Mer. Mai 18th, 2022

M. Ezzedine Khoja, PDG de la Banque Zitouna: La finance islamique se positionne comme outil universel probant

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Les produits et services de la finance islamique proposés par la Banque Zitouna ne sont, pas encore, bien assimilés par un grand nombre de Tunisiens. Après la Révolution en Tunisie, subsiste l’impression que la finance islamique est un secteur qui s’est développé dans l’anarchie, surtout qu’on avait imposé, alors, la création d’une banque islamique sans pour autant s’inscrire dans l’idée de développer le secteur de la finance islamique.
Après 2011, les lois n’ont certes, pas changé, mais il y a eu une volonté politique, pour structurer le secteur. Aujourd’hui, le secteur évolue, mais pour certains, cette évolution ne se fait pas sur des bases solides.
Cinq ans après sa naissance la Banque Zitouna a parcouru un long chemin et elle est devenue un recours pour bon nombre d’investisseurs et de particuliers, avec ses 87 agences créées, en moins de cinq ans.
Pour avoir une idée sur cette banque d’un caractère nouveau, bien que la finance islamique se développe d’une manière fulgurante, même dans les pays occidentaux, nous avons eu l’entretien suivant avec M. Ezzedine Khoja, son président-directeur général.

Question : Tout le monde se demande, aujourd’hui, à juste titre, quel est l’avenir de la finance islamique en Tunisie ?
Réponse : L’apparition de la finance islamique, au milieu des années 70 du siècle dernier, avait été accompagnée de craintes et d’interrogations.
Mais, aujourd’hui, toutes les instances internationales voient en la finance islamique un concept pouvant consolider les services financiers de n’importe quel pays, et les craintes ont été dissipées, surtout que la finance islamique a démontré qu’elle n’a aucun lien, avec les idéologies et la politique.
La plupart des experts ont compris qu’il s’agit d’un système financier basé sur l’adoption de démarches conformes au Fikh musulman dans les transactions financières, sans autres considérations, et ce dans tous les pays du monde, qu’ils soient arabes,  musulmans, ou occidentaux et non musulmans.
En Tunisie, l’historique de la Finance Islamique n’a pas été simple. Il n’a pas été facile de créer la Best Bank devenue, par la suite, la banque El Baraka et dont le promoteur était cheikh Salah Kamel qui avait servi la finance islamique et qui avait servi énormément la Tunisie.
La création de cette banque entrait dans le cadre du projet du siècle, pour la Tunisie, avec, notamment, le projet El Bouhaïra, mais les activités de cette institution financière off-shore ne lui ont pas permis une grande marge de manœuvre pour son développement.
Banque Zitouna a ensuite vu le jour en Mai 2010 et a eu la chance de s’être vu accorder une licence on-shore dès le départ et cette nouvelle institution financière représente  un acquis pour le pays, même si elle a dû faire face à un grand défi, en l’absence d’un cadre juridique spécifique rendant son activité et sa compétitivé difficile.
Heureusement, après la révolution, le ministère des Finances a pris en charge l’amendement de certains articles, à travers la création de la Commission nationale de la finance islamique dont je faisais partie, depuis mon arrivée à la tête de la Banque Zitouna, en juin 2012.
Jusqu’à maintenant, différentes lois ont été proposées et trois d’entre elles ont été promulguées, respectivement pour les Sukuks, les assurances Takaful et les fonds d’investissement islamiques. Il y avait, aussi, un projet d’amendement de la Loi Bancaire, qui a pris un certain temps et qui aujourd’hui a été pris en charge par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) et il vient d’être présenté par le Gouverneur de la BCT, lundi 22 février 2016, devant un conseil ministériel restreint, et sera présenté, bientôt, devant l’Assemblée des Représentants du Peuple.
Ainsi, ceci permettra de mettre en place l’environnement juridique qui va nous permettre de développer la finance islamique, en Tunisie, et de faire évoluer le secteur, grâce à un cadre réglementaire propice.

