{"id":141111,"date":"2026-08-01T18:11:53","date_gmt":"2026-08-01T16:11:53","guid":{"rendered":"https:\/\/lexpertjournal.net\/fr\/?p=141111"},"modified":"2026-08-01T18:11:53","modified_gmt":"2026-08-01T16:11:53","slug":"lempire-horchani-anatomie-dune-fortune-tunisienne-restee-dans-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lexpertjournal.net\/fr\/?p=141111","title":{"rendered":"L&#8217;empire Horchani : anatomie d&rsquo;une fortune tunisienne rest\u00e9e dans l&rsquo;ombre"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><\/h1>\n<h1><strong><b>Un nom que personne ne prononce, un produit que tout le monde conna\u00eet<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>Il existe en Tunisie une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re de notori\u00e9t\u00e9 : celle qui s&rsquo;attache \u00e0 un produit plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un homme. Des g\u00e9n\u00e9rations de familles tunisiennes ont ouvert une bo\u00eete de thon El Manar sans jamais s&rsquo;interroger sur l&rsquo;identit\u00e9 de celui qui la fabrique. Ce grand \u00e9cart entre l&rsquo;omnipr\u00e9sence du produit et l&rsquo;effacement volontaire du propri\u00e9taire r\u00e9sume, \u00e0 lui seul, quarante ans de strat\u00e9gie de Rached Horchani, fondateur en 1983 d&rsquo;un groupe qui s&rsquo;\u00e9tend aujourd&rsquo;hui de la p\u00eache thoni\u00e8re hauturi\u00e8re aux participations bancaires, en passant par l&rsquo;h\u00f4tellerie saharienne, les carri\u00e8res, l&rsquo;agro-industrie et la finance.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme n&rsquo;a pratiquement jamais donn\u00e9 d&rsquo;interview. Le groupe qui porte son empreinte n&rsquo;a, pendant longtemps, exist\u00e9 dans l&rsquo;espace public que par fragments : une marque ici, une d\u00e9claration de franchissement de seuil boursier l\u00e0, une ligne dans un organigramme d&rsquo;actionnariat bancaire. C&rsquo;est cette discr\u00e9tion, pr\u00e9cis\u00e9ment, qui rend la publication r\u00e9cente d&rsquo;un article de synth\u00e8se consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ensemble du groupe \u2014 ses activit\u00e9s, sa structure, son virage financier et son passage par les Pandora Papers \u2014 un \u00e9v\u00e9nement en soi, ind\u00e9pendamment de ce qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<h1><strong><b>De la bo\u00eete de conserve \u00e0 la cha\u00eene de valeur int\u00e9grale<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>Manar Thon reste la pi\u00e8ce fondatrice et la plus visible de l&rsquo;\u00e9difice. L&rsquo;entreprise revendique le leadership du march\u00e9 tunisien de la conserve de thon et de sardine depuis 1983, et op\u00e8re sous quatre marques : El Manar, Oscar, Ra\u00efs et Tonnara. Ce qui distingue ce groupe agroalimentaire de ses concurrents, c&rsquo;est sa ma\u00eetrise verticale de la cha\u00eene : Horchani P\u00eache poss\u00e8de sa propre flotte hauturi\u00e8re sp\u00e9cialis\u00e9e dans le thon, ce qui signifie que le poisson qui entre en conserverie a \u00e9t\u00e9 p\u00each\u00e9 par des bateaux appartenant \u00e0 la famille elle-m\u00eame. Peu d&rsquo;op\u00e9rateurs nord-africains peuvent revendiquer une int\u00e9gration aussi compl\u00e8te, de la mer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tal.<\/p>\n<p>\u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Medigel s&rsquo;occupe du volet crustac\u00e9s et c\u00e9phalopodes \u2014 crevettes, calmars, poulpes \u2014 congel\u00e9s et conditionn\u00e9s pour l&rsquo;export vers des march\u00e9s particuli\u00e8rement exigeants en mati\u00e8re de cha\u00eene du froid : la Gr\u00e8ce, le Japon, la France, l&rsquo;Espagne. R\u00e9ussir \u00e0 exporter durablement vers ces quatre destinations suppose une rigueur logistique et sanitaire que peu d&rsquo;entreprises de transformation de la r\u00e9gion parviennent \u00e0 maintenir dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<h1><strong><b>Quatre soci\u00e9t\u00e9s pour une seule datte<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>La fili\u00e8re datti\u00e8re du groupe est \u00e9clat\u00e9e entre quatre entit\u00e9s distinctes : Horchani Dattes, Horchani Dattes International, HDPM et Kartago Foods. Ce choix n&rsquo;est pas un hasard organisationnel mais une r\u00e9ponse structurelle \u00e0 la nature du commerce de la deglet nour, l&rsquo;un des principaux postes d&rsquo;exportation agricole tunisienne. S\u00e9parer la production, le conditionnement local, la commercialisation internationale et les produits de marque permet de cloisonner les risques de change, les contrats d&rsquo;exportation et les actifs agricoles \u2014 une architecture qui prot\u00e8ge chaque maillon des al\u00e9as propres aux autres.<\/p>\n<p>Horchani Olive Oil compl\u00e8te ce dispositif avec une huile d&rsquo;olive extra vierge certifi\u00e9e biologique, segment le plus r\u00e9mun\u00e9rateur du premier poste d&rsquo;exportation agricole du pays. Le groupe se pr\u00e9sente lui-m\u00eame comme ma\u00eetrisant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la cha\u00eene de valeur agroalimentaire, de la production \u00e0 l&rsquo;exportation \u2014 une formule qui, au regard de cette architecture, rel\u00e8ve moins de l&rsquo;auto-promotion que du constat.<\/p>\n<h1><strong><b>Trois h\u00f4tels, loin des sentiers battus<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>La division touristique, Odyss\u00e9e Hotels, exploite trois \u00e9tablissements choisis avec une coh\u00e9rence g\u00e9ographique manifeste : l&rsquo;Odyss\u00e9e Resort and Thalasso \u00e0 Zarzis, quatre \u00e9toiles tourn\u00e9 vers la thalassoth\u00e9rapie ; le Tamerza Palace, dans les montagnes proches de Tozeur ; et le Tozeur Plaza, h\u00f4tel urbain dans la m\u00eame r\u00e9gion oasienne. Aucun de ces trois \u00e9tablissements ne se trouve \u00e0 Hammamet ou \u00e0 Sousse, les zones traditionnellement les plus touch\u00e9es par la concurrence tarifaire et les chocs s\u00e9curitaires qu&rsquo;a connus le tourisme tunisien. Le pari du groupe est celui d&rsquo;une client\u00e8le au pouvoir d&rsquo;achat plus \u00e9lev\u00e9, attir\u00e9e par le d\u00e9sert et le bien-\u00eatre plut\u00f4t que par le baln\u00e9aire de masse. D&rsquo;anciennes communications du groupe \u00e9voquaient un p\u00e9rim\u00e8tre touristique plus large \u2014 H\u00f4tellerie et Tourisme Saharien, Odyss\u00e9e Palace, Odyss\u00e9e Management, Promocar \u2014 dont on ignore s&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9, restructur\u00e9 ou simplement retir\u00e9 de la vitrine institutionnelle.<\/p>\n<h1><strong><b>L&rsquo;industrie invisible qui irrigue tout le reste<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>C&rsquo;est sans doute le segment le moins spectaculaire du groupe, et pourtant l&rsquo;un des plus r\u00e9v\u00e9lateurs de sa logique interne. Best Transfo, Best Frigo, Les Carri\u00e8res Horchani, Medicar et Process forment une cha\u00eene d&rsquo;approvisionnement interne : le froid industriel alimente les m\u00e9tiers de la mer et de la datte, l&rsquo;extraction de pierre nourrit la construction, la fabrication m\u00e9tallique \u00e9quipe les actifs immobiliers du groupe. Rien, dans cette architecture, n&rsquo;est laiss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pendance d&rsquo;un fournisseur ext\u00e9rieur quand une filiale peut faire l&rsquo;affaire. L&rsquo;immobilier, port\u00e9 par Immobili\u00e8re Horchani et Makateb El Horchani, avec en appui l&rsquo;ancienne entit\u00e9 STUMAC dans la distribution de mat\u00e9riaux, referme la boucle.