L’un des freins à l’investissement en Tunisie est l’instabilité du cadre législatif et l’imprévisibilité face à l’administration. C’est ce qui vient d’être confirmée par la circulaire n°2026-4 du 26/03/2026 relative aux conditions de financement de l’importation de produits non prioritaires.
Une circulaire prise sans concertations, ni discussions, ni période transitoire. C’est aussi une circulaire motivée par des circonstances nationales et internationales. En résumé c’est une circulaire à double tranchant.
Un contexte qui impose des mesures urgentes :
La circulaire n°2026-4 du 26/03/2026 impose aux banques de ne pas mettre à la disposition des importateurs des concours financiers pour le financement de l’importation de produits considérés non prioritaires qu’à la condition que les importateurs constituent, sur leurs fonds propres, des déposits couvrant la totalité de la valeur des importations envisagées. Cette obligation s’impose indépendamment du mode de règlement financier desdites importations, notamment par le biais d’un crédit documentaire, d’une remise documentaire, d’un virement bancaire ou d’une traite, avalisée ou non avalisée. Une liste contenant une centaine de produits a été établie.
Les concours financiers s’entendent de l’ensemble des formes de financements, notamment les crédits, les avances, les crédits documentaires ainsi que les garanties bancaires, quelle qu’en soit la nature.
La liste comprend les voitures de tourisme, les vêtements, les fromages, certains fruits frais ou secs, les boissons alcoolisées et les liqueurs, les produits de maquillage, les champoing, certains produits de beauté, les tricycles, certain matériel électroménager, les climatiseurs, matériel bureautique, les verres et les vaisselles, ….Tous ces produits sont considérés comme non prioritaires, c’est-à-dire des produits de luxe. Cette liste n’est pas nouvelle. Elle est établie depuis des années, et on la fait sortir du tiroir à chaque crise ou volonté de contrôler certains secteurs de l’économie.
Cette circulaire est publiée dans une conjoncture économique difficile, et une instabilité internationale très grave manifestée par la guerre israélo-américaine sur l’Iran et le riposte iranienne sur les pays du Golfe. C’est aussi un signal que l’heure est grave. Les réserves en devises de la Tunisie ont atteint 25.1 milliards de dinars soit 106 jours d’importation. Une situation légèrement confortable dans des conditions normales. Mais avec un baril à 112 dollars, un stock stratégique d’hydrocarbure qui s’épuise, les besoins futurs de la Tunisie pour l’importation de plusieurs produits de première nécessité (céréales, huile végétale, sucre, café, médicaments,….), le niveau des réserves en devises n’est pas assez réconfortant. C’est même un niveau très faible. La publication de la circulaire semble s’inscrit dans une logique proactive de pénurie de devises.
Une circulaire qui pose problème :
La circulaire pose le problème du timing. Aucun avertissement ou aucune annonce n’ont été donnés pour les opérateurs économiques afin de se préparer.
La liste même de produits est sujet à contestation puisqu’elle comprend certains produits qu’on considérait de luxe alors qu’ils sont de première nécessité pour le consommateur tel que les appareils électroménagers, certains produits de nettoyage, les pneumatiques,….et que la production nationale n’arrive pas à satisfaire la demande.
Partant de ce constat, cette circulaire semble taillée au profit du marché parallèle. La nature a horreur du vide, ce qu’on ne trouve pas dans le formel, on va le chercher à l’informel.
C’est aussi une circulaire qui profite aux grandes entreprises et aux grands importateurs et qui sont capables de mobiliser les fonds nécessaires pour importer. Les petites entreprises seront obligées de changer d’activité ou de mettre les clés sous la porte. On cite à ce niveau les nouveaux petits importateurs de voitures électriques qui sont apparus sur le marché tunisien ces derniers jours, face aux géants traditionnels de concessionnaires.
La circulaire est considérée aussi comme un frein législatif à l’investissement dans les secteurs couverts par la restriction objet de l’annexe.
L’histoire nous confirme que plusieurs mesures similaires pour contrôler les importations ont été prises au cours des 10 dernières années et que leur impact était très limité. Le déficit commercial en 2025 a atteint 21.8 milliards de dinars en hausse de 15% par rapport à 2024. Le taux de couverture n’a pas dépassé 74%.
La circulaire est certes nécessaire afin de contrôler le recours à nos réserves en devises et à les orienter vers les produits les plus stratégiques pour le pays, mais elle est préjudiciable pour le secteur formel et les petites entreprises. Il serait plus judicieux d’encourager encore plus les exportations tunisiennes, que de contrôler les importations.


























