Dim. Mai 9th, 2021

La 31ème édition des Journées de l’Entreprise : «L’entreprise et la transformation digitale : mutation et opportunités»: 100 milliards d’outils et machines connectés…Que faire ???

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La recherche de nouveaux relais de croissance, les changements radicaux dans les modes de travail et dans les compétences requises, la démocratisation de l’utilisation d’ internet et de ses outils, les opportunités offertes pour mieux optimiser et personnaliser les offres des entreprises, la quantité d’informations disponibles sur les consommateurs et sur l’écosystème en général, connu sous le nom de Big Data, laissent prévaloir l’avènement d’une nouvelle révolution économique communément appelée la révolution digitale.
Les dernières décennies ont vu la ruée des différentes économies vers l’encouragement à la création d’entreprise, dans l’économie numérique ou dans les industries créatives, afin de  développer l’écosystème adéquat pour assurer leur survie. Nous sommes passés du modèle de Start-up développant des applications ou du contenu à des start -up plus spécialisées dans le domaine du 3D, de la réalité augmentée, de l’internet des objets ou des jeux électroniques.
Bien que cette économie numérique offre des opportunités importantes à des milliers d’entreprises de se créer et de se développer, la démocratisation de l’utilisation de l’internet, de même que la disponibilité de quantités importantes d’informations, obligent les entreprises, les pouvoirs publics et même les politiques à subir une transformation dans la gestion de leurs relations avec leurs clients, leurs citoyens ou leurs électeurs. Des secteurs entiers de l’économie vont subir une transformation profonde ; des filières disparaitront tandis que de nouvelles apparaîtront. La majorité des métiers sont en train de subir cette transformation et plus de 60% des métiers de demain ne sont pas encore définis.
C’est pour toutes les raisons évoquées que le thème des 31e Journées de l’Entreprise a porté sur : L’ENTREPRISE ET LA TRANSFORMATION DIGITALE : MUTATION ET OPPORTUNITES

 

Cette année, le vendredi 09 décembre 2016,  premier jour de la 31ème  édition des Journées de l’Entreprise a coïncidé avec le Sommet International des Business Think Tank. Par ailleurs, le samedi 10 décembre 2016, deuxième jour des Journées de l’Entreprise, était constitué de deux panels dont le premier a porté  sur les nouveaux métiers engendrés par cette transformation et le deuxième avait pour focus le débat public -privé ; car, c’est la capacité des entreprises et des pays à absorber et à tenir compte de ces changements qui constitue une source d’avantages comparatifs.
Les avantages comparatifs, les secteurs prioritaires, les coûts du facteur capital ou humain  changeront avec cette transformation digitale. Les chaines de valeurs, la vision économique d’un pays, ses choix, en termes de secteurs ou de filières prioritaires, son investissement dans l’innovation et dans le savoir, vont être littéralement revus suite à la digitalisation, permettant ainsi une meilleure utilisation de la robotisation. Les « business models » des entreprises, la personnalisation de leurs produits et services, leurs capacités à assimiler les quantités d’informations disponibles sur leur écosystème (clients, fournisseurs, concurrents et employés) constitueront les principaux avantages comparatifs pour adapter leurs offres, améliorer leur productivité et orienter les innovations. Les administrations, les gouvernements, les villes doivent fournir le cadre et l’infrastructure nécessaires pour réussir cette transformation. Cette dernière n’est possible qu’avec un « smart Government » dans une « smart city ».
Le premier panel s’est intéressé au thème de la Transformation Digitale du Modèle Economique.
Il s’est ensuit  un « talk-show » sur la Transformation Digitale Sectorielle lors duquel une fine sélection d’intervenants, apportera son témoignage sur la transformation digitale opérée dans les secteurs qu’ils représentent. En effet, cette digitalisation, conjuguée au développement des technologies 3D et au robotisme, va révolutionner des secteurs entiers. Les métiers et les investissements seront de même impactés. Des secteurs considérés comme matures, tels que celui de la santé, du textile, de l’agriculture, de l’éducation et d’autres industries de process vont subir, à court terme, cette transformation. La transformation digitale va permettre la création de nouveaux emplois et la destruction d’autres. La jonction de cette transformation à la robotisation a permis l’accélération du développement de l’intelligence artificielle. Des secteurs industriels entiers en seront affectés.
L’effet de cette transformation digitale est plus conséquent que l’investissement dans l’innovation sur la compétitivité des entreprises. Dans ces secteurs, la concurrence se situe au niveau de la maitrise de la productivité et de la proximité par rapport au marché. La compétitivité dépendra essentiellement de la capacité à suivre ces évolutions et de les absorber. Dans cette perspective, des cas d’entreprises appartenant aux pays émergents ayant franchi le pas et montré une aptitude à subir cette transformation seront présentés. La notion de l’aptitude digitale des entreprises sera ainsi discutée, se différenciant de celle de l’aptitude technologique par la facilité d’accès et son coût maîtrisé. Cette aptitude dépendra essentiellement des compétences des ressources humaines et de la capacité des entreprises à s’organiser pour les absorber.
Lors du deuxième jour, le débat était autour de la transformation digitale, nouvelle organisation du travail et nouvelles compétences. Des métiers qualifiés aux moins qualifiés, de nouvelles compétences seront requises. Le digital ne sera plus l’affaire de spécialistes au sein des entreprises, l’organisation même du travail va changer. La mesure de la performance et de la productivité, la notion d’organigramme, tout est à reconcevoir et à refaire. Le système éducatif aura aussi à suivre cette évolution et à préparer les ressources humaines à être les acteurs de cette transformation. Au-delà de l’infrastructure numérique, l’imprégnation des changements par les différents acteurs au sein et autour de l’entreprise conditionneront sa performance dans le futur.
Le dernier panel a  porté  sur la promotion de l’investissement et la transformation digitale à travers un Débat Gouvernement-Secteur privé. La concrétisation d’une telle orientation dépendra de l’adaptabilité des politiques macro-économiques, celle-ci se basera sur de grands projets utilisant les Partenariats Publics-Privés. Le nouveau code d’investissement doit opter pour cette orientation en termes d’incitation ou de ciblage de projets nationaux et internationaux à encourager. Le développement régional, les investissements dans les régions trouveront dans le digital des opportunités de développement et de concrétisation. Cette démarche permettra aux générations futures, le partage d’une vision économique basée sur l’inclusion, sur l’emploi avec une orientation vers l’international, minimisant ainsi différentes sources de disparités.
La transformation digitale est une révolution dans la manière de concevoir les politiques économiques et de les appréhender. Être conscient des enjeux, être parmi les pionniers à s’y engager et à y investir, bouleversera toutes les règles déjà établies et la compétitivité des entreprises et des économies.
Nous donnons, ci-après, les différentes interventions des spécialistes à ce sujet.