<\/p>\n<h1><strong><b>Le tournant financier : dix ans \u00e0 transformer des b\u00e9n\u00e9fices en pouvoir bancaire<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 partir de 2013 que le profil du groupe change de nature. Horchani Finance, pr\u00e9sid\u00e9e par Rached Horchani lui-m\u00eame, engage une politique d&rsquo;acquisition syst\u00e9matique de participations dans le syst\u00e8me bancaire et financier tunisien \u2014 un mouvement document\u00e9, d\u00e9claration apr\u00e8s d\u00e9claration, dans les avis de franchissement de seuil publi\u00e9s par le r\u00e9gulateur du march\u00e9.<\/p>\n<p>La cible inaugurale est la Banque de l&rsquo;Habitat (BH Bank), \u00e9tablissement historiquement li\u00e9 au financement du logement et \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat. La participation directe et indirecte de Horchani passe de 3,49 % \u00e0 7 % en avril 2014, franchit les 10 % en septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, puis se consolide via une restructuration familiale en janvier 2015 qui transf\u00e8re 9,73 % du capital depuis Makateb El Horchani vers Horchani Finance. Le mouvement se poursuit dans la dur\u00e9e : en 2019, la participation globale du groupe dans BH Bank atteint 21 %, avant de plafonner autour de 21-23 % selon les p\u00e9riodes, le groupe ayant d\u00e9tenu \u00e0 un moment donn\u00e9, directement et de concert, 22,4 % du capital de BH Bank.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre coup d&rsquo;\u00e9clat est l&rsquo;acquisition, en mai 2017, de 6 % du capital de la BIAT \u2014 la premi\u00e8re banque du pays \u2014 c\u00e9d\u00e9s par l&rsquo;italien Intesa Sanpaolo dans le cadre d&rsquo;une transaction de bloc boucl\u00e9e en six semaines. Boucler l&rsquo;acquisition d&rsquo;une participation de cette taille dans un \u00e9tablissement d&rsquo;importance syst\u00e9mique, en un temps aussi court, suppose un financement pr\u00e9-organis\u00e9 et une capacit\u00e9 de d\u00e9cision rapide, peu courante dans le paysage entrepreneurial tunisien.<\/p>\n<p>Mis bout \u00e0 bout, le portefeuille financier du groupe \u2014 21 % de BH Bank, 6,67 % de BIAT, 5,45 % d&rsquo;Amen Bank, 1,06 % d&rsquo;Al Wifak, 66,952 % de Taysir Microfinance, 14,27 % de Tunisie Leasing, 9 % d&rsquo;Attijari Leasing, 5 % du groupe STAR, sans compter des participations chez Carthage Cement, One Tech Holding et Tunisie Valeurs \u2014 dessine moins un portefeuille d&rsquo;investissement diversifi\u00e9 qu&rsquo;une deuxi\u00e8me colonne vert\u00e9brale \u00e9conomique, parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 industrielle et agroalimentaire.<\/p>\n<h1><strong><b>La rupture avec l&rsquo;\u00c9tat : d\u00e9cembre 2022<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>Ce pouvoir d&rsquo;actionnaire a fini par se heurter frontalement \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat tunisien. Fin 2022, le minist\u00e8re des Finances a cherch\u00e9 \u00e0 imposer son propre candidat \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale de BH Bank. Les administrateurs repr\u00e9sentant les actionnaires priv\u00e9s, y compris ceux qui si\u00e9geaient de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, ont vot\u00e9 contre \u00e0 deux reprises, lors des r\u00e9unions du 30 novembre et du 16 d\u00e9cembre 2022. Le minist\u00e8re aurait alors menac\u00e9 de dissoudre le conseil et de le recomposer dans un sens moins favorable aux actionnaires priv\u00e9s. Le 26 d\u00e9cembre 2022, quelques heures avant une r\u00e9union pr\u00e9vue du conseil, Rached Horchani d\u00e9missionne de son mandat d&rsquo;administrateur, rejoint par Habib Miled et Hammouda Belkhouja. Il renonce \u00e0 son mandat, mais conserve ses actions \u2014 un geste de retrait institutionnel, non de d\u00e9sinvestissement.