Alors que la période des soldes vient de commencer en Tunisie le 7 Aout 2026, on n’enregistre pas aucun rush ou bousculade dans les magasins afin de dénicher les bonnes affaires. Pourtant plusieurs vitrines de magasins affichent « jusqu’à -70% ». Ce rendez-vous commercial généralement attendu par les commerçants avec impatience et parfois avec scepticisme est en train de perdre de son importance pour multiples raisons. Le consommateur de son côté se pose toujours la question « Y a-t-il vraiment des soldes en Tunisie ? Entre perception des consommateurs, pratiques de commerçants, et cadre règlementaire figé remontant à 1998, comment décrypter cet évènement au cœur de la consommation, principal moteur de croissance.
Une enquête, certes qui n’est pas récente, et remonte à 2018, réalisée par l’Institut National de la Consommation a révélé que 8 % seulement des familles consacrent un budget pour la saison des soldes, contre 78 % qui ne le font pas et 14 %, le font parfois. Les achats pendant cette période sont financés dans une proportion de 66 % par le salaire mensuel, contre 20 % qui optent pour l’épargne et 11 % pour l’achat à tempérament.
Sur la perception des soldes par les consommateurs, 40 % les considèrent comme une occasion pour les commerçants de se débarrasser des vieilles marchandises, 27 % trouvent que c’est une opportunité d’acheter des produits de qualité à bas prix, 14 % saisissent cette période pour organiser leurs achats, et 11 % disent profiter des soldes pour acheter des articles qu’ils utilisent postérieurement.
Au sujet de l’évaluation de l’expérience des consommateurs, lors de la dernière saison des soldes, il ressort que 34 % de l’échantillon ont procédé aux achats pendant la dernière période des soldes, qui sont en majorité des femmes, des habitants des régions côtières et des jeunes. Leurs achats se sont concentrés essentiellement sur les vêtements (82%), les chaussures (43%), et parfums et cosmétiques (9%).
Les raisons de ne pas procéder à des achats pendant les soldes étaient pour manque de moyens (44%), faute de temps (13%), et la non-programmation du shopping (13%).Une proportion de 10% a fait des achats sur Internet, en majorité des garçons des régions côtières et des personnes âgées.
Ces chiffres confirment que la culture des soldes n’est pas bien ancrée dans le mode de consommation des tunisiens. Un désintérêt qui se confirme d’une année à l’autre. Les consommateurs tunisiens souffrent actuellement d’un manque de liquidité important vu l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat. Même ceux qui envisagent faire les soldes, dénoncent des pratiques douteuses de la part des commerçants. En effet, certains gonflent les prix avant la période des soldes pour les baisser durant les soldes, d’autres affichent des soldes allant jusqu’à 70% alors que les produits concernés ne dépassent pas les doigts de la main dans le magasin, et certains commerçants utilisent la période des soldes comme un vide grenier et écoulent des produits démodés et invendus depuis des années. Ces pratiques perturbent la confiance des consommateurs dans la transparence des prix durant les soldes. Un déficit de confiance qui pousse les consommateurs à ne pas se préparer réellement aux soldes ni réserver un budget.
Ce désintérêt de la part des consommateurs n’encourage pas les commerçants à adhérer à cet évènement et offrir des offres intéressantes pour leurs clients.
Les soldes ont perdu aussi de leur intérêt à cause des ventes promotionnelles au cours de l’année par les commerçants. Ces pratiques, pourtant bien encadrées par la loi sur les modes de vente, enregistrent des dérives graves. En effet, plusieurs chaines de prêt à porter ou de simples magasins organisent des ventes promotionnelles en dehors des périodes des soldes sans avoir l’accord de l’administration chargée du commerce, et souvent quelques jours avant les soldes.
Les soldes ne sont plus intéressants pour les consommateurs, surtout à cause du développement de la vente en ligne. En effet, plusieurs pages Facebook, ou des magasins ont développé la vente en ligne avec le mode « paiement à la livraison ». Certes ces magasins en ligne ont des pratiques douteuses sur la qualité et la véracité des offres, mais certains ont réussi à se faire une clientèle fidèle et ont des offres intéressantes. Ces pratiques de vente en ligne se sont développées depuis des années surtout en l’absence d’un contrôle stricte de la part des agents du ministère du commerce.
Sur un autre plan, la période des soldes n’est pas fixée par un décret ou une loi, c’est pour cette raison que les dates changent selon les saisons. Alors qu’en France, les dates sont fixes ce qui crée des habitudes permanentes chez les consommateurs, les dates changent chez nous. Une fois les 7 Aout, d’autre fois le 25, et l’année d’après le 14…
Tous ces éléments ont fait qu’on ne peut pas parler de véritables soldes en Tunisie. Un évènement commercial qui aurait pu dynamiser l’économie nationale, aider les commerçants à renouveler leurs stocks et soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs, est en train de disparaitre sans aucune initiative législative de la part de l’administration pour lui redonner vie en modernisant une loi qui remonte à 1998.




