Question : Vous pensez que le projet de loi va accomplir sa mission et jouer son rôle ?
Réponse : Effectivement, j’ai vécu la période de l’étude du projet de loi, depuis le début et je peux témoigner que la Banque centrale a travaillé sur ce dossier d’une manière totalement participative. La BCT a fait participer toutes les parties concernées et en relation avec le secteur, puis a pris en considération toutes leurs remarques et observations, pour recourir, par la suite, à tous les experts et présenter l’esquisse, dans une autre étape, à l’Association Professionnelle des Banques (APB).
Cette démarche a été suivie par une réunion du Gouverneur de la BCT avec les dirigeants de toutes les banques de la place financière de Tunisie.
Ce travail associatif pour ce projet de loi ne peut aboutir qu’à des résultats positifs , surtout qu’il consacre un chapitre entier à la finance islamique.

Question : Ne pensez-vous pas que l’intérêt pour la finance islamique se situe, seulement, au niveau des liquidités et non à celui de la structuration d’un secteur, surtout après la crise des liquidités des années 2007/2008 ?
Réponse : Cela aurait pu être vrai avant la crise financière de 2008, puisque tout le monde pensait que l’expansion des banques islamiques et l’intérêt porté à ce secteur, par les sociétés occidentales et surtout les institutions financières de ces pays avaient pour unique attribut de chercher à polariser les ressources de la finance islamique.
Mais, après la crise financière et le marasme du secteur financier mondial, avec la faillite de plus d’une centaine de banques aux Etats-Unis, des experts et des prix Nobel se sont penché sur l’étude de la finance islamique.
Cela leur a permis de constater les nombreuses failles du système financier classique et ont découvert que ces faiblesses avaient fait l’objet d’études de la part de la finance islamique qui les rejette et les interdit.
A titre d’exemple, je peux citer ici la question des produits dérivés qui ne sont pas des véritables transactions liées à l’économie réelle, mais, simplement des outils de spéculation subissant la fluctuation des marchés. Ces produits dérivés ont créé un marché fictif qui n’est pas lié à l’économie.
Ainsi, en 2008 le volume des produits dérivés était d’environ 600 trillions de dollars, alors que le produit intérieur brut de tous les Etats ne dépassait pas 65 trillions de dollars, ce qui veut dire que les produits dérivés mais pas seulement ont créé une bulle spéculative et un marché fictif représentant dix fois celui de l’économie mondiale réelle.
Cela n’est pas le cas pour la finance islamique où il y a l’obligation pour chaque transaction d’être liée à l’économie réelle.
De ce fait l’intérêt pour la finance islamique n’est plus basé sur la recherche des pétrodollars des pays du Golfe, mais sur les principes conducteurs et le système de réflexion sur lequel se fonde cette industrie, notamment le principe de partage des pertes et profits, l’absence de monopole, les Valeurs Morales, l’inexistence de l’incertitude surtout que notre prophète avait interdit la vente de ce que l’on ne possède pas. Ce sont tous ces principes qui sont les fondements de la finance islamique.

Question : Le lancement des titres participatifs islamiques de Banque Zitouna sur le marché tunisien a été un succès, selon les échos qui circulent. Pouvez-vous nous donner un aperçu sur les résultats ?
Réponse : Banque Zitouna en concordance avec son Conseil d’Administration s’est engagée à lever des fonds pour un montant de 120 millions de dinars à travers 3 émissions de Sukuks Privés au cours du Business Plan 2016-2020. En l’absence des décrets lois pour les Sukuks Privés, Banque Zitouna a lancé la première émission de titres participatifs « Chahadat Zitouna ». Cette émission a permis de recueillir 45 millions de dinars, dès l’ouverture de la souscription, alors que le montant escompté était de 40 millions de dinars uniquement.