<\/p>\n<p>Depuis, la banque a travers\u00e9 une zone de turbulences qui, avec le recul, donne un relief particulier \u00e0 ce d\u00e9part. BH Bank a affich\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice net de 108 millions de dinars pour l&rsquo;exercice 2024, mais a d\u00fb, en avril 2025, ajuster ses \u00e9tats financiers 2024 apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;affaire Adel Ben Romdhane, dont l&rsquo;exposition envers la banque a \u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9e \u00e0 450 millions de dinars. Le contraste entre la position de principe d\u00e9fendue par les actionnaires priv\u00e9s en 2022 et les difficult\u00e9s de gouvernance r\u00e9v\u00e9l\u00e9es deux ans plus tard nourrit, r\u00e9trospectivement, un d\u00e9bat sur la solidit\u00e9 du contr\u00f4le interne de l&rsquo;\u00e9tablissement \u2014 ind\u00e9pendamment de la responsabilit\u00e9 de quiconque dans le dossier Ben Romdhane, qui reste un sujet distinct de la gouvernance actionnariale de 2022.<\/p>\n<h1><strong><b>Le chapitre offshore : Carlisle Investments Inc.<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>C&rsquo;est en octobre 2021 que le m\u00e9dia d&rsquo;investigation Inkyfada, partenaire du Consortium international des journalistes d&rsquo;investigation, a exploit\u00e9 les Pandora Papers pour r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;existence de Carlisle Investments Inc., soci\u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e en 1992 aux \u00eeles Vierges britanniques. Les administrateurs fiduciaires initiaux ont c\u00e9d\u00e9 la place, d\u00e8s 1995, \u00e0 une procuration g\u00e9n\u00e9rale accord\u00e9e \u00e0 Marco Maximilian Elser, financier italo-international, l&rsquo;autorisant \u00e0 g\u00e9rer les avoirs de la soci\u00e9t\u00e9 sans limite de dur\u00e9e. Un accord de 2007 entre Carlisle et AdviCorp PLC, la structure d&rsquo;Elser, pr\u00e9sente Horchani comme actionnaire unique de Carlisle.<\/p>\n<p>Les documents transmis en 2011 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de services offshore Trident Trust font remonter l&rsquo;origine des fonds \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t initial de 500 000 dollars en 1984, dont la valeur a ensuite d\u00e9pass\u00e9 10 millions de dollars gr\u00e2ce \u00e0 des gains de march\u00e9. Un relev\u00e9 Pershing LLC (filiale de Bank of New York Mellon) dat\u00e9 d&rsquo;octobre de la m\u00eame ann\u00e9e indique un solde sup\u00e9rieur \u00e0 8,5 millions de dollars, compos\u00e9 principalement d&rsquo;un portefeuille de valeurs mobili\u00e8res et autres placements, r\u00e9parti entre plusieurs devises. Des factures de Tunisie Telecom fournies dans le m\u00eame dossier \u00e9tablissent la r\u00e9sidence tunisienne d&rsquo;Horchani, en d\u00e9licatesse avec une r\u00e9ponse ult\u00e9rieure d&rsquo;Elser \u00e9voquant une r\u00e9sidence maltaise jamais document\u00e9e.<\/p>\n<p>Les traces d&rsquo;activit\u00e9 de Carlisle rep\u00e9rables dans des d\u00e9p\u00f4ts r\u00e9glementaires am\u00e9ricains incluent deux pr\u00eats de 500 000 dollars chacun \u00e0 Trans-Lux Corp, rest\u00e9s impay\u00e9s \u00e0 leurs \u00e9ch\u00e9ances de 2017 et 2019 puis report\u00e9s, ainsi qu&rsquo;un investissement de 500 000 dollars dans Protalex Inc., soci\u00e9t\u00e9 dissoute quelques ann\u00e9es apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 la cessation de ses activit\u00e9s. Ni Horchani ni Elser n&rsquo;ont r\u00e9pondu aux sollicitations d&rsquo;Inkyfada sur ces op\u00e9rations.<\/p>\n<p>En octobre 2016, Fares Horchani, fils de Rached Horchani et r\u00e9sident am\u00e9ricain, est nomm\u00e9 administrateur de Carlisle aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;Elser, sous clause de confidentialit\u00e9 \u2014 un mouvement qui co\u00efncide avec le durcissement international des obligations de transparence sur les structures offshore.