Dim. Mai 9th, 2021

Le point sur la conjoncture L’enlisement

régression

Au printemps 2013, l’économie tunisienne a connu une augmentation de 1,2% de son PIB réel en variation trimestrielle, après avoir marqué un trou d’air en début d’année (-0,3%). Cette inflexion aurait pu être l’occasion d’un nouveau départ, mais sa poursuite est malheureusement loin d’être assurée. À terme, un sérieux redressement demeure suspendu aux facteurs qui garantissent un environnement serein, propice à l’initiative d’investissement et donc à la croissance. La hausse de l’activité au second trimestre repose encore en partie sur des facteurs temporaires ou techniques et ne saurait effacer les incertitudes béantes du paysage économique et social.

Par rapport au diagnostic du milieu d’année, la situation s’est davantage compliquée durant l’été, avec la détérioration continue des équilibres macroéconomiques et l’épuisement du sentiment économique. Dans ce contexte dégradé, l’engrenage politique exacerbé est naturellement contre-productif, puisqu’en dernier ressort seule une croissance moins précaire et plus forte pourra répondre à l’urgence des aspirations collectives. Nonobstant quelques éléments de soulagement, à travers un déroulement relativement satisfaisant de la haute saison touristique et une modeste détente au niveau de l’inflation, les développements conjoncturels de 2013 augurent d’une phase de fortes turbulences sur le court terme.

L’économie nationale devra bientôt composer avec de nouveaux éléments d’incertitudes. Au chevet de la Tunisie, les bailleurs de fonds mettront inéluctablement l’économie publique sous pression, dont l’ampleur sera fonction de la nature de la thérapie administrée et ses répercussions imprévisibles. La politique économique devra ainsi s’essayer à un numéro périlleux d’équilibriste pour piloter cette étape fort délicate et favoriser une croissance plus robuste.

En effet, la bonne surprise de la croissance en zone euro au deuxième trimestre et l’amélioration récente du climat des affaires qui y est signalée ne doivent pas conduire à un excès d’optimisme sur les perspectives d’un commerce extérieur tunisien en convalescence et qui alimente un déficit continuel de la balance courante. A ce niveau, tant que l’élargissement du déficit de la balance courante est transitoire et sert à financer des investissements rentables et productifs, il est plutôt efficace. La règle étant que ce déficit ne doit jamais dépasser la somme de l’investissement public et du besoin de financement des entreprises, qui correspond en gros à l’accumulation de capital utile et non à un endettement extérieur qui alimente des dépenses courantes de l’Etat et l’endettement des ménages.

L’enjeu majeur réside en revanche dans l’évolution des ressorts de la demande intérieure et son rééquilibrage. Face à une reprise de l’investissement qui tarde encore à s’ébaucher, la consommation finale a permis au cours des trois dernières années d’amortir la baisse d’une croissance potentielle déjà affectée par la crise de 2011, moyennant les augmentations salariales et le puisement dans les différents encours d’épargne. Toutefois, la résilience de la consommation finale montre ses limites et marque du coup l’essoufflement de la demande intérieure. Le tassement de la consommation finale est accentué par un levier du crédit qui fait défaut et le souci de reconstituer aujourd’hui une épargne de « précaution » ; et perpétue ainsi une politique de « pouvoir » d’achat de bas prix, sur des produits manufacturés à l’étranger, qui fait le bonheur du circuit parallèle au détriment des acteurs de filières qui se démènent pour trouver leur compte, d’être rentables et d’avoir les moyens de s’améliorer.

Comme pronostiqué depuis le milieu de l’année et malgré la dépréciation de la monnaie nationale, l’inflation reviendrait bientôt sous la barre des 6% l’an contre un palier à 6,4% au printemps 2013. Perçue comme un motif de soulagement, cette désinflation là n’est pas forcément une bonne nouvelle. La décélération des prix sera à la fois lente et insuffisante pour procurer des gains substantiels en termes de pouvoir d’achat. Dans un contexte de chômage élevé et dans la perspective d’une prochaine étape de rigueur salariale, les salaires réels s’inscriraient en perte de vitesse pour ramener les gains de pouvoir d’achat au voisinage de 1% l’an contre 2% en moyenne historique. La baisse de l’inflation traduirait surtout ce « décrochage » de la demande intérieure, avec le troisième moteur de la croissance en plus de l’investissement et les exportations, à savoir la consommation qui, à son tour, pourrait se gripper davantage.

Source : Observatoire de la Conjoncture Economique

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