Pourquoi la direction générale d’une banque exige une disponibilité, une préparation et une capacité de travail hors normes Diriger une banque en Tunisie n’est pas un métier comme les autres. Ce n’est pas simplement occuper un bureau, présider des réunions et signer des documents. C’est porter, chaque jour, une responsabilité considérable à l’égard des déposants, des entreprises, des salariés, des actionnaires et, plus largement, de l’économie nationale.
C’est pourquoi il est légitime de poser une question que l’on évite parfois de poser : combien d’heures un directeur général de banque doit-il réellement consacrer à sa fonction ? À mes yeux, dans les périodes normales comme dans les périodes difficiles, un DG de banque doit être prêt à consacrer 12 à 15 heures par jour à sa mission lorsque les circonstances l’exigent. Non pas comme un objectif mécanique ou une obligation permanente, mais parce que la fonction impose une disponibilité et une préparation qui dépassent largement les horaires administratifs classiques. Le véritable travail commence avant l’arrivée au bureau Un bon directeur général ne devrait pas découvrir son environnement professionnel à 8 ou 9 heures du matin. Sa journée peut commencer beaucoup plus tôt. 5 heures du matin. Pourquoi ? Parce qu’avant même d’arriver à son bureau, il doit savoir ce qui s’est passé dans le monde, dans la région et en Tunisie. Il doit lire la presse économique et financière.
Il doit suivre les marchés internationaux, les taux d’intérêt, les matières premières, les grandes décisions des banques centrales, les évolutions géopolitiques susceptibles d’avoir des conséquences économiques, mais aussi l’actualité nationale. Il doit également prendre connaissance des informations concernant son propre établissement : évolution des dépôts, crédits, liquidité, risques, marchés, incidents éventuels, performances commerciales, dossiers sensibles. Un DG qui commence sa journée sans avoir pris connaissance de son environnement commence déjà avec un retard. Préparer avant d’agir La deuxième exigence est la préparation. Un DG efficace ne doit pas seulement regarder son agenda. Il doit préparer son agenda. Quels sont les rendez-vous du jour ? Avec qui ? Quels sont les enjeux ? Quels dossiers doivent être tranchés ? Quelles décisions sont attendues ? Quels chiffres faut-il connaître avant d’entrer dans une réunion ? Quels interlocuteurs nécessitent une préparation particulière ? Une rencontre de trente minutes peut nécessiter une heure de préparation.
Une réunion avec le conseil d’administration, une autorité de régulation, un grand client ou un partenaire stratégique peut nécessiter plusieurs heures. Le temps passé à préparer une décision est souvent beaucoup plus utile que celui consacré à réparer une mauvaise décision. Une banque fonctionne 24 heures sur 24 Il faut également comprendre la particularité du secteur bancaire. Les marchés financiers ne s’arrêtent pas à 17 heures. Les risques ne prennent pas de congé. Les clients importants peuvent avoir besoin d’une décision urgente. Une crise de liquidité, un incident informatique, une cyberattaque, un problème de conformité, une opération internationale ou une évolution brutale des marchés peuvent survenir à n’importe quel moment. Le DG n’est évidemment pas censé tout faire lui-même. Une banque moderne repose sur des équipes, des directions spécialisées, des procédures et des systèmes de contrôle. Mais le DG doit être capable d’intervenir lorsque la situation l’exige. 12 à 15 heures : une réalité de responsabilité, pas un concours de présence Il faut toutefois faire une distinction essentielle. Dire qu’un DG peut devoir consacrer 12 à 15 heures par jour à sa fonction ne signifie pas qu’il faille mesurer sa performance au nombre d’heures passées dans son bureau. La présence n’est pas la performance. Un dirigeant peut rester quinze heures au bureau et prendre de mauvaises décisions. À l’inverse, un dirigeant extrêmement organisé peut déléguer efficacement, prendre les bonnes décisions rapidement et consacrer moins de temps à certaines tâches opérationnelles. Mais pour atteindre cette efficacité, il faut justement une préparation considérable. Le travail d’un DG ne se limite pas au temps visible : réunions, déplacements, représentations officielles et signatures. Il y a aussi le travail invisible : lecture, réflexion, analyse, anticipation, arbitrage, préparation des dossiers, échanges avec les collaborateurs et suivi des décisions. Le réveil à 5 heures : symbole d’une culture de responsabilité Se lever à 5 heures du matin n’est donc pas, en soi, une preuve de compétence. Mais cela peut être le symbole d’une certaine conception de la responsabilité. Celle d’un dirigeant qui veut arriver au bureau déjà informé, déjà préparé et déjà capable de décider. Pendant que d’autres commencent leur journée en découvrant les nouvel





