<\/p>\n<p>Ce chapitre p\u00e8se d&rsquo;un poids particulier au regard du droit tunisien : la r\u00e9glementation des changes impose \u00e0 tout r\u00e9sident de d\u00e9clarer ses avoirs \u00e9trangers \u00e0 la Banque centrale de Tunisie dans un d\u00e9lai de six mois, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu&rsquo;\u00e0 l&#8217;emprisonnement, l&rsquo;amende et la confiscation ; et les revenus issus de juridictions \u00e0 fiscalit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e \u2014 cat\u00e9gorie dans laquelle figurent les \u00eeles Vierges britanniques \u2014 sont tax\u00e9s \u00e0 25 % depuis 2019. Horchani n&rsquo;a jamais comment\u00e9 publiquement ce volet de son patrimoine.<\/p>\n<h1><strong><b>Pourquoi cette publication, aujourd&rsquo;hui ?<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>C&rsquo;est la question que devrait se poser tout lecteur tunisien du secteur financier en d\u00e9couvrant cet article de synth\u00e8se consacr\u00e9 au groupe Horchani, publi\u00e9 fin juillet 2026 \u2014 pr\u00e8s de cinq ans apr\u00e8s l&rsquo;enqu\u00eate originelle d&rsquo;Inkyfada sur les Pandora Papers, et plus de trois ans apr\u00e8s la d\u00e9mission spectaculaire de Rached Horchani du conseil d&rsquo;administration de BH Bank. Aucune des informations centrales de l&rsquo;article n&rsquo;est in\u00e9dite : elles proviennent, pour l&rsquo;essentiel, de d\u00e9clarations boursi\u00e8res publiques d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9es par la presse \u00e9conomique tunisienne au moment des faits, et de l&rsquo;enqu\u00eate Pandora Papers de 2021. La valeur ajout\u00e9e du texte tient \u00e0 sa compilation \u2014 la mise bout \u00e0 bout, pour la premi\u00e8re fois dans un format accessible en anglais \u00e0 un lectorat panafricain et international, de fragments jusque-l\u00e0 dispers\u00e9s. Cela ne dispense pas de s&rsquo;interroger sur le choix du moment.<\/p>\n<p>Plusieurs hypoth\u00e8ses, non exclusives les unes des autres, m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9es \u2014 sans qu&rsquo;aucune ne puisse, en l&rsquo;\u00e9tat, \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tablie :<\/p>\n<p><strong><b>Une hypoth\u00e8se \u00e9ditoriale et sectorielle. <\/b><\/strong>Billionaires Africa est un m\u00e9dia sp\u00e9cialis\u00e9 dans le suivi des grandes fortunes africaines, dont l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9ditoriale inclut un abonnement payant \u00e0 des \u00ab briefings \u00bb et \u00ab m\u00e9mos investisseurs \u00bb sur les patrimoines qu&rsquo;il couvre. La publication d&rsquo;un profil approfondi peut simplement s&rsquo;inscrire dans une couverture r\u00e9currente du personnage \u2014 le m\u00eame m\u00e9dia avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9, d\u00e8s 2021, un article sur la plus-value boursi\u00e8re r\u00e9alis\u00e9e par Horchani gr\u00e2ce \u00e0 BH Bank. Un profil de synth\u00e8se quatre ans plus tard n&rsquo;est pas, en soi, anormal dans ce type de titre.<\/p>\n<p><strong><b>Une hypoth\u00e8se li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 bancaire tunisienne. <\/b><\/strong>La publication intervient apr\u00e8s une p\u00e9riode o\u00f9 BH Bank a d\u00fb, en 2025, rectifier ses comptes suite \u00e0 l&rsquo;affaire Ben Romdhane, ce qui a remis la gouvernance de la banque sous les projecteurs localement. Un article qui retrace le passage d&rsquo;Horchani au conseil d&rsquo;administration et sa d\u00e9mission de 2022 peut s&rsquo;inscrire dans cette actualit\u00e9 renouvel\u00e9e autour de la banque, m\u00eame si le texte lui-m\u00eame ne fait pas explicitement ce lien.<\/p>\n<p><strong><b>Une hypoth\u00e8se li\u00e9e au contexte r\u00e9glementaire et fiscal. <\/b><\/strong>La Tunisie, comme d&rsquo;autres juridictions, a durci ses r\u00e8gles de transparence et de lutte contre l&rsquo;\u00e9vasion fiscale ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Republier ou reformuler des \u00e9l\u00e9ments issus des Pandora Papers dans un format de synth\u00e8se peut r\u00e9pondre \u00e0 un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pour les structures offshore d\u00e9tenues par des ressortissants de pays \u00e0 contr\u00f4le des changes strict, sans viser Horchani sp\u00e9cifiquement en premier lieu.