La Tunisie est depuis des années bien intégrée dans les chaines de valeur de l’industrie automobile européenne. 76.6% des exportations tunisiennes des IME sont destinés vers le marché européen. Avec son Industrial Accelerator Act, l’Europe veut protéger l’industrie automobile européenne contre l’invasion de la Chine. Un processus en pleine négociation entre les 27 pays membres de l’UE. Cet accord a des dommages collatéraux sur les partenaires de l’Europe dont fait partie la Tunisie. Le récent accord Franco-Allemand sur la définition du « Made In Europe », même s’il reste soumis à l’accord des 27 pays, est un signal d’alarme pour l’Industrie Mécanique et Electrique tunisienne qui risque de souffrir. Face à ce jeu de « deal » qui se fait à Bruxelles, la diplomatie économique tunisienne est aux abonnés absents.
Les positions allemande et française viennent récemment de converger après un échange de concessions. Les deux positions se présentent comme suit :
- La France : « Made in Europe ». Paris souhaite privilégier les produits fabriqués en Europe, notamment dans les marchés publics et les dispositifs de soutien, afin de protéger les capacités industrielles européennes face à la concurrence chinoise.
- L’Allemagne : « Made with Europe ». Berlin défend une approche plus ouverte, qui intégrerait certains partenaires commerciaux extérieurs à l’Union européenne, à condition qu’ils offrent une réciprocité d’accès à leurs marchés.
L’accord trouvé entre Berlin et Paris consiste à se pencher plus vers « le Made In Europe » avec l’élargissements pour certains pays partenaires tel que la Grande Bretagne, en contrepartie la France a accepté des concessions supplémentaires sur les émissions de CO2 des voitures pour 2035.
Cette distinction est fondamentale pour la Tunisie. Une préférence européenne stricte pourrait pénaliser les fournisseurs tunisiens, alors qu’une conception plus ouverte, intégrant certains partenaires de l’UE, pourrait préserver une partie des avantages de la proximité industrielle.
Le rapprochement franco-allemand ne doit donc pas être interprété comme une exclusion déjà décidée de la Tunisie. Les modalités finales, les secteurs concernés et les critères d’éligibilité restent déterminants.
Plusieurs secteurs seront touchés en Tunisie tel que les composantes automobiles et les faisceaux électriques, les câbles électriques, l’assemblage et la sous-traitance industrielle et les pièces métalliques et les machines.
Aujourd’hui, une entreprise tunisienne peut être compétitive grâce à ses coûts de production, sa proximité géographique, sa main-d’œuvre qualifiée et son intégration dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
Concrètement un client d’un pays européen sera poussé à choisir un fournisseur de l’Union pour bénéficier de l’origine européenne et ainsi bénéficier des subventions et avantages fiscaux et l’accès au marché public. Il pourra aussi réduire les tracasseries liées à la traçabilité et la conformité règlementaire.
Face à ces enjeux, la diplomatie économique tunisienne est immobile pour sauver plus de 45% des exportations tunisiennes.
La Tunisie, à travers le ministère de l’industrie et notre représentation diplomatique à Bruxelles doivent impérativement engager des négociations sur le statut de partenaire industriel privilégié afin d’exonérer l’IME tunisienne de l’application stricte de cette règlementation.
De son côté le ministère du Commerce doit se préparer au scénario du pire en identifiant les secteurs les plus vulnérables et les entités qui seront touchés dans leurs exportations. Un travail de diversification des marchés à l’export est très important à ce niveau à l’instar de ce que vient de faire le Groupe Elloumi, en investissant au Portugal plus de 15 millions d’Euros. Une cellule d’alerte doit être mise en place sur ce thème au niveau de Centre de Promotion des Exportations sous tutelle du ministère du commerce.
La préférence européenne pourrait fragiliser certains segments de l’industrie mécanique et électrique tunisienne, en particulier les fournisseurs fortement intégrés à l’automobile et aux chaînes de composants. Le risque est celui d’une marginalisation progressive dans certains marchés et dispositifs de soutien, plutôt que d’une fermeture générale du marché européen. L’alerte est donnée, la machine du gouvernement doit impérativement fonctionner.




















