Ven. Avr 16th, 2021

La flambée des contestations dans le monde : Est-ce la fin du Nouvel Ordre Mondial ?

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Le fléau des contestations, les crises économiques et financières qui ont troublé le monde ces dernières années, la faillite de certains pays, la montée de certaines forces et l’effondrement de certains pouvoirs. Ce sont des faits qui évoquent plusieurs interrogations. Est-ce l’annonce de naissance de nouvelles forces ? Est-ce la chute de l’Occident comme pôle dominant dans le monde ? Le compte à rebours a-t-il commencé ? On a tenté de dire que la fin du Nouvel Ordre Mondial s’approche à une allure vertigineuse.

Les tensions internationales s’intensifient et on assiste à des contestations partout dans le monde avec des renversements de pouvoir. La mise en scène d’un nouvel ordre mondial commence à prendre forme et la carte géopolitique du monde commence à être redessinée.

La liste devient, de jour en jour, trop longue, la contestation gagne du terrain dans le monde. Des grèves contre Margaret Thatcher aux événements de la Place Tienanmen en passant par le « printemps arabe », les citoyens du monde expriment leur colère face à la répression qui s’abat depuis des années de la part de leurs gouvernants ainsi qu’en raison des répercussions de la crise économique et sociale mondiale qui a démarré depuis des années et qui s’aggrave davantage et fait monter les tensions dans les rues.

Le « gendarme du monde » a, depuis des longues années, monopolisé le pouvoir dans le monde et s’est toujours permis de se fourrer le nez dans les affaires des autres pays, afin de protéger ses intérêts et ceux de ses alliés. Et suite aux attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center de New York, les Etats-Unis sous la présidence de George W. Bush se lancent alors dans une guerre contre « l’axe du mal » et entreprennent, sans mandat de l’ONU, la seconde guerre du Golfe contre l’Irak en 2003. Depuis 2001, l’OTAN est engagée sous mandat de l’ONU en Afghanistan contre les Talibans. Aujourd’hui, avec le déclenchement  du « printemps arabe » qui a coïncidé avec l’avènement de l’Administration démocrate du président Barack Obama qui, face à la révolution tunisienne, a eu une réaction rapide et claire : « Ce soir, soyons clair : les Etats-Unis sont du côté du peuple de Tunisie et soutiennent les aspirations démocratiques de tous les peuples », quelques jours à peine après la fuite de Ben Ali. Mais avec l’Egypte, la pièce maîtresse de la politique américaine au Moyen-Orient depuis les accords de Camp David de 1979, après une certaine hésitation, Obama prend le parti des manifestants de la place Tahrir  et lâche Moubarak, une décision qui pourrait remettre en cause toute l’architecture géopolitique du Moyen-Orient.

Le cas de la Syrie devient de plus en plus compliqué, notamment après l’attaque à l’arme chimique près de Damas, le 21 août. Obama a annoncé un projet d’intervention militaire contre la Syrie, une déclaration qui a fait couler beaucoup d’encre et a suscité de grands débats entre ceux qui sont favorables à cette décision et ceux qui sont contre. La plupart des pays émergents sont contre une intervention en Syrie. La Russie a manifesté son soutien au régime de Bachar el-Assad. Quant à l’Inde, elle a réitéré sa position de principe selon laquelle « il n’y aucune solution militaire au conflit » et a appelé à un dialogue politique « inclusif » associant le gouvernement de Damas et les forces d’opposition. Pour le Brésil, une intervention serait une violation du droit international. L’Argentine a considéré qu’une action militaire ne ferait qu’aggraver la situation en Syrie.

Ces nouvelles puissances émergentes, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Iran… s’affirment et la question qui se pose est la suivante : Où en est la place des États-Unis face à l’effondrement du nouvel ordre mondial et la naissance  d’un monde multipolaire ? Garderont-ils leur  place sur l’échiquier mondial ?

Est-ce la fin du nouvel ordre mondial ?

L’expression « Le Nouvel ordre mondial » a été utilisée la première fois lors d’un discours prononcé au Congrès des États-Unis le 11 septembre 1990 par le président George. W. Bush, « Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. »

Par définition cette expression « nouvel ordre mondial » s’inscrit dans la lignée des formules exprimant l’idée de nouveauté dans la diplomatie américaine, après la « nouvelle donne » de 1932 et la « nouvelle frontière » de 1960.

En fait, on assiste à cette unipolarisation du monde, depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’ex-bloc soviétique.
Cette nouvelle donne dans les relations internationales a confié aux Etats-Unis les clés de la gestion mondiale, gestion qui répond uniquement aux intérêts du nouveau leadership de la planète qui se permet de sanctionner tous les pays qui ne se conforment pas à sa loi.

 

Vers un monde multipolaire

Cette thèse d’une nation dominant le monde est contestée par d’autres thèses qui, au lieu d’une unipolarité, définissent le monde comme étant plutôt « multipolaire », la Chine et l’Inde étant également des pôles majeurs, qui ne sont pas toujours pris en compte par les partisans de la théorie de l’empire global.