<\/p>\n<p><strong><b>Une hypoth\u00e8se li\u00e9e \u00e0 la succession g\u00e9n\u00e9rationnelle. <\/b><\/strong>L&rsquo;article mentionne, en creux, la pr\u00e9sence croissante de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration \u2014 Fares, Yesmine et Neila Horchani \u2014 dans les documents r\u00e9glementaires et dans la gouvernance de Carlisle. Une publication de ce type peut aussi s&rsquo;inscrire dans une actualit\u00e9 de transmission patrimoniale ou de repositionnement du groupe, sans que le texte source ne le documente explicitement.<\/p>\n<p><strong><b>Une hypoth\u00e8se tenant \u00e0 la source elle-m\u00eame. <\/b><\/strong>Le texte original pr\u00e9cise que le site du groupe a \u00e9t\u00e9 mis hors ligne peu apr\u00e8s l&rsquo;envoi de demandes d&rsquo;entretien, avant de redevenir accessible \u2014 signe possible d&rsquo;une sollicitation directe du groupe par le m\u00e9dia avant publication, ce qui sugg\u00e9rerait un travail de v\u00e9rification pr\u00e9alable plut\u00f4t qu&rsquo;une republication opportuniste de donn\u00e9es anciennes.<\/p>\n<p>En l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9l\u00e9ment permettant de trancher entre ces hypoth\u00e8ses \u2014 le texte source ne comporte aucune explication \u00e9ditoriale sur son propre timing \u2014 la prudence impose de les formuler comme des pistes de lecture, et non comme des conclusions. Ce qui peut en revanche \u00eatre affirm\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9, c&rsquo;est que la republication, sous quelque forme que ce soit, d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments touchant \u00e0 la fois \u00e0 la gouvernance d&rsquo;une banque d&rsquo;importance syst\u00e9mique et \u00e0 des avoirs offshore soumis \u00e0 une r\u00e9glementation des changes stricte, n&rsquo;est jamais un non-\u00e9v\u00e9nement dans le contexte tunisien actuel.<\/p>\n<h1><strong><b>Ce que r\u00e9v\u00e8le, en creux, le silence<\/b><\/strong><\/h1>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus constant de cette histoire n&rsquo;est ni le chiffre d&rsquo;affaires du groupe, ni le nombre de ses filiales, mais l&rsquo;absence quasi totale de prise de parole publique de son fondateur. Un homme qui a construit, en quarante ans, une flotte de p\u00eache, des usines de cong\u00e9lation, des palmeraies, des huileries, trois h\u00f4tels dans le d\u00e9sert, des carri\u00e8res, des ateliers m\u00e9tallurgiques, et qui a consacr\u00e9 une d\u00e9cennie enti\u00e8re \u00e0 transformer les profits de ces activit\u00e9s en participations dans les principales banques, compagnies d&rsquo;assurance et soci\u00e9t\u00e9s de leasing du pays, n&rsquo;a laiss\u00e9, en tout et pour tout, qu&rsquo;une poign\u00e9e de d\u00e9clarations boursi\u00e8res obligatoires comme trace de sa propre voix. Le chapitre offshore, document\u00e9 par une fuite de donn\u00e9es et non par une communication volontaire, suit la m\u00eame logique : rien n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9, rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9menti non plus.<\/p>\n<p>Cette discr\u00e9tion, \u00e9rig\u00e9e en m\u00e9thode depuis 1983, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend chaque publication le concernant disproportionnellement significative \u2014 et chaque silence qui la suit, tout aussi \u00e9loquent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Un nom que personne ne prononce, un produit que tout le monde conna\u00eet Il existe en Tunisie une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re de notori\u00e9t\u00e9 : celle qui s&rsquo;attache \u00e0 un produit plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un homme. 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