La microfinance est en train de se développer en Tunisie à un rythme très soutenu sous l’effet du durcissement du crédit bancaire et de la baisse du pouvoir d’achat d’une grande partie des tunisiens. De son côté le chômage a poussé beaucoup de demandeurs d’emplois à s’endetter auprès des institutions de microfinance pour essayer de créer une source momentanée de revenu. Avec la baisse de l’activité des associations de microfiunance, les institutions privées de microfinances ont accaparé la plus grande part de marché. Les chiffres publiés récemment par l’Autorité de Contrôle de la Microfinance confirment que cette activité est très rentable et surtout peu risquée grâce à un système de recouvrement très efficace.
L’encours des crédits en hausse de 17.5% :
Au 31/12/2025, le nombre de clients actifs des IMF et leurs encours se sont établis respectivement à 856 105 clients et 3 010 millions de dinars contre 801 404 clients et 2 562 millions de dinars une année auparavant, enregistrant deux taux de croissance annuels respectifs de 6.8 % et 17.5%. Le montant de l’encours moyen par client actif a enregistré une augmentation de 10% durant la même période passant de 3 198 dinars à 3 516 dinars.
90% du volume des microfinancements ont été accordés par les IMF SA contre seulement 10 % par les Associations de Microcrédits qui gèrent des fonds alloués à la Banque Tunisienne de Solidarité.
Les microfinancements accordés par les IMF (SA et AMC) ont enregistré au terme de l’année 2025, une hausse de 15.6% par rapport à la même période de l’année 2024, en passant de 2348millions TND à 2714 millions TND.
Le nombre des personnes ayant pu obtenir pour la première fois dans leur vie un financement qui leur a été consenti par une IMF SA, s’est élevé au cours du quatrième trimestre 2025 à 18 881 contre 18 578 et 16 052 respectivement au cours du même trimestre des années 2024 et 2023. Ce chiffre confirme l’engouement d’une grande partie de la population vers les microcrédits afin de répondre à des besoins de financement imprévus ou pour créer une source de revenu ou améliorer les conditions de vie. Les Institutions de microfinance ont assuré un déploiement territorial très important jouant la stratégie de la proximité. En effet, ce sont plus de 245 agences qui sont gérées par 7 institutions de microfinance qui assurent les services de microfinance en Tunisie et s’ajoutent à plus de 289 associations.
1/3 de la population active des Institutions de Microfinance ont des crédits en même temps auprès des banques ou Sociétés de leasing, soit 195 842 clients.
Les taux d’intérêt appliqués au niveau des institutions de microfinance dépassent dans la majorité des cas les 30%. Pour le taux d’intérêt nominal applicable à tous les microfinancements alloués à l’amélioration des conditions de vie (ACV) le maximum a été fixé à 24 % ainsi que pour l’éducation ou l’amélioration du logement. Les frais d’études de dossier varient entre 1 et 1.7%. L’activité « microcrédit » est très rentable surtout que les IMF empruntent auprès des banques ou les bailleurs de fonds à des taux deux fois inférieurs.
Un portefeuille à risque très faible :
Le volume de financement pour la microfinance augmente chaque année répondant à une demande en croissance. Au mois d’Avril 2026 les institutions de microfinance ont décaissé 253.6 millions de dinars pour 44765 crédits, contre 223 millions de dinars au mois de Mars 2026.
Le plus important pour ces financements c’est qu’ils sont peu risqués. En effet, selon l’Autorité de Contrôle de la Microfinance, le portefeuille à risque ayant au moins un jour de retard pour le remboursement atteint 4.36% au mois d’Avril 2026. Pour le portefeuille ayant un retard compris entre 1 jour et 30 jours il représente 1.77% de l’encours global. Les bénéficiaires ayant des retards compris entre 31 et 60 jours pour le remboursement de leurs crédits, ils ne représentent que 0.50% au mois d’Avril 2026. Pour le portefeuille à risque à plus de 90 jours, il ne représente que 1.63%.
Les institutions de microfinance en Tunisie ont des équipes de recouvrements très performants. Ils comptent beaucoup sur la proximité et les relations personnelles, puisque ces agents sont recrutés dans les villes d’implantation. Parfois le recouvrement d’une mensualité d’un crédit frôle avec le harcèlement ou la menace verbale. Ces institutions réalisent aussi des études de dossier très pointues pour les demandeurs de financement. On compte surtout sur la connaissance personnelle du demandeur et ses capacités de remboursement ou les capacités financières du garant.
L’activité de la microfinance en Tunisie est en croissance continue remplissant un vide laissé par les banques et les dérives de l’exclusion financière. C’est une activité qui profite aussi à des investisseurs privés qui sont de plus en plus nombreux à vouloir profiter de la rentabilité du secteur.
L’attractivité du secteur s’améliorera certainement si les IMF sont autorisées à collecter l’épargne auprès des citoyens ou accréditées à réaliser les opérations de micro-assurance.




















