Dim. Mai 9th, 2021

Ali Kooli : Calme, serein, et efficace

Etre ministre des finances en ces temps difficiles est considéré comme un cadeau empoisonner plus qu’une gratification. C’est aussi un vrai défi et une mission à hauts risques. La situation chaotique des

finances publiques s’apparente à une équation à 10 inconnus, et comme l’a bien schématisé en 2018

Fadhel Abdelkefi, ancien ministre des finances « nous sommes dans une situation de calcul d’épicier ».

Face à cette situation, un homme a accepté la mission, renonçant à son poste de banquier bien rémunéré, il s’agit de monsieur Ali Kooli. Ces qualités humaines et professionnelles, ainsi que sa compétence, lui ont valu le respect, et la réussite relative dans son travail.

Un vrai casse-tête :

Gérer les finances publiques est un vrai casse-tête. Au terme des onze premiers mois de 2020, le solde budgétaire s’est établi à -7.130 millions de dinars, contre -3.721 MDT un an auparavant. A cause de la pandémie, ainsi que la situation politique et économique du pays, le déficit budgétaire s’est creusé vu l’augmentation des dépenses face à la baisse des ressources de l’Etat.

Avec des dettes cumulées de 110 milliards de dinars, et un service de la dette qui a augmenté de 15.7% en 2020, et des besoins de financements de 18 milliards de dinars pour boucler le budget 2021, la situation est très problématique. Pour résumer, le déficit est estimé à 11,5 % du PIB, un niveau jamais atteint, et la dette publique a atteint 90 % du PIB. Avec une croissance qui a atteint -8.8% en 2020, et un chômage de 17.5%, le bout du tunnel ne semble pas être en vue.

Le tableau est noir et tous les clignotants sont au rouge depuis des années. Avec cette affirmation nous n’apportons rien de nouveau.

33 ans d’expérience mis au

service du pays :

Avec plus de 33 ans d’expérience dans le secteur bancaire, Ali Kooli, devra être un « Superman » pour pouvoir relever le défi. Depuis la prise de fonction à la Kasba, Ali Kooli n’a pas perdu beaucoup de temps, lui qui est fin connaisseur des rouages des finances. Il a surtout réussi à faire passer, dans la douleur, une loi des finances complémentaire, et un budget difficile pour 2021 comparé à un accouchement par césarienne. Certes le contenu n’est pas très luisant, mais pour un ministre qui vient de prendre le train en marche, c’est une véritable performance.

A sa nomination, on craignait son historique dans les rouages des principales banques internationales et nationales, de l’UBAF à l’UIB puis à l’ABC, et l’esprit libéral qu’il peut apporter dans la gouvernance du pays. Mais l’homme n’a pas démérité et jouit de la confiance de la centrale syndicale, qui trouve en lui un homme de dialogue et très rationnel.

Suite à plusieurs interventions médiatiques, l’homme n’a pas commis de gaffes ou des erreurs de communication. Au contraire il a fait toujours preuve de rigueur et de sérénité. Ses sorties médiatiques rares et dosées selon la situation ont toujours eu un bon effet sur l’environnement global du pays.

Avec son calme à l’anglaise, et son discours méticuleux, Ali Kooli a su faire passer les messages nécessaires pour alerter et aussi calmer. Sa franchise et sa force d’analyse et de persuasion lui ont valu le respect.

C’est aussi avec optimisme que le ministre des finances présente la situation du pays. Il a affirmé lors d’une interview qu’il « préfère voir la moitié pleine du verre ». Il a même été critiqué pour cet optimisme exagéré selon certains, voyant en lui l’homme qui veut maquiller les chiffres ou il  est inconscient de la situation. Le ministre avait aussi affirmé qu’il est capable de trouver les financements nécessaires pour boucler le budget 2021. Une affirmation qui s’apparente à un défi personnel plutôt qu’à une annonce fortuite.

Invité à plusieurs reprises à l’ARP, que ce soit en commission ou en plénière, Ali Kooli a su répondre à toutes les questions posées par les députés en toute franchise et sincérité et surtout sans gêne.

Passant plus de 13 heures par jour dans ses bureaux de la Kasba, l’homme a su entretenir des relations de confiances avec les « généraux » de son ministère qui semblent l’apprécier et se sont vite intégrés dans sa stratégie.

Des réussites à confirmer :

Comme un « kamikaze » Monsieur Kooli avait annoncé lors d’une interview accordée à Reuters que la Tunisie va émettre des obligations d’une valeur de 3 milliards de dollars, en 2021, et se propose de renouveler certains accords de crédit existants tout en mettant en route des réformes économiques élargies. Cet effet d’annonce a eu beaucoup d’échos sur les marchés nationaux et internationaux et sur la scène politique. Les critiques adressées ont affirmé que l’économie tunisienne n’est pas capable de drainer un tel montant surtout avec la notation du pays et la mauvaise confiance des investisseurs dans notre économie. La dernière notation de Moody’s dégradant la Tunisie au statut de B3, est venue enfoncer un clou dans le cercueil du financement extérieur du pays.

Sur un autre plan, Kooli a réussi récemment à signer un accord de prêt de prêt syndiqué de 465 millions de dollars avec 14 banques. Ali Kooli a réussi à convaincre ses amis banquier de ce prêt avec des conditions confortables, et qui s’étale sur 5 ans et un taux d’intérêt variant entre 2 et 2.75%. Ce prêt est destiné au financement du budget de l’Etat.

Avec plus de 12 ministres des finances qui ont pris fonction depuis 2011, Ali Kooli semble sortir du lot et se présenter comme le ministre le plus valable. Bon vent pour un ministre qui marquera certainement les annales des différents gouvernements.

A.B.H

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