Dim. Mai 9th, 2021

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La Conférence internationale pour l’Investissement « TUNISIA 2020 » a débuté le mardi 29 novembre 2016 au palais des Congrès de Tunis. Au programme, de nombreux engagements en faveur de la Tunisie : investissements directs, reconversion de la dette tunisienne, prêts et dons représentant  un  montant  global  de plus de 34 milliards de dinars.

Des milliers de participants venus du monde entier étaient au rendez-vous : hommes et femmes d’Etat ou d’affaires, représentants de grandes institutions et opérateurs privés. L’objectif est de cibler les meilleures opportunités d’investissements dans de multiples secteurs

Le pari a été gagné et « Tunisia 2020 » était une réussite sur les plans organisationnels, de marketing, d’image et d’engagements pour de nouveaux investissements et projets de développement. Les responsables politiques retrouvent le sourire,  les milieux économiques et d’affaires s’emballent, l’espoir, qui n’a pas été très présent ces derniers temps,  revient et nos experts s’expriment.Écoutons-les.

Mustapha Mezghani : PDG Tunisie TradeNet (TTN)

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Je considère que la conférence internationale « Tunisia 2020 » est une véritable réussite, que ce soit en nous basant sur les objectifs assignés à cette conférence ou en nous basant sur les résultats atteints.

Les participants sont de qualités. Les accords signés ainsi que les financements obtenus et les promesses faites sont importantes. Des bailleurs de fonds et partenaires sont revenus. Des accords, même s’ils ne sont pas très nombreux ont été signés avec et entre des membres du secteur privé. N’oublions pas que nous parlions d’un plan Marshall pour « reconstruire » la Tunisie, à l’instar de ce qui a été fait suite à la Guerre Mondiale en Europe. Tout cela, en plus de l’organisation, font de la conférence internationale « Tunisia 2020 » une réussite.

Certains rappelleront que la croissance ne vient que de l’investissement privé  et que les accords privés sont relativement peu nombreux. Maintenant que la Tunisie a pu être mise de nouveau sur le RADAR international de l’investissement et des bailleurs de fonds, maintenant que plusieurs projets d’infrastructures vont être réalisés pour améliorer le cadre et l’environnement de vie en Tunisie, maintenant que les Tunisiens commencent à reprendre confiance en leur pays et leur avenir, les investissements privés vont reprendre : les investissements locaux, dans un premier temps, et les IDE, investissements directs étrangers, dans un deuxième temps, vont leur emboîter le pas. Maintenant, je considère qu’il y deux points sur lesquels il faut mettre l’accent. Le renforcement de capacité des réalisation des projets publics afin de pouvoir honorer les engagements pris avec les bailleurs de fonds internationaux et ne pas voir ces financements retournés faute de concrétisation. Sans le renforcement de cette capacité, le taux de réalisation des projets risque d’être en deçà de ce qui est escompté et de ne pas pouvoir consommer les financements accordés conformément aux plannings, ce qui risque d’être préjudiciable à la Tunisie de tout point de vue, vis-à-vis des bailleurs de fonds et vis-à-vis du rendez-vous avec la croissance et le développement escomptés. Maintenant que le problème des réserves de devises à court terme est résolu, il faut se focaliser rapidement à améliorer les réserves en devises à moyen et long termes afin de pouvoir rembourser les endettements contractés. Plutôt que de chercher à vendre des biens et des sociétés aux étrangers, ce qui sera source de sortie de devises à l’étranger dans le futur (dividendes), il faut travailler sur la capacité de l’économie tunisienne à minimiser les sorties de devises et à exporter car tous ces endettements seront à rembourser en devises. Le moment venu, il ne faudra pas que nous soyons de nouveau obligés de nos endetter car les réserves en devises sont faibles.

