La Banque Mondiale vient de publier son bulletin économique concernant la zone MENAAP et intitulé « Combler les fossés, saisir les opportunités : l’intelligence artificielle, les emplois et la croissance ». Le rapport met en exergue les changements qui doivent être opérés surtout à la lumière des tensions géopolitiques dans la région et les obstacles et défis au niveau de l’intelligence artificielle. Pour la Tunisie, les experts de la Banque Mondiale ont souligné ses atouts en tant que pays importateur de pétrole et qui combine talent technique et écosystème numérique en croissance. Le chiffre à retenir de ce rapport pour toute la région est que l’IA à travers l’automatisation menace moins de 10 % des emplois dans la région mais a le potentiel d’augmenter la productivité dans 13 à 20 % des emplois.
La Tunisie: pays importateur de pétrole mais a beaucoup d’opportunités :
Le rapport a surtout soulevé les risques pour les pays importateurs de pétrole tel que la Tunisie, le Maroc, l’Egypte ou la Jordanie qui sont exposés par le biais de divers canaux économiques, notamment en raison de pressions inflationnistes accrues découlant de la hausse des cours du pétrole et d’autres matières premières, d’une réduction de la marge de manœuvre budgétaire, d’une baisse des transferts de fonds en provenance des économies du Golfe, ainsi que d’une augmentation des coûts d’emprunt — principalement liée à une hausse des primes de risque, dans un contexte marqué par la persistance du conflit.
La croissance de la Tunisie devrait se modérer à 2,3 %, sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie et de contraintes de financement qui pèsent sur la demande intérieure.
Alors que la croissance en Jordanie et à Djibouti devrait se renforcer modestement en 2027, à mesure que les conditions régionales en matière de commerce et de transport s’amélioreront, la Tunisie restera probablement freinée par l’assainissement budgétaire et un accès limité au financement extérieur.
Dans les prochaines années la Tunisie pourra bénéficier des avantages de grands projets pour réduire son déficit énergétiques. L’interconnexion ELMED entre la Tunisie et l’Italie illustre ce potentiel. Sa liaison bidirectionnelle de 600 mégawatts, prévue, permettra à la Tunisie d’importer de l’électricité lorsque sa production nationale est limitée et, à terme, d’exporter le surplus d’énergie solaire et éolienne vers les marchés européens. Des investissements similaires, soutenus par une réglementation, un financement et des achats coordonnés, pourraient renforcer la sécurité énergétique tout en aidant la région à convertir ses ressources renouvelables en de nouvelles sources de commerce et de croissance
Selon le rapport, la Tunisie et le Maroc sont en tête dans la région au niveau des produits de haute technologie représentent respectivement plus de 7 % et 5 % de leurs exportations manufacturières, suivis par l’Égypte et le Pakistan.
La demande des disciplines digitales sont passés de 63% des demandes d’emplois en 2021 à 75% en 2025 en Tunisie. Au niveau de l’infrastructure, la Tunisie ne compte que 2 datacenters, alors que le Maroc abrite 5 datacenters, l’Egypte 6, les Emirats 18 datacenters, et l’Arabie Saoudite 22.
La Tunisie héberge aussi 137 entreprises en relation avec l’Intelligence Artificielle, contre 209 au Maroc, 289 en Egypte, 676 en Arabie Saoudite et 2385 aux Emirats Arabes unis.
L’adoption de l’IA dans la région :
En se basant sur des enquêtes terrain, le rapport de la Banque Mondiale a examiné le niveau d’adoption de l’IA dans la région et les freins qui existent.
En effet, le faible dynamisme du secteur privé constitue un frein important à la diffusion de l’IA dans la région, où les entreprises investissent et innovent bien moins que leurs homologues d’économies au niveau de revenu comparable. Seulement 16 % des entreprises ont introduit un nouveau produit ou service au cours des 3 dernières années, contre 29 % dans d’autres pays émergents et pays en développement (PEPD).
À peine 24 % ont investi dans le capital physique, et moins d’une entreprise sur cinq offre une formation formelle à ses travailleurs — bien en deçà des taux correspondants de 37 % et 30 % respectivement dans les PEPD en dehors de la région.
La forte présence des entreprises publiques — qui représentent environ 20 à 50 % de la valeur ajoutée dans la région — étouffe la concurrence et réduit l’incitation des entreprises privées à innover. Ces problèmes sont aggravés par la corruption et l’instabilité politique, que 41 % des entreprises des économies à faible revenu et 49 % de celles des économies à revenu intermédiaire de la région identifient comme des contraintes majeures.
Un secteur privé aux investissements chroniquement insuffisants dans le capital, les ressources humaines et les nouveaux produits n’est pas armé pour saisir pleinement les opportunités offertes par les technologies d’IA.
La faiblesse réglementaire freine l’adoption de l’IA :
La faiblesse réglementaire est un frein avéré à l’adoption de l’IA. Les plus grandes lacunes de la région MENAAP en matière de préparation sont l’absence de cadres juridiques adaptables régissant les modèles d’entreprises numériques et la capacité limitée de l’État à les faire respecter. Les préoccupations relatives à la confidentialité des données, à la responsabilité algorithmique et à l’incertitude réglementaire sont mentionnées dans les stratégies nationales d’IA et systématiquement identifiées par les entreprises du secteur privé comme des contraintes importantes.
Ces contraintes persistent alors que l’IA promet d’accroître la productivité des travailleurs et des entreprises dans toute la région. À court terme, l’automatisation menace moins de 10 % des emplois dans la région. En revanche, l’IA a le potentiel d’augmenter la productivité dans 13 à 20 % des emplois dans la région MENAAP. Ce potentiel est cependant loin d’être garanti. Les gains de l’IA se diffusent de manière inégale selon les niveaux de revenu et de qualification — tant à l’échelle mondiale que dans la région MENAAP.




















