117 milliards d’euros d’ici 2050 : c’est le financement qui serait nécessaire pour concrétiser les projets d’hydrogène vert en Tunisie. Derrière cette ambition énergétique se dessinent toutefois de lourdes interrogations sur le coût des investissements, les besoins en eau et les capacités énergétiques du pays.
Dans une déclaration exclusive à Africanmanager, Elyes Ben Ammar, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, a exprimé plusieurs réserves concernant ces projets, estimant qu’ils pourraient accentuer les tensions sur des ressources déjà sous pression.
117 milliards d’euros : une facture colossale à l’horizon 2050
Selon Elyes Ben Ammar, la mise en œuvre de ces projets nécessiterait des investissements estimés à 117 milliards d’euros d’ici 2050, qui seraient mobilisés à travers des prêts et des allocations budgétaires publiques.
Pour le responsable syndical, l’ampleur de cette facture soulève la question du financement et de ses conséquences sur les ressources publiques. Il estime qu’un dialogue national aurait dû précéder la validation ou l’adoption officielle de ces projets.
L’eau, le principal point de vigilance
La Fédération met particulièrement en garde contre les besoins hydriques de la filière. D’après les rapports et études auxquels se réfère Elyes Ben Ammar, les projets d’hydrogène vert pourraient nécessiter, à l’horizon 2050, un volume d’eau équivalant au quart des besoins des Tunisiens en eau potable.
Une perspective préoccupante dans un pays confronté à une pression croissante sur ses ressources hydriques.
Le responsable syndical rappelle que la disponibilité annuelle en eau par habitant se situerait entre 350 et 380 mètres cubes, un niveau qu’il associe à une situation de « faillite hydrique ».
100 gigawatts d’énergies renouvelables : un défi énergétique majeur
Les réserves concernent également les besoins énergétiques. Selon Ben Ammar, ces projets impliqueraient le déploiement d’infrastructures massives d’énergies renouvelables, avec une capacité estimée à environ 100 gigawatts, soit près de 20 fois la production énergétique actuelle du pays, selon sa comparaison.
La Fédération craint que les besoins nécessaires au développement de cette filière ne pèsent davantage sur l’équilibre énergétique national, au lieu de contribuer à le renforcer.
Un appel à un dialogue national avant les décisions
Au-delà des enjeux financiers, hydriques et énergétiques, Elyes Ben Ammar estime que des projets d’une telle ampleur auraient dû faire l’objet d’une consultation nationale avant leur adoption officielle.
Cette démarche aurait permis, selon lui, d’examiner leurs coûts, leurs besoins en ressources et leurs conséquences à long terme, tout en associant les différentes parties concernées.
Hydrogène vert : ambition stratégique ou pari trop coûteux ?
Le débat autour de l’hydrogène vert en Tunisie dépasse désormais la seule question de la transition énergétique. Il porte aussi sur la capacité du pays à financer de tels projets, à mobiliser suffisamment d’énergie renouvelable et à préserver ses ressources en eau.
117 milliards d’euros, des besoins hydriques considérables et une capacité renouvelable annoncée de 100 gigawatts : les chiffres avancés par la Fédération placent la question de la faisabilité au cœur du débat. L’enjeu sera de confronter ces estimations aux études techniques, aux ressources réellement disponibles et aux choix stratégiques de la Tunisie à l’horizon 2050.




















