Dim. Mai 9th, 2021

Réseaux, partenariats.. business : des Tunisiens qui montrent la voie vers l’Afrique : .. Et si l’avenir de la Tunisie se trouverait en Afrique ?

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L’Afrique est en vogue et tous les pays s’y mettent. Dans le sillage de la Chine, de l’Inde, du Maroc, de la Turquie et même d’Israël qui établissent des partenariats en Afrique, la Tunisie a flairé le filon. C’est dans cette perspective que Poulina Groupe Holding avec des partenaires tunisiens, a créé un fonds pour accompagner les sociétés tunisiennes qui souhaitent étendre leur activité en Afrique.

Côté opportunités de développement, les yeux du monde entier sont braqués vers l’Afrique. Chaque sommet international sur le développement ne manque en effet pas de marteler l’immense « potentiel business » que recèle le continent  et de ressasser l’incommensurable retard d’équipement et d’industrialisation à combler

Une terre  d’avenir pour les entreprises  tunisiennes

Le numéro un des groupes privés tunisiens Poulina Group Holding s’est associé avec plusieurs autres institutions financières tunisiennes pour créer un fonds d’investissement appelé « Africamen » pour soutenir l’expansion des entreprises tunisiennes en Afrique subsaharienne. Une initiative qui soulève la question sur des investissements du pays maghrébin dans son continent.

Créé en association avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC), (organisme public dédié à la promotion de l’investissement), la banque privée Amen Bank et la Compagnie tunisienne d’assurance et de réassurance (STAR), ce nouveau fonds porte le nom d’Africamen. Son objectif est de fournir le financement en capital et l’accompagnement nécessaires pour la stimulation des exportations, l’implantation de filiales à l’étranger ou la concrétisation d’opérations de croissance externe.

Sherpa de l’investissement prioritaire pour les entreprises qui se projettent vers l’Afrique subsaharienne, Africamen est un fonds commun de placement à risque (FCPR) doté de 30 millions de dinars, soit un peu plus de 12 millions d’euros, et sera géré par Amen Capital, la filiale de gestion d’actifs d’Amen Bank. « En attendant l’implantation de succursales de banques tunisiennes sur le continent, nous plaidons pour une diplomatie plus active et un renforcement des dessertes maritimes et aériennes », a déclaré Ahmed EL Karm, président du directoire d’Amen Bank. Selon lui, le fonds interviendra à travers le financement de fonds propres ou de quasi-fonds propres avec un montant pouvant aller jusqu’à 4,5 millions de dinars. « Les entreprises clientes d’Africamen bénéficieront d’un large réseau de partenaires en Tunisie mais également en Afrique grâce à l’appui du groupe de financement panafricain Alios Finance, présent dans 9 pays africains et récemment acquis par le groupe Amen », ajoute le responsable.

Investisseurs tunisiens … vers un  partenariat sud-sud

On note environ 700 entreprises tunisiennes depuis 2014 qui exportent vers l’Afrique subsaharienne. Sur la période 2012-2013, « les principaux clients de la Tunisie sont l’Ethiopie (55 millions d’euros soit 20% des exportations tunisiennes vers les pays africains), le Sénégal (35,4 millions d’euros, +23%), le Cameroun (24 millions d’euros, +47%) et enfin, la Côte d’Ivoire (23 millions d’euros, +45%). Viennent ensuite le Gabon, le Nigeria, le Burkina Faso, le Ghana, le Congo et enfin le Niger », note Media Press, un groupe de presse fondateur du Forum tuniso-africain. Il continuera en précisant : « Les principaux fournisseurs sont : l’Ouganda (15 millions d’euros, +161%), le Ghana (9,4 millions d’euros, +110%), la Côte d’Ivoire (3,4 millions d’euros, -65%) et le Cameroun (1,8 million d’euros, -71%). ».

