Le commerce électronique en Tunisie n’a pas enregistré jusqu’à présent le boom estimé et espéré. Pourtant sur le plan législatif, la Tunisie était l’un des premiers à légiférer dans ce domaine avec la loi d’Aout 2000 sur les échanges électroniques. La connectivité des tunisiens est parmi les plus importantes dans des pays similaires. Sur le plan culturel, le tunisien a montré une grande ouverture d’esprit face aux nouveautés et aux technologies. Et pourtant les chiffres montrent un secteur au stade embryonnaire. Quelques « quick wins » peuvent multiplier le chiffre d’affaire du secteur par 3 en quelques années.
Un secteur au stade embryonnaire :
Selon les derniers chiffres, le volume du commerce électronique en Tunisie a atteint 1.3 milliards de dinars, soit 2% du volume des échanges commerciaux. Ce montant traduit les échanges réalisés de bout en bout d’une manière électronique, c’est-à-dire de la commande au paiement. Or, plus de 4 fois ce montant est réalisé avec l’option du paiement à la livraison « cash on delivery ».
Le secteur augmente chaque année par une moyenne de 30% ce qui est en soi une grande performance.
Selon une étude de la Banque Mondiale, seulement 8.7% des tunisiens ont effectué un achat en ligne au cours des douze derniers mois contre une moyenne de 60% à l’échelle mondiale.
Officiellement nous avons plus de 2500 sites web marchands, mais réellement ce ne sont que quelques dizaines qui sont réellement actifs et réalisent des flux continus.
40% des produits achetés en ligne sont de l’habillement et des accessoires, 30% de produits électroniques et 15% de produits de beauté.
Malgré toutes les stratégies et les développements qui ont été engagés, le déclic pour le décollage du commerce électronique en Tunisie n’a pas encore été amorcé. Plusieurs séminaires, plusieurs études, des centaines de réunions mais en vain. Il faut avouer que le sort de ce secteur est géré au niveau d’une simple direction au ministère du commerce, qui n’a ni le poids, ni les moyens pour imposer une certaine vision stratégique.
Récemment, le ministère du commerce a organisé un atelier pour engager la réflexion sur la stratégie de développement du commerce électronique pour la période 2026-2030. Une énième réflexion qui aboutira à la fin à des déclarations d’intention qui resteront lettre morte.
2 mesures urgentes :
Une lecture des différentes analyses, études et stratégies sur le secteur en Tunisie, dégagent toujours les mêmes problèmes et les mêmes obstacles, sans proposer les réponses adéquates.
L’un des problèmes majeurs qui bloquent le développement du commerce électronique en Tunisie est principalement, « la confiance des consommateurs ». Malheureusement, les tunisiens n’ont pas confiance dans les sites marchands. Ils n’ont pas aussi confiance dans la fiabilité et la sécurité des moyens de paiement électronique. La solution pour ce problème est de développer un label de confiance. Une première tentative a été faite en 2016 par l’Institut de la Consommation, relevant du ministère du commerce et la Chambre de la Vente en ligne relevant de l’UTICA, mais qui n’a pas aboutit.
Le développement d’un tel label, avec des critères et un cahier des charges très strictes qui garantit les droits des consommateurs est très important pour restaurer la confiance des consommateurs et surtout d’évincer les sites marchands anarchiques et qui ne respectent pas les règles et les normes du secteur. Une grande campagne de communication doit être faite autour de ce label afin de rassurer les consommateurs. Les associations de défense des consommateurs, les professionnels ainsi que les agents de contrôle économique doivent être impliqués dans ce processus de labellisation. C’est ainsi que les consommateurs qui achètent sur les sites marchands ayant ce label de confiance, auront toutes les garanties sur le sérieux et la fiabilité de l’opérateur.
Sur un autre plan, l’Etat tunisien doit mettre la main dans la pâte, afin de développer ce secteur qui a un fort potentiel de croissance et qui peut contribuer à la croissance économique et l’amélioration des circuits de distribution. Pour être attractif, le commerce électronique doit être moins cher que le commerce physique. C’est ainsi que l’Etat doit prévoir des exonérations et des incitations pour les produits commercialisés en ligne afin d’orienter les consommateurs vers ce canal de distribution. Que l’on veuille ou non, le prix est toujours un élément principal pour attirer les consommateurs. L’Etat peut prévoir une suspension de la TVA pendant une période de 3 à 5 ans pour tous les produits commercialisés en ligne. Cette suspension créera certainement le réflexe et la culture du commerce électronique chez les consommateurs. Le flux au niveau de ce secteur peut être multiplié par 3 en une année. L’Etat va gagner aussi en termes d’impôts sur les sociétés et en transparence des circuits de distribution.
Rien qu’avec ces deux mesures on peut augmenter la part du commerce électronique dans le commerce de détail. En France cette part est de 11%, et elle est de 3% au Maroc.




