Aram Belhadj : Enseignant-chercheur

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Hormis l’aspect organisationnel, la conférence Tunisia 2020 a réussi à rassembler une panoplie de politiques, hommes et femmes d’affaires, dirigeants, experts et acteurs de la société civile nationaux et étrangers. Focaliser sur la Tunisie en cette période difficile est important, surtout qu’il ne reste du Printemps arabe que l’expérience tunisienne. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que l’optimisme affiché ne devra pas être exagéré et nous devrons passer à l’action: le réalisme devra ainsi primer. Il est à rappeler que sur 68 milliards de dinars, nous avons eu 34 milliards dont 19 sous forme de promesses. Manifestement, le bilan est -relativement- positif. Les efforts consentis sont louables mais devront s’accélérer pour concrétiser toutes les promesses. La Tunisie est en effet à la croisée des chemins: soit que le gouvernement assure un suivi minutieux, transparent et responsable du travail accompli jusqu’à maintenant et allouer les fonds reçus dans des projets d’investissement ciblés, ce qui pourra créer la dynamique économique, tant souhaitée. Soit qu’il va tergiverser dans l’exécution et/ou gaspiller l’argent reçu, ce qui pourra déclencher la désobéissance sociale, tant redoutée… La situation de la Tunisie après la conférence s’avère un peu spéciale dans la mesure où la plupart des engagements financiers sont sous formes de prêts. Le volume d’investissements du secteur privé (national & étranger), que ce soit direct ou sous forme de PPP, dans les secteurs porteurs n’était ni suffisant, ni rassurant. Il va sans dire que si les projets déclarés ne seront pas concrétisés, les déséquilibres macroéconomiques et financiers vont s’aggraver. Quoi qu’il en soit, obtenir des prêts ou avoir des promesses d’investissement de la part du privé ne renversera pas la donne si le statu quo primera. Hormis les questions de suivi, le gouvernement devra en effet focaliser toute son attention et le plus rapidement possible à déverrouiller les contraintes existantes et à continuer le travail de réforme initié :administration lourde, problèmes fonciers, corruption, fragilité de la paix sociale…

Mamoghli Chokri : Professeur des universités

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Je soutiens totalement cet effort national d’attraction des investissements directs étrangers. Ils ont un impact positif sur le niveau des réserves de changes, sur la croissance et sur l’emploi et n’augmentent pas l’endettement du pays.

Il faut donc faire la distinction entre les intentions d’investissement et les annonces de prêts. Ce n’est pas du tout la même chose car le chiffre de 34 milliards de dinars englobe les deux.

Il faut par ailleurs assurer un suivi rigoureux et concrétiser les annonces d’investissement. Il ne s’agit pas de refaire l’erreur du sommet du G8 de Deauville durant lequel beaucoup d’intentions ont été affichées et puis il n’y eut plus rien.

Adnane Belhajamor : Gestionnaire et analyste politique

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Je pense honnêtement que nier la réussite du sommet de Tunis n’est pas un acte sérieux. C’était en effet une réussite totale, tant au niveau de l’organisation (et c’est très important) qu’au niveau du contenu et des résultats enregistrés. Une belle image de la Tunisie a pu être véhiculée à l’international et c’est l’idée que notre pays est prêt à se débarrasser de ses démons et à se remettre au travail qui a prévalu .Et ça, c’est fondamental pour la suite .C’est en effet un climat nouveau basé sur la confiance .Une certaine amitié entre les opérateurs et intervenants des deux bords doit être de mise pour entretenir le feeling et assurer d’une volonté de se placer sur le long cours. Je crois que la quasi-totalité des engagements sont des engagements sérieux qui ont été ficelés à l’avance après identification des projets, localisation, estimation générale des coûts et des rentabilités respectives. Il ne reste plus qu’à peaufiner les études de faisabilité par l’ingénierie de détail et par le bouclage des business plans. Je ne citerais aucun chiffre pour ne pas me laisser aller comme d’autres à cette fièvre de l’enchère et surenchère. Je dis seulement qu’avec un bon et rigoureux suivi, ce qui a été sélectionné au cours de la conférence peut être consacré sur le terrain. Et des réalisations de cet ordre sont à même de remettre notre économie dans le juste ordre des choses avec des moyens pleinement affectés à l’investissement pour produire plus et mieux , pour employer plus et mieux et pour faire de l’infrastructure du pays une infrastructure capable d’assurer la viabilité à tous les projets à venir . L’opportunité était unique, je pense qu’elle a été bien saisie et j’ai espoir qu’elle sera valorisée d’une matière optimale.

Rejeb Elloumi : Comptable – Fiscaliste

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C’est bien beau de rêver puisque  nous avons des belles opportunités devant nous mais il faut moderniser l’administration pour pouvoir réaliser les projets dans un temps record et redonner aux Tunisiens la culture du travail bien fait. le gouvernement actuel doit être un mécanisme vigilant pour bien suivre les projets qui vont bénéficier de financement et doit mettre l’intérêt national en priorité indépendamment des intérêts politiques des partis.

