Depuis le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février 2026, l’économie tunisienne subit un choc externe dont l’ampleur dépendra directement de la durée du conflit. Si les épisodes de cessez-le-feu se sont succédé — dont un accord annoncé le 14 juin visant à mettre fin aux hostilités et à rouvrir le détroit d’Ormuz — la reprise des tensions observée depuis courant juillet remet le scénario d’un conflit prolongé au centre des préoccupations budgétaires tunisiennes. Voici les principaux canaux de transmission à surveiller.
| 63,3 $
Baril retenu dans la LF 2026 |
+160 MDT
Coût par dollar supplémentaire sur le baril |
16 Mds DT
Déficit budgétaire réévalué (8,5 % du PIB) |
100 000+
Tunisiens employés dans le Golfe |
1. Le choc pétrolier, premier facteur de risque
La Tunisie, importatrice nette d’énergie, a construit sa loi de finances 2026 sur l’hypothèse d’un baril à 63,3 dollars. Ce pari est aujourd’hui déconnecté de la réalité du marché : le Brent a franchi à plusieurs reprises la barre des 90, puis des 100 dollars depuis le début du conflit, porté par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un cinquième du pétrole mondial.
« Chaque dollar supplémentaire sur le baril représente environ 160 millions de dinars de coût additionnel pour le Trésor tunisien. »
— Estimations reprises par L’Économiste Maghrébin et Afrik.com, 2026
Un conflit qui s’installe dans la durée prolongerait mécaniquement cette pression : lors du pic observé au printemps, avec un baril oscillant entre 95 et 140 dollars, le surcoût potentiel pour les finances publiques avait été évalué jusqu’à 7 milliards de dinars.
2. Un dérapage budgétaire déjà engagé
L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) a révisé ses projections : le déficit budgétaire 2026 est désormais estimé à 16 milliards de dinars, soit 8,5 % du PIB, contre 11 milliards prévus dans la loi de finances initiale. La croissance, elle, pourrait retomber à 1 %, contre 2,5 % l’année précédente, sous l’effet combiné du choc énergétique, du ralentissement européen et des tensions commerciales internationales.
Ce dérapage se traduit par un besoin de financement accru : le gouvernement devrait emprunter l’équivalent d’environ 51 % des recettes fiscales totales pour l’exercice 2026, une part appelée à augmenter si le conflit persiste et que la facture énergétique continue de grimper.
3. Effet domino sur les céréales et l’inflation importée
Le choc ne se limite pas aux carburants. Les prix des céréales importées subissent historiquement environ 35 % de la hausse du prix du pétrole, en raison du renchérissement des engrais azotés, eux-mêmes indexés sur le gaz naturel. Un conflit prolongé prolongerait donc la pression sur les prix alimentaires, avec un effet direct sur le pouvoir d’achat des ménages tunisiens et sur la facture des subventions.
4. Effet d’éviction sur le crédit à l’économie
Pour financer un déficit en expansion, l’État doit emprunter massivement auprès du système bancaire et de la Banque centrale, absorbant une part croissante des liquidités disponibles. Conséquence directe : moins de crédit disponible pour les entreprises souhaitant investir et pour les ménages souhaitant emprunter — un frein supplémentaire à une reprise déjà fragile.
5. Transferts de la diaspora du Golfe : un canal à surveiller
Plus de 100 000 Tunisiens travaillent dans les pays du Golfe. Une escalade prolongée du conflit, susceptible d’affecter l’activité économique régionale, ferait peser un risque sur l’emploi de cette diaspora et, par ricochet, sur les transferts de devises vers la Tunisie — une source de recettes extérieures non négligeable pour la balance des paiements.
6. Un signal boursier à interpréter avec prudence
Sur le plan financier, la Bourse de Tunis a affiché une progression de 34 % en 2025 et de 19 % sur les quatre premiers mois de 2026. Ce dynamisme ne reflète toutefois pas une amélioration des fondamentaux des entreprises cotées, mais plutôt un repli des investisseurs, faute d’alternatives productives, vers la spéculation boursière — signe indirect des tensions pesant sur le reste de l’économie réelle.
7. La Tunisie face à ses voisins
Comparée à ses voisins maghrébins, la Tunisie apparaît structurellement plus exposée. Le Maroc, qui importe environ 94 % de ses besoins énergétiques, subit lui aussi une dégradation de sa balance commerciale, mais dispose de marges de manœuvre budgétaires différentes. L’Algérie, en revanche, exportatrice d’hydrocarbures, pourrait tirer un bénéfice net de la hausse des cours — une asymétrie régionale qui accentue la vulnérabilité relative de l’économie tunisienne en cas de choc prolongé.
Ce qu’il faut retenir
- Un conflit court aurait un impact limité et transitoire sur l’économie tunisienne.
- Un conflit prolongé, en revanche, transforme un choc pétrolier ponctuel en choc structurel pour les finances publiques : subventions carburant, dette, inflation importée.
- Les canaux à surveiller en priorité : prix du Brent, besoin de financement en devises, transferts de la diaspora du Golfe, et évolution des réserves de change de la Banque Centrale de Tunisie.
- La marge de manœuvre budgétaire tunisienne, déjà réduite avant le conflit, se resserre à mesure que la guerre dure — renforçant l’urgence d’un accès rapide à des financements extérieurs en dollars.




