Selon le ministère tunisien du Commerce, entre 2000 et 2010 les échanges entre la Tunisie et le Nord, l’Europe et les autres pays de l’Occident ou l’Asie faisaient entre 40 et 45% de son commerce. Aujourd’hui, grâce au partenariat sud-sud en pleine progression, la Tunisie travaille à se tourner au maximum vers son continent. « Notre développement naturel est l’Afrique. Et nous devons désormais accompagner les opérateurs tunisiens dans cette dynamique. L’Afrique, qui fait figure d’eldorado mondial grâce à ses richesses en matières premières et sa main d’œuvre bon marché, ne compte en fait aujourd’hui que 2,3% des échanges commerciaux avec la Tunisie », commente Tarak Ben Kbaier, Directeur central au CEPEX.

UTICA, CONNECT… : Rattraper le temps perdu

uticaLa nouvelle stratégie d’expansion tunisienne en Afrique se met lentement mais progressivement en marche. Après le Soudan en mars dernier, et une série de report  c’est par le Niger que le chef de gouvernement tunisien a entamé une nouvelle tournée africaine de quatre jours qui devrait le conduire par la suite au Burkina et au Mali.

Il s’agit pour l’essentiel des membres des deux principales organisations patronales du pays, l’UTICA et le CONNECT, qui entendent profiter de leurs rencontres avec leurs homologues des pays visités, de nouer des partenariats économiques.

Au Niger comme au Burkina et au Mali, des rencontres B2B sont ainsi au programme de la visite de la délégation tunisienne et plusieurs accords devront être signés afin de booster les échanges commerciaux entre les deux pays.

La tournée est destinée à insuffler une nouvelle dynamique à sa coopération avec les autres pays du continent. Le pays entend ainsi rattraper son retard par rapport notamment à son voisin marocain et compte profiter de l’occasion pour consolider ses relations diplomatiques avec le continent. En ce sens et en marge des activités officielles, des accords sur le plan sécuritaire, diplomatique ainsi que pour le renforcement des consultations politiques sont également dans la valise du chef du gouvernement tunisien.

Cependant, le véritable enjeu pour la Tunisie, c’est la recherche de nouveaux débouchés commerciaux sur le continent avec une stratégie d’expansion qui vise d’abord pour les entreprises tunisiennes à grignoter des parts de marchés à travers les différents appels d’offres notamment dans le BTP et les infrastructures mais aussi en matière de prestation de service, de formation et de nouvelle technologie. Les entreprises tunisiennes convoitent également la montée en puissance de la classe moyenne africaine qui constitue une niche de consommateurs pour les entreprises tunisiennes comme ceux des secteurs  agro-alimentaire et textile.

Il convient de noter d’ailleurs que plusieurs entreprises tunisiennes sont déjà actives sur le continent, une présence moins visible que celles des autres pays concurrents mais que les hommes d’affaires du pays entendent rehausser en misant sur la consolidation des relations politiques et économiques entre la Tunisie et ses partenaires africains.

L’Afrique… marché et concurrence serrée

Avec le  retour annoncé depuis quelques années par l’ouverture de plusieurs lignes aériennes de la compagnie « Tunisair » qui a repris dernièrement ses dessertes des villes africaines, les opérateurs du pays comptent rattraper leur retard.

Les hommes d’affaires tunisiens comptent, pour ce faire, sur le positionnement géographique du pays, la qualité de leurs produits notamment en matière de soins médicaux et de produits pharmaceutiques, et  aussi la présence dans certains pays de groupe tunisiens dans le conseil, l’expertise, l’agro-alimentaire et les BTP.

La Tunisie peut aussi compter sur la présence dans d’autres pays, de filiales de banques tunisiennes notamment dans le secteur de l’habitat. Autant dire un relais assez important mais qui, en l’espèce, risque de s’avérer insuffisant.

On ne peut pas y passer sans évoquer  le groupe tunisien Soroubat, spécialisé dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) qui  a été retenu pour conduire les travaux de construction et de bitumage de la route Dédougou-Tougan au centre-ouest du Burkina Faso. Soroubat a raflé l’appel d’offres international pour ce projet avec une offre d’une valeur de 23,6 milliards de FCFA (environ 82 millions de dinars). Le reliquat du financement est assuré par le budget national.

