Après des semaines de débat, principalement via les réseaux sociaux et les médias, l’Assemblée vient de voter les 5 lois concernant les concessions pour la production du photovoltaïque. Un débat entre deux logiques : l’une souverainitiste et l’autre pragmatique. Nous pensons que plusieurs experts et parlementaires, d’un camp comme de l’autre n’ont pas su poser la bonne question pour résoudre le problème. La question principale qui devrait être posée est la suivante : comment notre pays peut-il trouver l’adéquation entre la souveraineté énergétique et une transition rapide vers des sources d’énergies renouvelables, dans un contexte de contraintes budgétaires et un environnement international perturbé ? Ou comment la Tunisie peut-elle atteindre son objectif d’avoir 35% de son énergie renouvelable d’ici 2030 alors qu’elle est aujourd’hui à 9%, rapidement et à moindre coût ?
Une lecture simple des débats qui ont précédé le vote au parlement, donne raison à ceux qui pensent que ces concessions sont une atteinte à notre souveraineté énergétique. Confier à des investisseurs privés, et au dessus tout, étrangers, l’exploitation de nos ressources solaires est une atteinte à notre indépendance et un retour à un colonialisme d’un nouveau genre.
Les obligations pour la STEG d’acheter cette électricité à un prix fixe pendant plus de 25 ans sont aussi une autre contrainte pour une entreprise publique criblée de plus d’un milliard de dettes.
Pour attirer les investisseurs, les contrats prévoient l’octroi des revenus de la taxe carbone aux sociétés qui ont obtenu la concession. Une concession jugée illogique et s’apparente à de la trahison.
Les conflits qui se rapportent à ces contrats sont traités dans des tribunaux d’arbitrage international et non devant les tribunaux tunisiens, ce qui est considéré encore une fois comme une atteinte grave à la souveraineté et la confiance dans notre système judiciaire.
Autant d’éléments qui militent en faveur d’une renégociation de ces contrats et pourquoi pas accorder ce travail et cet investissement à la STEG comme société nationale publique.
Mais ramener le débat à une logique binaire entre souveraineté et concession est une lecture simpliste de la réalité économique. La Tunisie enregistre un déficit énergétique structurel qui atteint plus de 57%. L’objectif d’atteindre 35% d’énergie renouvelable en 2030 semble hors d’atteinte. Les conflits internationaux qui perturbent le marché du brut, alors que la Tunisie est importateur net de pétrole, ajoutent de l’eau à notre moulin. L’investissement dans le photovoltaïque nécessite de grands investissements que ni le budget de l’Etat ni la STEG ne peuvent fournir.
Retarder ces projets, ou décaler le déploiement massif des énergies renouvelables revient à prolonger le déficit et la dépendance énergétique. Le coût économique sera encore plus important.
Les mécanismes de concessions sont un transfert du risque du public vers le privé, tout en accélérant la mise en œuvre des projets. Refuser ces instruments sous le chapeau de la souveraineté théorique, revient à ralentir la transition énergétique et augmenter le déficit structurel.
Un benchmark international est très utile pour apporter des éclaircissements. Des pays comparables au notre, comme le Maroc ou l’Egypte ont eu recours à ces instruments pour développer rapidement leurs capacités en énergies renouvelables. Une ouverture qui a permis des gains significatifs pour ces pays en termes de coûts et mix énergétique. Même dans des pays développés en Europe et qui ont des moyens financiers et techniques importants, le privé joue un rôle important dans le déploiement des énergies renouvelables.
Faut-il pour autant ignorer les risques émanant à ces instruments ? Certainement pas.
L’enjeu principal à ce niveau ne se limite pas au fait qu’on ne doit pas avoir recours au système de la concession dans les projets d’énergies renouvelables, mais dans les techniques de négociation des contrats et de la mise en œuvre. En effet, insister sur le transfert technologique, le recours à du personnel et du matériel local, peut aider à développer une industrie locale importante. La Tunisie a tous les atouts au niveau des ingénieurs et la main d’œuvre qualifiée pour piloter des projets aussi importants, chose qu’elle montrée dans des concessions précédentes.
On ne doit pas voir aussi dans ces concessions comme le seul outil capable de booster la transition énergétique ou la baguette magique qui va réduire notre déficit structurel. Ce sont de simples instruments qui doivent être combinés avec d’autres tels que la maîtrise de la consommation énergétique ou le développement de l’autoproduction de l’électricité par les ménages ou même l’autorisation pour de nouvelles prospections pétrolières. Le tout dans une stratégie globale et une vision claire.
La réponse à la polémique qui a été soulevée par le vote de ces concessions ne doit pas être binaire, c’est-à-dire choisir entre souveraineté et transition énergétique. La réponse doit être comment développer notre transition énergétique afin de préserver notre souveraineté.




