Actuellement, l’évolution générale du monde politique se caractérise par la naissance de grands pôles politico-économiques comme l’Union européenne, l’Union des nations sud-américaines, la Communauté économique eurasiatique, la Ligue arabe ou encore la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La gouvernance mondiale ne nécessite pas un gouvernement mondial et peut être organisée avec des institutions de coopération entre les pays.

À partir des années 2000, les États-Unis connaissent un certain nombre d’échecs, fréquemment associés à des erreurs commises spontanément. Ces erreurs conviennent mal à une nation disposant en théorie d’une puissance suprême. Dans ce cadre, on peut citer : les difficultés rencontrées dans la gestion de la guerre d’Irak après 8 années de présence, les difficultés rencontrées dans la gestion de la guerre en Afghanistan, après 10 années de présence, la grave crise financière, économique et sociale survenue à partir de 2008, et qui, partant des États-Unis, a contaminé une grande partie de l’économie mondiale, y compris les pays alliés des États-Unis.

Le révisionniste australien Fredrick Töben donne son interprétation des événements contestataires dans le monde. Selon lui : « Le projet du Nouvel Ordre Mondial s’effondre sous nos yeux… », et il ajoute : « Prenez le prix de l’argent dépensé en bombes, destructions matérielles, environnementales et autres…pendant la guerre en Afghanistan, et faites un total de cet argent, vous verrez qu’avec cet argent nous aurions pu dépolluer la planète entièrement et donner un toit, à boire et à  manger à tous les pauvres du monde pendant plus de 100 ans ».

La montée des pays émergents

Dans son ouvrage « Géopolitique des pays émergents – Ils changent le monde » Sylvia Delannoy s’est appliqué à définir « L’émergence », comme mot-valise trop pratique pour décrire des bouleversements économiques et géopolitiques actuels plus complexes qu’ils n’en ont l’air. Pris comme phénomène ou comme processus, le concept place un groupe de pays assez hétérogène « en position de force face à un Occident dont on annonce partout le déclin », y compris sur le plan des valeurs.

Cependant, Sylvia Delannoy a conclu dans son ouvrage que l’émergence économique n’est que la partie visible de l’iceberg, elle est en fait le fondement de la puissance géopolitique. Que ce soit le Brésil, la Russie, l’Inde ou la Chine (autrement dits les BRIC) tous prônent la souveraineté étatique et le rejet de l’ingérence. Il a également noté que l’émergence a souvent pour moteur « la revanche sur un passé douloureux » en référence à la colonisation (l’Inde par exemple), de façon plus générale à la domination occidentale.

Il faut rappeler qu’en moyenne, la croissance des BRIC de 2000 à 2010 n’est jamais descendue en dessous de 3.3%, alors que les pays du G7 enregistraient une croissance moyenne de 1.34% au cours de la même période.

La Chine est la première puissance exportatrice mondiale, la Russie est 11ème, le Mexique 15ème, puis on retrouve l’Inde, 21ème, le Brésil, 25ème, la Thaïlande 25ème et l’Indonésie 26ème.

Tanguy Struye De Swielande a expliqué que le nouveau contexte mondial se caractérise par des situations plus complexes que par le passé. Dans ces conditions, à l’évidence, les puissances sont confrontées au problème de penser une nouvelle stratégie « intégrale » sans avoir déjà réellement identifié leur nouvel adversaire et sans courir le risque de provoquer les autres puissances du globe.

C’est dans ces circonstances, comme le rappelle le général Salvan que « pour atteindre les buts de leur concept les chefs politiques ont besoin d’une méthode et de moyens, c’est la stratégie ». Cette dernière est « l’ensemble des méthodes et moyens permettant d’atteindre les fins exigées par le politique ». En reprenant l’analyse de C. Layne, la grande stratégie serait alors un processus en trois temps:

1) la détermination des intérêts sécuritaires vitaux d’un Etat ;

2) l’identification des menaces envers ces intérêts

3) la décision de comment employer au mieux les ressources politiques, militaires et économiques de l’Etat afin de protéger ces intérêts.

Cependant, les Etats-Unis ont été pris dans un tourbillon et se sont trouvés face à de nombreux défis. Wall Street et le secteur financier américain ont été à l’origine de la plus importante crise économique et financière mondiale depuis 1929. Les effets de cette crise risquent d’être ressentis encore longtemps, dans un contexte de désindustrialisation interne et de perte de compétitivité à l’échelle internationale. Après avoir touché la Grèce, l’Irlande, le Portugal, … la crise de la dette a frappé la première économie mondiale. Est-ce le début du déclin des Etats-Unis confrontés à la mutation des rapports de pouvoir sur l’échiquier mondial qui connaît une présence marquée des pays émergents d’Asie et du « Sud » ?

Azza Ben Chagra

 

 

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