Dim. Mai 9th, 2021

BCT : Un besoin de sang jeune et de changement: Chédly Ayari: Partira… Partira pas?

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Tunis, « L’EXPERT »

La semaine dernière nous a apporté du nouveau avec l’adoption du projet de nouveau statut de la Banque centrale de Tunisie (BCT) qui, comme c’est le cas dans plusieurs autres développer, va bénéficier de son indépendance, avec, toutefois, un droit de regard de l’Assemblée des représentants du peuple sur la politique monétaire qu’elle va suivre, afin d’éviter tout dérapage.

Cette nouvelle envergure de la première institution financière incite, actuellement et de prime abord, à faire de sorte qu’elle soit à l’écart des tiraillements politiques et qu’elle ait un gouverneur de sa stature et qui a du souffle pour régler les divers problèmes accumulés, depuis des décennies de dictature et qui sont devenus plus aigus, depuis la Révolution, en raison de la conjoncture économique vécue par le pays.

Ainsi, il ne faut pas avoir honte de le dire et de le crier fort, la Banque centrale nécessite qu’on ose des changements et qu’on insuffle un sang nouveau dans ses rouages afin qu’elle devienne digne de sa nomination et de son histoire qui a vu passer à sa tête des gouverneurs de la stature de feu Hédi Nouira, Ali Zouaoui, Mohamed Ghénima, Mohamed El Béji Hamda et Mohamed Daouas, en particulier. Des personnalités qui avaient laissé leur empreinte dans le fonctionnement de cette institution.

Depuis la Révolution de décembre 2011/janvier 2012, deux gouverneurs se sont succédés à la tête de la BCT, Mustapha Kamel Nabli et, actuellement, Chédly Ayari, deux personnalités qui avaient fait leurs preuves, durant les régimes du leader Habib Bourguiba et de son triste successeur Zine El Abidine Ben Ali.

Le passage de Mustapha Kamel Nabli a été accompagné par beaucoup de flou, surtout qu’il était secondé par le vice-gouverneur très contesté Brahim Saada, nommé vice-gouverneur par Belhassen Trabelsi, selon des cadres de la BCT (Voir en encadré lettre de cadres de la BCT datée du 11 février 2012) et expressément reconduit après la révolution (malgré ses 60 ans passés).

Trop de zones d’ombres demeurent encore, six ans après et de nombreux dossiers qui devaient être réglés ont été jetés aux oubliettes de l’Histoire.

Cette gouvernance, en particulier celle de Chedly Ayari n’ont pas été pour plaire aux citoyens, surtout que sa nomination très controversée a coïncidé avec l’arrivée du mouvement Ennahdha, à la tête de la Troïka au pouvoir, durant les quatre années passées.

Economiste et juriste de formation, Chedly Ayari, qui fut plusieurs fois ministre sous l’ère Bourguiba, outre une carrière dans l’enseignement universitaire et comme diplomate, est aux commandes de la Banque centrale de Tunisie (BCT) depuis juillet 2012, à un moment où la Tunisie connaît des difficultés financières.

Quelles que soient ses performances et son aura, s’il en existe, à la tête de la Banque centrale, ce gouverneur avait été, toujours, contesté, surtout qu’on lui colle l’étiquette d’un Nahdaoui et, malgré le changement de majorité, il demeure solide au poste.

Dans une interview récente à la chaîne de télévision BBC en arabe, le président de la République Béji Caïd Essebsi a souligné qu’il n’y a aucune intention de remplacer Chédly Ayari à la tête de la BCT, actuellement. Une information confirmé par le ministre des Finances, Slim Chaker, qui a indiqué que, logiquement, Chédly Ayari restera à son poste, jusqu’en 2018.

Donner une nouvelle dynamique

Mais, ces affirmations font face à une contestation certaine, surtout que le nouveau cadre juridique nécessite une nouvelle gouvernance plus dynamique et plus tournée vers l’avenir, tout ayant des idées pour faire face à la crise économique endémique et financière vécue par le pays.

Dans son histoire et même durant les années quatre-vingts, considérés comme les plus sombres de l’histoire de la Tunisie, jamais le dinar n’est tombé aussi bas, perdant, en moins de quatre ans, près de 15 % face à l’euro et beaucoup plus encore, face au dollar.

Pour un gouverneur de banque centrale qui souligne que sa mission est de veiller à la stabilité des prix, cette « performance » n’est pas en son honneur et, dans d’autres pays démocratiques, cela ne peut que conduire qu’à la démission du responsable qui a failli à sa mission de veiller aux équilibres financiers du pays.

Puisque chez nous, en Tunisie, les hauts responsables de tous bords sont très attachés à leurs fauteuils et qu’on n’avait jamais entendu parler de la démission d’un ministre ou d’un gouverneur de la BCT, la seule solution serait donc de trouver mieux, de donner leur chances à de nouvelles compétences qui ne manquent pas dans le pays, d’oser le changement et d’insuffler un sang nouveau et une nouvelle dynamique aux rouages de l’institution, actuellement, malade de son impuissance de gérer, même, le quotidien du pays.