Youssef Chahed :
« La tranformation digitale est une réforme que le gouvernement d’union nationale s’est engagé à entreprendre »
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En marge de la cérémonie d’ouverture des journées de l’entreprise, le chef du gouvernement d’union nationale, Youssef Chahed, a précisé que la tranformation digitale est une réforme que le gouvernement d’union nationale s’est engagé à entreprendre.
Chahed est revenu sur les implications de la «Conférence internationale sur l’investissement « sur l’image de la Tunisie : « Notre transition démocratique doit se poursuivre par une transition économique et que  la réussite de « Tunisia 2020 » et la présence massive qui y a été enregistrée montrent  l’intérêt qu’on a pour la Tunisie et la foi dont ont fait preuve tous les pays participants dans sa transition démocratique »

L’une des priorités du gouvernement est sans conteste l’emploi : « Si la Tunisie veut ancrer sa démocratie, cela passera forcément par l’emploi et l’emploi est tributaire de la croissance, laquelle est tributaire de l’investissement et de la production »poursuit-il
« Nous avons fait de la finance publique et de la justice fiscale nos priorités car aucun investisseur n’ira faire des projets dans un pays qui souffre d’une crise dans ses finances publiques » a-t-il affirmé.

ANOUAR MAÂROUF : Ministre des Technologies et de l’économie numérique
« Aujourd’hui, il faudra passer de la logique de digitalisation à la logique de la transformation digitale
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Le ministre des Technologies et de l’économie numérique, Anouar Maârouf a indiqué que la transformation digitale est une rupture par rapport au modèle basé sur la digitalisation, dans la mesure où elle représente une modification du modèle économique en soi, où la notion de l’action économique, du marché et du client a changé. Ainsi, la transformation digitale a transformé les outils de production, ensuite le marché, et puis le client
« Il est tout à fait possible de réaliser une hausse du taux de croissance de l’ordre de 1,5%, et afin de pouvoir l’entamer en Tunisie, il faut engager une enveloppe d’investissement d’une valeur de 20 milliards de dinars sur la période des 5 prochaines années» a-t-il ajouté concernant la transformation digitale de l’administration et des entreprises.
« Aujourd’hui, il faudra passer de la logique de digitalisation à la logique de la transformation digitale, car elle touche la culture économique tandis que la digitalisation touche  seulement les supports. »

