La relance du phosphate tunisien pourrait constituer l’un des leviers les plus rapides pour soutenir l’économie nationale et desserrer l’étau de la crise financière. C’est l’analyse du Dr Mohamed Ghazi Ben Jemia, expert en énergie et en hydrocarbures, qui estime que le gouvernement est pleinement conscient des défis auxquels fait face ce secteur stratégique.
Dans une interview exclusive accordée à Africanmanager, l’expert souligne que le retour aux niveaux de production de 2010, soit environ 8 millions de tonnes, reste un objectif majeur, mais qu’il exige de s’attaquer à plusieurs obstacles environnementaux, industriels et sanitaires.
Production en panne : les obstacles à lever
Selon Mohamed Ghazi Ben Jemia, les difficultés environnementales, les contraintes liées à la production et à la transformation du phosphate, ainsi que les répercussions sur la santé figurent parmi les principaux freins au développement du secteur.
La reprise nécessite donc des investissements importants afin de limiter les dommages environnementaux et sanitaires, tout en améliorant les capacités de production et de traitement.
L’enjeu est de taille : redonner au phosphate tunisien sa place dans l’économie nationale, tout en répondant aux exigences environnementales et aux préoccupations des populations concernées.
L’eau industrielle, un dossier crucial pour la relance
L’expert insiste également sur la nécessité de trouver une solution durable à la crise de l’eau industrielle utilisée pour le lavage du phosphate.
Il préconise de réduire la dépendance aux nappes phréatiques et de privilégier davantage les eaux traitées. Une orientation qui permettrait de mieux préserver les ressources hydriques, tout en répondant aux besoins d’un secteur fortement dépendant de l’eau.
Maknassy, Kébili et Le Kef : de nouveaux gisements à explorer
Au-delà du bassin minier traditionnel, de nouvelles perspectives pourraient s’ouvrir dans plusieurs régions du pays.
Mohamed Ghazi Ben Jemia indique que des forages récents à Maknassy, Kébili et Le Kef ont donné des résultats positifs, laissant entrevoir l’existence de réserves importantes de phosphate en dehors de la zone historique du bassin minier.
Selon lui, le développement des capacités de production dans une première phase, puis l’atteinte des objectifs fixés, permettraient d’envisager l’exploitation de ces nouveaux gisements.
Cette perspective pourrait contribuer à élargir la base géographique de la production nationale, sous réserve de confirmer le potentiel des réserves et de réunir les conditions techniques, financières et environnementales nécessaires.
Les cours mondiaux, une fenêtre d’opportunité pour la Tunisie
L’expert considère enfin que l’augmentation de la production de phosphate constitue l’une des voies les plus rapides et les plus efficaces pour soutenir le développement économique et atténuer les difficultés financières du pays.
Cette stratégie intervient dans un contexte marqué, selon lui, par une hausse notable des cours internationaux du phosphate et de ses dérivés, qui ont atteint des niveaux particulièrement élevés ces dernières années.
Pour la Tunisie, l’enjeu est donc de transformer cette conjoncture favorable en recettes et en activité économique, à condition de lever les blocages qui pèsent sur la production.
Le phosphate, un test décisif pour la relance économique
Entre le retour à un objectif de 8 millions de tonnes, la valorisation de nouveaux gisements et la résolution des problèmes liés à l’eau et à l’environnement, le phosphate tunisien se trouve face à un défi majeur.
La relance du secteur pourrait offrir un levier économique important, mais elle dépendra de la capacité à concilier hausse de la production, investissements durables et protection de l’environnement.




