De nouveaux mécanismes de gestion

Ahmed El Karam, président du directoire de l’Amen Bank et président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (ATPBEF), a indiqué, récemment, dans une déclaration à la radio Express FM  que « la nouvelle loi est une étape importante, surtout qu’elle consacre l’indépendance de la Banque, une indépendance qui va permettre de travailler en symbiose avec le gouvernement ».

L’expert financier souligne, d’autre part, que « la crédibilité de la Banque reste la plus importante, surtout si on délimite les grandes lignes qui reflètent cette indépendance, tout en fixant les objectifs escomptés de cette indépendance qui va accorder à la BCT les mécanismes modernes et nouveaux garantissant la bonne gestion de ses affaires ».

Tout le monde est conscient que la BCT a besoin d’une révolution, qu’elle ne doit pas se cantonner dans ses draps et qu’elle doit être partie prenante dans le retour de la situation économique et financière à la normale dans le pays, ce qui n’est pas le cas, aujourd’hui, avec une équipe dirigeante qui ne fait que constater les dégâts et qui cherche les solutions de facilité, à travers un surplus d’endettement, pour régler les problèmes financiers, économiques et sociaux de la Tunisie.

Cela nous ramène à dire que le gouverneur de la BCT a pris son temps et que sa carrière est derrière lui, surtout qu’il ne peut pas se faire une nouvelle jeunesse, alors que le pays a besoin de nouvelles compétences, avec plus de dynamisme et munis d’un savoir-faire nouveau qui leur permet de faire rayonner la Tunisie, à l’échelle internationale, en sachant négocier tous les dossiers avec l’assurance requise et le regard tourné vers l’avenir des générations actuelles et futures.

L’expérience c’est bien, le savoir-faire c’est mieux

La Tunisie a été, de tous temps et depuis l’indépendance, le fournisseur de cadres compétents à plusieurs pays arabes, africains et, même, occidentaux, et le moment est venu pour faire, nous-mêmes, confiance à ces cadres qui pullulent dans le pays et qui attendent leur chance, pour être aux avant-postes de la direction du pays.

L’expérience a montré que nos anciens gouvernants ont adopté la politique de la terre brûlée, pour rester toujours au pouvoir, mais, malgré eux, la Tunisie n’a jamais manqué de nous donner d’excellents cadres, dans tous les domaines, qu’ils soient politiques, financiers, économiques, scientifiques, médicaux ou scientifiques. Il n’y a qu’à voir les cadres tunisiens qui opèrent dans divers pays pour s’en assurer, parce que le leader Habib Bourguiba avait misé sur l’enseignement et les sciences pour bâtir ce pays qui peut avoir de l’orgueil pour ses jeunes qui ont la chance d’opérer ailleurs, mais pas dans leur pays.

L’expérience est, certes, très utile, aussi, mais elle doit servir, en particulier à piloter les jeunes compétences, afin qu’elles puissent prendre le flambeau, lorsque c’est nécessaire. Il n’y a qu’à voir le fonctionnement des dizaines de banques tunisiennes, pour se rendre compte que le moment est venu pour ces centaines de cadres d’avoir leurs chances, surtout qu’ils sont, principalement, des technocrates qui ne cherchent que le bien du pays, avec patriotisme et abnégation.

Des vis-à-vis compétents

Certes, on peut évoquer, à ce propos, le problème de l’inexpérience et du phénomène de la stabilité vis-à-vis des institutions internationales, mais cela n’est qu’un faux problème, parce qu’un nouveau gouverneur jeune et dynamique, entouré de cadres compétents, animé par le sérieux et l’amour du travail, tout en sachant négocier, convenablement, ses dossiers, ne peut être que bien apprécié par les partenaires étrangers de la Tunisie qui n’y verront qu’un stimulant pour soutenir la Tunisie dans ses efforts pour aller de l’avant vers la démocratie et les libertés publiques chères à l’Occident, surtout parmi les pays qui ne veulent pas voir le pays tomber dans le chaos et le marasme économique et financier.

La situation exige, actuellement, des solutions radicales pour éviter au pays de tourner en rond et de continuer à perdre du temps et de l’énergie, ainsi que de l’énergie pour remettre l’économie et les finances tunisiennes sur les rails.

D’autre part, en cette nouvelle ère de démocratie et de transparence, il est nécessaire que la Banque centrale ne soit plus une boite noire, surtout que tout ce qui s’y passe est, aussi, l’affaire de tous les Tunisiens qui doivent être informés sur les rouages et les actions menées par cette Banque sensée participer aux efforts de développement du pays.

L’état des lieux ne pousse pas, certes, à l’optimisme, au niveau du bouleversement de la situation, puisque le gouverneur de la Banque centrale demeure solide à son poste, avec la bénédiction d’Ennahdha, d’abord, qui l’a installé,  du président de la République qui lui a donné sa caution, des partis de la coalition au pouvoir, et de la bénédiction de l’opposition qui ne l’a, jamais, contesté.

Pourtant, il ne suffit pas dire qu’on est indépendant, pour que tout le monde le croit et l’indépendance doit être vérifiée, à travers l’histoire du la personne et ses affinités.

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