Taoufik Baccar : Ex Gouverneur de la Banque centrale

15554978_1371560646227740_306893322_nComme la plupart des Tunisiens, je me réjouis des résultats de la conférence internationale sur l’investissement :une participation massive et de qualité et des promesses de 34 milliards de dinars sur cinq ans pour l’essentiel des prêts .Maintenant, tout dépendra de notre capacité à mobiliser effectivement ces intentions de soutien à travers un suivi minutieux et une diplomatie économique active et efficace et de l’usage que nous ferons des ressources qui seront effectivement mobilisées et qui viendront gonfler ,il importe de le rappeler ,le niveau de notre dette extérieure déjà très élevée .Si la Tunisie réussit à transformer l’essai et à mettre à profit ces ressources pour générer de la croissance et des emplois capables d’ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes diplômés notamment et à développer les régions ,elle aura fait œuvre utile et réuni les conditions nécessaires pour rembourser ces nouveaux prêts et l’endettement antérieur dont plus de 50% a été contracté depuis l’année 2011 .Dans le cas contraire ,ce que personne ne souhaite ,le pays sera dans une situation très difficile. Il faut en effet rappeler que, depuis 2011, la Tunisie a bénéficié de 25 millards de prêts supplémentaires auxquels s’ajoutent près  de 5 milliards de dinars de ressources publiques disponibles à fin 2010 sans compter les ressources provenant de la vente des biens confisqués tels que « Tunisiana » ou les actions de la Banque de Tunisie, soit au total un montant de plus de 3O milliards de dinars presque équivalent aux promesses faites dans cette conférence ,mais qui n’a pas permis pour autant de renforcer la croissance qui n’a pas dépassé en moyenne 1.5% (contre une moyenne de 4.5% durant la période 1990-2010) ni réduire le chômage qui est passé de 13% de la population active en 2010 à plus de 15% en 2016 et encore moins à changer la réalité des régions et les conditions de vie de ses habitants .J’espère que le pays saura mettre en œuvre les mesures nécessaires à la bonne utilisation de ces ressources et en particulier définir le modèle de développement que la Tunisie empruntera au cours des prochaines années et les stratégies à même d’en assurer la mise en œuvre.

Salah Amamou : Expert comptable 

15645323_1371560329561105_429602002_nEn matière d’investissement, le plus difficile n’est pas de trouver le financement mais les opportunités d’investissement. Après Tunisie 2020, tous les responsables de ce forum ne parlent que de financement et de milliards collectés ou à venir. Et après ? Que ferons-nous de ces milliards ?
On se retrouvera certainement dans la même situation que celle des années 80 où, grâce à l’action de feu Mohamed Mzali, alors Premier ministre, d’importants capitaux ont afflué des pays du Golfe mais qui sont restés en grande partie inutilisés faute d’opportunités d’investissement. 
En Tunisie, ce n’est donc pas l’argent qui manque, les hommes d’affaires tunisiens en ont suffisamment mais refusent d’investir de peur de la levée du secret bancaire, de l’économie parallèle mortelle qui continue à prospérer et opposer une concurrence déloyale et farouche à l’économie formelle, de la concurrence étrangère, de la précarité ou l’insuffisance de la sécurité en Tunisie, des difficultés de trouver des partenaires économiques étrangers sérieux… Autant de facteurs qui font que l’investissement privé, qu’il soit national ou étranger, ne peut, dans l’état actuel de la Tunisie, y trouver une place de choix.
Reste l’investissement public. A mon avis, ce forum a créé une opportunité exceptionnelle à la Tunisie pour investir la manne collectée venant des organismes publics étrangers ou internationaux dans son infrastructure, essentiellement dans les zones défavorisées, en équipant l’infrastructure existante où les écoles et les hôpitaux souffrent d’un manque cruel d’équipements et en engageant de grands travaux de construction d’écoles, d’hôpitaux, des routes, des logements sociaux, des barrages, des voies ferrées, … , créant ainsi une nouvelle dynamique économique à même de créer, à son tour, des centaines de milliers d’emplois. Ceci ne ferait qu’encourager les bailleurs de fonds à s’impliquer davantage dans ce modèle d’investissement.
Mais, pour garantir une saine utilisation de ces capitaux et prévenir notamment le risque de corruption, il est crucial qu’un audit permanent soit institué et accompagnera tous les projets d’infrastructure engagés jusqu’à leur achèvement. 
Une proposition à creuser.

Nabil Abdellatif : Président d’honneur de l’ordre des experts comptables

image-3La Haute Instance de l’Investissement doit voir le jour

L’organisation du congrès en elle-même envoie un message positif au monde entier sur la situation réelle en Tunisie. Ce congrès était l’occasion pour la Tunisie de récolter des promesses de dons et de prêts pour effectuer de nouveaux investissements. Pour concrétiser toutes ces promesses et relancer l’économie tunisienne dans les plus brefs délais, la Haute Instance de l’Investissement doit voir le jour comme annoncé dans la nouvelle loi de l’investissement validée dernièrement. L’agence de gestion de la dette doit aussi être créée et le Conseil Economique et financier doit revenir à l’ordre du jour.

Le rôle rempli par l’ATCE par le passé doit être attribué à une nouvelle agence et la volonté politique est nécessaire pour la concrétisation des promesses d’investissement faites au cours du congrès Tunisia 2020. Le gouvernement doit faciliter le lancement des projets d’investissements comme l’ont fait certains des gouvernements précédents.

Sonia Chikhaoui

 

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