MEHDI JOMAA :
Ex-chef du gouvernement
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« La transformation digitale est une véritable quatrième révolution »
L’ex-chef du gouvernement, Mehdi Jomaa a indiqué à l’occasion de la tenue des Journées de l’Entreprise que la transformation digitale est une véritable quatrième révolution et revêt une importance capitale.
Il a ajouté que c’est le moment où jamais pour la Tunisie d’opérer sa transformation digitale et qu’il n’est pas difficile de s’y mettre.
« Le plus grand problème que nous connaissons est celui du chômage, et si nous ne faisons pas notre transformation digitale, nous risquons de perdre encore davantage d‘emplois, car il y aura des transformations industrielles auxquelles nous ne pourrons pas nous adapter sans transformation digitale. » a-t-il  souligné.
« Cela pourra être une des solutions pour lutter contre le chômage si on entame les formations nécessaires »
« Il faut devancer l’avenir et ne pas seulement s’y préparer. La transformation digitale est une révolution au même titre que la révolution industrielle, elle touche tous les aspects de notre vie au quotidien. Il faut donc penser à l’avenir et être compétitif pour éviter d’être en queue de peloton ».
« La révolution digitale, si elle aura lieu, ne se limitera pas au volet technologique, mais portera également sur les volets socio-économique et politique. » poursuit-il.

Ahmed Maiteeg :
Vice-président du Conseil de Présidence du gouvernement d’Accord National (Etat de Libye)
« Mettre l’infrastructure numérique libyenne au service de la Tunisie et de l’Algérie pour une meilleure connectivité avec le monde »

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Le vice-président du Conseil de Présidence du gouvernement d’Accord National (Etat de Libye), Ahmed Maiteeg ,a réitéré la volonté de son gouvernement d’appuyer les relations de partenariat entre les banques libyennes et tunisiennes, notamment en ce qui concerne la digitalisation du système bancaire.
Des projets économiques bilatéraux peuvent être réalisés dans plusieurs domaines, a précisé Maiteeg lors de sa participation aux travaux de la 31ème édition des Journées de l’Entreprise, mettant l’accent sur l’importance d’appuyer les projets communs dans les zones frontalières et la volonté de son pays de mettre en œuvre les conventions signées par les deux gouvernements tunisien et libyen, en vue de mettre en place des programmes complémentaires permettant de créer des zones de libre-échange dans les régions frontalières.
Il a proposé de mettre l’infrastructure numérique libyenne au service de la Tunisie et de l’Algérie pour une meilleure connectivité avec le monde soulignant que  La Libye a entamé depuis 2008, la mise en place de fondements du programme de transformation digitale, de manière à avoir un impact positif sur les différentes activités économiques en Libye.

Slim Khalbous :
Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
« Repenser la nature, le contenu, les méthodes d’apprentissage  à cause d’une innovation permanente »
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Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Slim Khalbous a bien fait de souligner la nécessité de repenser la nature, le contenu et les méthodes d’apprentissage à cause d’une innovation permanente et d’apprendre désormais aux étudiants à apprendre en autodidacte

Ce que la Tunisie a dont vraiment besoin est plutôt des diplômés autodidactes et capables d’acquérir des connaissances dans des domaines où ils n’ont aucune connaissance préalable.
« L’adoption culturelle de la digitalisation concerne toutes les formations universitaires et non seulement les spécialistes » a-t-il ajouté.
« Repenser la nature, le contenu, les méthodes d’apprentissage  à cause d’une innovation permanente, il faut apprendre aux étudiants à apprendre »
« Pour réussir la transformation digitale, nous avons besoin de compétence techno, personnelle et managériale »

Taoufik Jelassi :
Ancien Ministre et professeur de stratégie à l’IMD de Lausanne
« La transformation digitale va de pair avec la transformation de mentalité »
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L’ancien Ministre et professeur de stratégie à l’IMD de Lausanne (Suisse), Taoufik Jelassi a mis l’accent dans son intervention sur les défis et les opportunités de la transformation digitale dans le monde. Il a souligné que plusieurs secteurs seront touchés par cette transformation dont les secteurs de l’énergie, du transport, de l’automobile, des loisirs…« Il faut profiter de l’intelligence artificielle, des Big Data dans la santé, éducation et tout autre domaine »
Il a notamment  ajouté que cette révolution annonce l’avènement d’une économie de partage fondée plus sur l’usage que sur la propriété.
« La transformation digitale va de pair avec la transformation de mentalité »
M. Taoufik Jelassi a indiqué dans en fin de discours que : « Le monde autour de vous change. Etes-vous en train de changer? »

