de 40% en 2035.
- Réduire la mise en décharge de 60 % des DMA à l’échéance de 2035.
En 2020, les déchets représentaient 8% des dégagements de Gaz à Effet de Serre en Tunisie.




















