La suspension de la cotation de Tawasol Group Holding (TGH) à la Bourse de Tunis, décidée par le Conseil du Marché Financier (CMF) à compter du 18 décembre 2025, marque un tournant sensible dans le parcours boursier du groupe. Au-delà d’un simple incident technique ou comptable, cette décision remet sur le devant de la scène les enjeux de gouvernance, de transparence financière et de concentration du capital au sein de l’une des sociétés holding les plus commentées du marché tunisien.
Une décision lourde de sens du régulateur
Dans son communiqué officiel, le CMF indique que cette mesure fait suite à une réunion tenue le 16 décembre 2025avec le Directeur Général de TGH et les commissaires aux comptes, portant sur les rapports de certification des états financiers de l’exercice 2024.
Ces rapports ont mis en évidence l’existence de réserves récurrentes et non régularisées, persistantes sur deux exercices consécutifs ou plus — un élément jugé suffisamment sérieux pour justifier une suspension immédiate de la cotation.
Sur un marché de plus en plus attentif à la qualité de l’information financière, la persistance de telles réserves constitue un signal d’alerte majeur, tant pour le régulateur que pour les investisseurs.
États pro forma exigés : une condition à la reprise
Le CMF précise que la cotation ne pourra reprendre qu’après la publication par la société d’un communiqué officiel intégrant notamment des états financiers en “pro forma”.
Ce type de document vise à reconstruire la lecture financière de l’entreprise en intégrant des ajustements correctifs, afin de permettre au marché d’apprécier plus fidèlement la situation économique réelle du groupe.
Autrement dit, le régulateur demande à TGH de répondre précisément aux réserves soulevées, et non de se contenter d’une communication de façade.
Un calendrier délicat pour les actionnaires
Cette suspension intervient à un moment particulièrement sensible, alors que les états financiers 2024 sont destinés à être soumis à l’approbation de l’Assemblée Générale Ordinaire, programmée pour la fin décembre 2025.
Pour les actionnaires minoritaires, la situation crée un double effet d’incertitude :
- impossibilité temporaire de céder ou d’acquérir des titres,
- absence de visibilité immédiate sur la valorisation réelle de la société.
Qui contrôle réellement Tawasol Group Holding ?
L’analyse de l’actionnariat permet de mieux comprendre les équilibres internes du groupe.
🔹 La famille Chabchoub est l’actionnaire ultra-dominant de Tawasol Group Holding, avec environ 75,33 % du capital.
🔹 Le public (investisseurs individuels et institutionnels) détient près de 14,83 %.
🔹 La société Esseyaha complète la structure avec environ 9,84 %.
Cette configuration confère à la famille Chabchoub un contrôle quasi total sur les décisions stratégiques, la gouvernance et l’orientation financière du groupe.
Concentration du capital : force ou fragilité ?
Dans l’absolu, un actionnariat familial majoritaire peut être un facteur de stabilité stratégique. Mais dans un contexte boursier, il soulève aussi plusieurs questions clés :
- Qualité du dialogue avec le marché,
- Indépendance effective des organes de contrôle,
- Protection des intérêts des actionnaires minoritaires,
- Capacité à corriger rapidement les insuffisances comptables et organisationnelles.
La suspension décidée par le CMF rappelle que, quelle que soit la structure du capital, les exigences de transparence s’imposent à tous les émetteurs cotés.
Un test de crédibilité pour TGH
La séquence actuelle constitue un véritable test de crédibilité pour Tawasol Group Holding.
La rapidité et la qualité de la réponse apportée — notamment à travers les états pro forma attendus — détermineront :
- la date de reprise de la cotation,
- le niveau de confiance restauré auprès du marché,
- et, à moyen terme, la valorisation boursière du titre.
au-delà de TGH, un signal pour tout le marché
L’affaire Tawasol Group Holding dépasse le cas d’une seule société. Elle envoie un message clair à l’ensemble des entreprises cotées :
la répétition de réserves d’audit non traitées n’est plus tolérable,
la gouvernance financière est devenue un enjeu central de crédibilité,
le régulateur est prêt à utiliser pleinement ses prérogatives pour préserver l’intégrité du marché.
Pour TGH, l’heure n’est plus à la communication défensive, mais à la clarification, à la correction et à la reconquête de la confiance





















