Suite à la publication de la circulaire n° 2026-04 de la Banque Centrale de Tunisie du 26 mars 2026, imposant aux importateurs de produits « non prioritaires » de constituer sur leurs fonds propres l’intégralité de la valeur de leurs importations et supprimant tout concours financier bancaire pour ces opérations, la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) exprime ses plus vives préoccupations quant aux conséquences de cette mesure sur le tissu économique national, l’emploi et la santé des citoyens.
Une mesure déjà tentée, déjà abandonnée
La CONECT rappelle que ce dispositif est de nature analogue à celui institué par la circulaire n° 2017-09 d’octobre 2017, qualifié de restriction de change et abrogé en 2019 par les autorités tunisiennes elles-mêmes, après avoir constaté des résultats limités. Sa réintroduction, dans un contexte institutionnel plus fragile, appelle à un examen attentif de ses effets prévisibles.
Des PME pénalisées, une concurrence affaiblie
En exigeant un autofinancement intégral, la circulaire opère une sélection de fait entre les opérateurs économiques. Les grands groupes disposant de trésoreries suffisantes poursuivront leurs importations ; les PME et les commerçants de taille moyenne — plus de 97% du tissu économique — risquent d’être exclus de facto. Cette concentration du marché est de nature à favoriser les positions de rente là où les pouvoirs publics appellent à davantage de concurrence.
Un impact direct sur l’emploi et la santé publique
Les entreprises concernées — commerce, distribution, logistique, services — constituent le premier employeur privé du pays. Toute réduction de leur activité se traduira par des suppressions de postes et une dégradation de la qualité de l’emploi, en particulier pour les jeunes et les travailleurs en situation précaire.
La CONECT soulève également une préoccupation de santé publique : certains produits figurant sur la liste — notamment certains produits dermatologiques — sont administrés à des patients fragiles, y compris des malades atteints de cancer. Leur renchérissement ou leur raréfaction aurait des conséquences directes sur la santé des citoyens les plus vulnérables.
Des chaînes d’approvisionnement industrielles menacées
La liste des produits concernés inclut des intrants utilisés par l’industrie — emballages, abrasifs, matériaux de construction, équipements sanitaires. Dans plusieurs filières, et notamment celle des produits d’hygiène, l’importation des matières premières et des tensioactifs transite par des importateurs-distributeurs de taille modeste qui seront les premiers affectés. La perturbation de ce maillon logistique risque de désorganiser la production nationale et de pénaliser les exportations.
Un risque d’expansion de l’informel et un goulot bureaucratique
En raréfiant l’offre légale, la mesure crée les conditions d’une expansion des circuits parallèles et de la contrebande, avec à la clé des pertes de recettes fiscales et douanières. Elle intervient dans un contexte où le financement du secteur privé est déjà fortement contraint : crédit bancaire en contraction réelle, exposition croissante des banques au risque souverain, et cashification accélérée de l’économie.
Par ailleurs, la vérification stricte des codes NGP imposée aux banques par l’article 3 et l’exigence d’une fiche technique ministérielle pour les industriels risquent de créer un goulot d’étranglement bureaucratique qui alourdira les délais de traitement pour l’ensemble des entreprises.
Position de la CONECT : oui à la préservation des équilibres, non aux mesures sans concertation
La CONECT comprend le souci légitime de préserver les réserves de change dans un contexte géopolitique incertain. Toutefois, toute mesure, aussi légitime soit-elle dans ses objectifs, a moins de chance de succès si elle est insuffisamment préparée et adoptée sans concertation avec les acteurs économiques.
La CONECT formule sept recommandations :
- Ouvrir un dialogue structuré entre la BCT, les ministères concernés et les organisations patronales pour évaluer conjointement l’impact de la mesure.
- Réviser la liste des produits en distinguant biens de consommation finale et intrants industriels.
- Retirer les produits à usage médical ou paramédical dont la raréfaction constituerait un risque pour la santé publique.
- Simplifier les procédures d’exemption pour les industriels, en allégeant le dispositif de fiche technique ministérielle prévu à l’article 4.
- Privilégier une approche graduée et incitative, intégrant le soutien aux exportations et la production locale.
- Assurer la cohérence institutionnelle avec la réforme du Code des changes et les engagements internationaux de la Tunisie.
- Communiquer de manière transparente sur les conséquences de la conjoncture géopolitique et les marges de manœuvre réelles du pays.
« La préservation des équilibres extérieurs est un objectif partagé. Mais elle ne peut se faire au prix de l’exclusion des PME, de la destruction d’emplois, de la désorganisation des chaînes d’approvisionnement industrielles et de l’atteinte à la santé des citoyens. Le dialogue avec les forces vives de l’économie n’est pas un luxe — c’est une condition de réussite. »
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