Zied Laadhari :
Ministre de l’industrie et du commerce
« Il faut adopter une vision verticale et globale afin de réaliser la transformation numérique. »
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La transformation digitale nécessite l’ouverture d’un dialogue et un partenariat entre les secteurs public et privé en coopération avec tous les ministères, outre au sein de l’administration et de toutes les structures de l’Etat dans l’objectif de mettre les bases de l’économie numérique et de tirer profit des opportunités offertes.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Zied Laadhari, a appelé à la généralisation de la prise de conscience quant à la nécessité de l’adoption de  la transformation digitale et de travailler de manière collective.
Il a en outre précisé que son département fait face à un défi nécessitant l’adoption d’une vision verticale et globale afin de réaliser la transformation numérique.

Marouane Abassi :
Représentant de la Banque mondiale en Tunisie
« La crise libyenne a réduit la croissance en Tunisie de 0,94 % par an »

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L’économiste tunisien Marouane Abassi, représentant de la Banque mondiale en Tunisie, a présenté, lors de la 31e édition des Journées de l’Entreprise, les principaux résultats d’une étude menée en 2016 par la Banque mondiale sur l’impact de la crise libyenne sur l’économie tunisienne et intitulée «  Tunisia –Libya dialogue : managing risks and seizing opportunities together ».

« Nous évaluons que la crise libyenne a réduit la croissance en Tunisie de 0,94 % par an, équivalent à 8,8 milliards de dinars tunisiens (TD) ou 880 millions de dollars américains (US $) par an, soit environ 2% du PIB par an pour 2015
Une perte due principalement à l’effet sur l’investissement privé et le tourisme » a-t-il indiqué.
Par conséquent, il y a un impact fiscal traduisant  une augmentation des dépenses de sécurité publique et perte de recettes fiscales.
Il a ajouté par ailleurs que des liens historiques forts existent entre les deux pays (commerce, migration, métissage…).
De ce fait, les deux pays doivent gérer les risques auxquels ils sont confrontés par la collaboration et la coordination et  doivent approfondir  maintenant leur dialogue pour promouvoir les conditions et saisir les opportunités économiques de relèvement et de reconstruction.
« Quand les choses vont bien dans un pays, elles vont bien dans l’autre… »   a-t-il conclu.
Fadhel Abdelkefi:
Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale
« Nous sommes en situation de rupture des équilibres  macroéconomiques. On est devant le choix entre assurer les augmentations salariales et investir au regard des contraintes budgétaires »

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Intervenant à la clôture des journées de l’entreprise, le ministre a déclaré que le  retard enregistré au niveau de la transformation digitale des entreprises tunisiennes n’est pas due à des problèmes d’infrastructures mais plutôt à la faiblesse de la maturité digitale.
Interpellé sur l’accompagnement du secteur public par le secteur privé en matière de  transformation digitale, le ministre a affirmé qu’il faut d’abord avoir les moyens nécessaires de notre vision.
«  Aujourd’hui, on demande à un Etat, qui ne dispose pas des moyens nécessaires, de tout faire, d’avoir une vision stratégique, de réaliser le développement régional, d’améliorer l’éducation et de défendre les frontières »
M. Abdelkefi a appelé le secteur privé à jouer un rôle important en matière de revenus fiscaux. « La fiscalité pose un grand souci. Seulement une centaine d’entreprises contribuent au paiement de l’impôt. Nous sommes en situation de rupture des équilibres  macroéconomiques. On est devant le choix entre assurer les augmentations salariales et investir au regard des contraintes budgétaires », a-t-il ajouté.
Le ministre a ajouté que «  nous voulons être un pays démocratique sans pour autant se comporter comme un citoyen démocratique, car le citoyen dans un pays démocratique paye substantiellement ses impôts. »
La transformation digitale des entreprises est à la fois une question qui relève de la volonté de l’entreprise elle-même et des autorités.
Aider à la transformation digitale des entreprises revient à encourager l’innovation, particulièrement dans le monde du numérique.
En matière de transformation digitale, les attentes des entreprises sont focalisées sur :
– Le développement de l’E-administration et d’un portail E-commerce.
– l’amélioration de la qualité d’internet et la garantie de la sécurité informatique.
– L’attribution de subvention et l’assistance technique.
– La formation du personnel.
– Le développement de l’infrastructure.
Par ailleurs, pour les entreprises, le processus de la digitalisation se confronte  à des contraintes allant de l’absence de stratégie globale pour l’Etat, aux problèmes de sécurité informatique, à l’insuffisance de compétences techniques voire à l’existence d’autres priorités pour l’Etat.
Sonia Chikhaoui

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