La route Dédougou-Tougan est une voie longue de 91 Km. Les travaux effectués devraient contribuer à l’essor des échanges économiques entre le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Mali. Pour financer ce projet, le Burkina Faso a bénéficié d’un appui à hauteur de 20 milliards de FCFA (70 millions de dinars) de la Banque islamique de développement (BID).

AfricInvest, groupe Integra Partners 

Aziz Mebarek, Associé fondateur d’AfricInvest, groupe Integra PartnersLe principal pilote du fonds d’investissement AfricInvest, cofondé avec Karim Trad et Ziad Oueslati, a la réputation d’être un taiseux. Mais, dès qu’il évoque ce que lui enseignent les entrepreneurs africains appuyés par son entreprise, il devient intarissable. Après avoir démarré son activité au Maghreb avec ses deux associés, Aziz Mebarek a fait d’AfricInvest le chef de file du capital-risque sur le continent, où il se déploie depuis 2004, avec une présence dans vingt pays aujourd’hui.

Avec trois fonds dotés de 450 millions d’euros au total, AfricInvest privilégie les prises de participation dans des PME leaders sur leurs marchés nationaux et soucieuses de croissance régionale. « Pour bon nombre des entreprises que nous soutenons, notamment maghrébines, l’Afrique subsaharienne représente un horizon commercial naturel. Afin de bien les accompagner, nous devons impérativement comprendre l’environnement local des affaires et donc y être présents de façon structurelle », explique l’ingénieur de formation, pour qui la pérennité et la responsabilité sociale des sociétés dans lesquelles il prend des parts sont des points clés.

Avec la Banque publique d’investissement (BPI) France, Aziz Mebarek et AfricInvest se lancent dans une nouvelle aventure : un fonds franco-africain d’une valeur de 100 millions d’euros, qui doit être opérationnel fin 2016, pour accompagner des PME françaises en Afrique mais également des entreprises africaines en France.

Le marché africain est en effet devenu un marché très concurrentiel où plusieurs investisseurs en provenance de pays développés ou émergents, sont déjà bien présents et n’entendent en aucun cas céder du terrain, surtout à l’heure où la marge se réduit de plus en plus. Il va falloir compter sur d’autres leviers comme une pleine implication dans les affaires du continent, en multipliant, certes, les missions de prospection, mais aussi les échanges diplomatiques. Le pays ne dispose à l’heure actuelle que de moins d’une dizaine de représentations sur le continent, ce qui est très peu pour défendre les intérêts du pays surtout face à des concurrents aux énormes moyens financiers comme la Chine, l’Inde ou la Turquie, pour ne citer que ceux-là.

Intensifier les échanges avec l’Afrique subsaharienne…

Jusqu’en 2010, alors que ses voisins comme le Maroc ou l’Egypte avaient une coopération très fructueuse avec l’Afrique subsaharienne, la Tunisie entretenait encore une relation assez timide avec le sud de son continent.

La fin des années 2000 a ouvert une nouvelle dynamique à la coopération tuniso-africaine. Plusieurs éléments conjoncturels ont conféré au continent africain une attractivité nouvelle en matière économique. La tendance aujourd’hui, est qu’il ne faut plus tout attendre du Nord, c’est-à-dire des pays d’Europe, d’Amérique, mais savoir mettre à profit les potentialités dont dispose le continent africain. La Tunisie est tenue à s’investir plus sur ce continent malgré les problèmes de visas.

Il faut souligner que le marché africain présente beaucoup d’opportunités pour la Tunisie. Selon les chiffres de la Direction générale du Trésor tunisien, avec 342 M€ en 2013, les échanges entre la Tunisie et l’ASS représentent une part modeste du commerce global de la sous-région mais connaissent une dynamique favorable (+11 % sur 2009-2013) .

Les importations de la Tunisie de l’Afrique subsaharienne s’élèvent à 52 millions d’euros, soit une hausse de 31 % en 4 ans avec une croissance moyenne de 6,6%. Les exportations, quant à elles, représentent 290 millions d’euros, soit une croissance de 11% en 5 ans.

