Au moment de l’examen de la loi des finances pour 2026, le sujet de la pression fiscale en Tunisie est plus que d’actualité. En effet, depuis des années, chaque loi des finances apporte son lot de nouveaux impôts et de nouvelles taxes. On oublie parfois au niveau du ministère des finances que quand la charge fiscale augmente, l’entrepreneur n’investit pas et par conséquent ne crée pas de nouveaux emplois, et a tendance à migrer vers l’économie informelle.
Un niveau record :
« On étouffe, et je pense sérieusement fermer mon entreprise, on est surtaxé», nous confiait un chef d’entreprise. La pression fiscale en Tunisie ne cesse de monter, et c’est toujours le secteur formel qui paie, alors que l’informel se développe en toute impunité. Le secteur informel dépasse aujourd’hui 40% selon la Banque Mondiale. Selon les chiffres officiels, la pression fiscale était de 24.5% en 2022, 25% en 2024, 24.7% en 2025, et le budget économique prévoit déjà une pression à 25.3%. En comptabilisant les cotisations sociales et la contribution sociale de solidarité le taux atteint plus de 36%. Si on ajoute les taxes des collectivités locales, le chiffre augmente encore.
Dans un récent sondage réalisé par la chambre Tuniso-française de commerce, 94% des entreprises françaises implantées en Tunisie citent la pression fiscale comme un obstacle majeur.
Boucher les trous du budget :
Les recettes fiscales ne cessent d’augmenter afin de couvrir les trous des finances publiques. En 2024, près de 60% du budget de l’État provenait des impôts. Pour la même année les impôts sur les sociétés ont augmenté de 17.2%. L’Etat a pu collecter plus de 37 milliards de dinars en 2024, et seulement jusqu’au mois d’Août 2025, les recettes fiscales ont atteint 29.1 milliards de dinars en hausse de 6.4% par rapport à la même période de 2024.
Pour 2026 les recettes fiscales prévues sont de l’ordre de 47.7 milliards de dinars soit 90.9% des recettes de l’Etat. Certain experts qualifient la Tunisie de « l’Etat de l’impôt ».
Selon une étude publiée sur le European Scientific Journal en 2024, une hausse de la pression fiscale de 1 point permet de récupérer 472 millions de dinars de recettes fiscales.
Avec un tel taux de pression fiscale, la Tunisie est championne d’Afrique toute catégorie. En effet, la moyenne africaine au niveau de la pression fiscale est de 16.5%.
Outre le niveau élevé des taxes et impôts en Tunisie, les entrepreneurs dénoncent une complexité aberrante. En effet, entre la TVA, l’IRPP, l’IS, les cotisations sociales, les impôts des collectivités locales, les droits de timbre et les contributions sectorielles ; le chef d’entreprise se trouve dans une « forêt fiscale ». Pire encore, les taux de ces impôts et taxes, et leur mode calcul, change d’une année à l’autre.
Cette situation pousse malheureusement vers l’informalité et l’évasion fiscale, et pénalise la compétitivité des entreprises tunisiennes. Elle met aussi une pression énorme sur la trésorerie des entreprises qui n’arrivent pas à investir ou étendre leurs activités.
Conséquence directe plus de 200.000 entreprises ont déposé le bilan sur la période 2019-2023 selon l’association des petites et moyennes entreprises.
Malheureusement on ne retrouve pas dans l’actuel projet de loi des finances des mesures qui visent à élargir l’assiette d’impôt au lieu de les augmenter. Aucune mesure qui encourage l’informel à se formaliser, ou à simplifier les procédures auprès de l’administration fiscale. Le projet de loi des finances pour 2026 maintient aussi l’instabilité et l’imprévisibilité fiscale en ajoutant de nouvelle mesures et de nouvelles taxes.
Le gouvernement doit trouver l’équilibre difficile entre recettes fiscales, mesures conjoncturelles et la pérennité des entreprises.
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