Les titres « Chahadat Zitouna » que nous avons émis résultent de l’ingénierie financière d’une équipe de travail dédiée de Banque Zitouna, qui en l’absence de la promulgation des décrets lois des sukuks privés a trouvé dans le modèle des titres participatifs l’instrument le plus adapté pour combiner les exigences de conformité charaique et le respect de la réglementation en vigueur.
Ce titre représente un acquis pour l’économie nationale, parce qu’il diversifie les produits du marché financier, de même qu’il permet d’élargir la base des investisseurs qui peuvent en bénéficier et réaliser des bénéfices, à leur tour.
L’opération a été un franc succès, malgré un certain nombre de contraintes : une émission en fin d’année sur une place financière en proie à un asséchement des liquidités, et le choix pour des questions de contrainte temps de ne pas faire appel public à l’épargne (APE) mais plutôt de l’adresser aux institutionnels bien plus avertis.
Ceci a dénoté la confiance des investisseurs institutionnels puisqu’une partie des bénéfices à distribuer reste variable et dépendante des performances financières de Banque Zitouna dans la gestion de son activité. Il va sans dire que les analystes financiers de ces investisseurs institutionnels ont scrupuleusement étudié le Business Plan de Banque Zitouna et se sont trouvés rassurés quant à sa stratégie de développement, sa gouvernance et sa capacité de générer des profits permettant de servir aux investisseurs de Chahadet Zitouna des bénéfices escomptés aux alentours de 8%.
Pour l’avenir, les prochaines émissions de Chahadet Zitouna pourront être sous forme d’APE et permettre à tous les investisseurs, entreprises, particuliers et grand public d’y participer.

Question : Les banques classiques de la place peuvent-elles proposer des services de finance islamique ?
Réponse : Autoriser les banques conventionnelles à commercialiser des produits financiers islamiques permettra certainement d’enrichir l’offre des produits financiers sur le marché financier tunisien et mieux satisfaire la clientèle. Simplement, il est indispensable que ces institutions respectent les  exigences de la finance islamique et les normes de la chariaa avant de se lancer dans cette activité.
C’est ainsi que le projet de la loi relative aux banques et établissements financiers stipule que les banques qui s’adonnent aux opérations bancaires conformes aux normes islamiques ne peuvent le faire qu’à titre exclusif.
Par conséquent, pour pouvoir commercialiser des produits de la finance islamique, la banque doit créer une structure indépendante avec une séparation totale des services, une administration propre et des ressources financières propres tout en faisant bien entendu recours à un comité charia pour la supervision des produits et des contrats (Mourabaha, Ijara, Moudharaba, …)..

Question : En plus de la banque, vous avez-développé d’autres secteurs. Pouvez-vous nous en parler ?
Réponse : En effet, nous avons aussi développé,  les assurances, qui sont une partie indissociable des services de la finance islamique, pour assurer nos clients.
En l’absence d’Assurances Takaful, Banque Zitouna a vécu un défi, d’autant que notre Comité Charia ne concevait pas le fait  d’opérer avec les assurances traditionnelles, ce qui ne concordait pas avec la Charia. Cela nous a poussé à accélérer la mise en place de la société d’assurance Zitouna Takaful qui, depuis son introduction sur le marché tunisien des Assurances s’est fixée comme objectif de permettre à ses clients, particuliers et professionnels, la possibilité d’assurer différemment leurs biens, leurs proches et leur patrimoine et ce, conformément aux principes de la Finance Islamique.
La vocation de Zitouna Takaful est de répondre à une demande de plus en plus soutenue d’une clientèle souhaitant faire usage des pratiques de la Finance Islamique, avec Takaful Général et Takaful Family.
Zitouna Takaful est la première compagnie d’Assurance Islamique multi-branches en Tunisie dont l’activité, les produits et les investissements sont soumis à la validation et au contrôle d’un Comité Charia.
Par ailleurs, nous cherchons à atteindre toutes les catégories de la population, en particulier celles désireuses de se lancer dans des petits projets mais qui n’ont pas de fonds propres à fructifier. Ceci nous a amené à donner naissance à une institution spécialisée dans le domaine, Zitouna Tamkeen, et des actionnaires de grande importance entre autres la BID, Poulina et le groupe El Meddeb.
«C’est une nouvelle institution de micro-finance, créée à l’initiative de Banque Zitouna pour remplir la mission de favoriser l’inclusion financière et économique des jeunes diplômés et des populations défavorisées à travers la Micro-Finance Islamique ».

Entretien conduit par
Abdellatif Ben Heddia
Faouzi SNOUSSI

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