COMESA : un marché de 475 millions d’habitants et plus de 700 milliards de dollars

En 2005, la Tunisie avait mené une vaste opération de lobbying pour son adhésion au COMESA en tant que membre observateur, mais les desseins tunisiens ne se sont pas réalisés.

Pourtant, le Comesa accueille l’Egypte en tant que membre à part entière après lui avoir donné le quitus pour le statut de membre associé. Selon les textes de l’espace économique, l’article 4 du traité du COMESA prévoit que le bloc régional peut admettre un pays qui est un voisin immédiat d’un Etat membre.

Si sa demande est acceptée, elle deviendra le 20ème membre de ce marché commun de 475 millions d’habitants et de plus de 700 milliards de dollars. Au-delà de ces considérations commerciales, cette nouvelle entrée devrait permettre à la Tunisie d’activer sa percée vers l’Afrique noire. Un projet pour lequel Tunis avait dû réviser sa copie au vu de la farouche concurrence de pays comme l’Allemagne, la Chine, la Turquie, Israël, le Maroc… Pourtant, le pays du Jasmin veut croire en sa bonne étoile.

C’est peut-être le début d’un rush  qui témoigne  d’un intérêt grandissant pour l’Afrique subsaharienne. Face à des partenaires occidentaux en délicatesse économique, ces pays semblent s’être tournés vers le partenariat sud-sud avec leurs voisins situés au sud du Sahara.

La nécessité d’imposer une stratégie africaine

bassem loukilLe Président de :  Tunisia Africa Business Council ( TABC ),  Bassem Loukil,   qui a pour objectif de mener un  travail d’africanisation au sein du monde politique et économique tunisien considère que :

– Le Maroc nous a devancés de quinze ans. Quand il a commencé à déployer sa stratégie africaine en encourageant Royal Air Maroc à développer des lignes pour faire de Casablanca un hub africain, nous, on pensait à autre chose. Quand le Maroc a poussé ses banques, notamment Attijari, à s’aventurer en Afrique, à racheter, à ouvrir, nous, on était sur une autre planète. Aujourd’hui, Attijari ou la BMCE sont devenues des banques panafricaines. Ça ne s’est pas fait en 24 heures. Ils ont développé une stratégie, en sont venus à bout, ça leur a pris dix à quinze ans.

– Le développement de l’Afrique, son taux de croissance, tout cela a échappé à presque tout le monde. Personne n’a vu venir l’Afrique. Pour la plupart, l’Afrique est synonyme d’instabilité, de coups d’État, de pays pauvres à la recherche de crédits, alors qu’il y a des pays africains qui sont plus développés démocratiquement que nous. Il y a dix ans, le Rwanda était en guerre civile.

Nous n’avions ni politique ni stratégie de conquête de l’Afrique subsaharienne. Les Tunisiens ont toujours compté sur le marché libyen et donc n’ont jamais ressenti le besoin de s’aventurer en Afrique. D’autant plus que l’homme d’affaires tunisien est frileux, il n’aime pas l’aventure. Il a ses petits marchés méditerranéens, un peu sur l’Italie, sur la France et surtout l’Algérie et la Libye.

Comment faire, très concrètement : Il faut une stratégie claire. Une liste des priorités ne sortant pas des bouquins des pseudo-économistes qui nous donnent des leçons tous les jours. Il faut une vraie évaluation de nos compétences, de nos potentialités, pour arrêter une stratégie pratique et pragmatique. Sur le court terme, car nous avons besoin de quelques signaux positifs. Sur le moyen terme, pour changer les priorités économiques car ce que nous avons aujourd’hui ne donne plus de résultats. Et sur le long terme, penser à la prochaine génération, ce qu’on doit lui préparer, ce qui conditionnera le système de l’éducation, des universités, des programmes. Ça se prépare maintenant. On ne peut plus faire sortir des philosophes en nombre. On a toujours les mêmes filières. Si vous avez le bac avec 10 de moyenne, vous partez dans telle filière. Je pense qu’on a trop d’avocats, mais on en met 3 000 nouveaux sur le marché chaque année contre 12 000 ingénieurs informaticiens.

Y.Kh

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