Mar. Avr 20th, 2021

Quelles sont les conditions d’une reprise économique en 2021 ?

Après une récession historique de l’économie tunisienne, les perspectives pour 2021 ne s’annoncent pas prometteuses surtout à la lumière de la persistance de la pandémie et le retard enregistré pour la vaccination.

Cette situation s’amplifie encore plus surtout dans un contexte d’instabilité politique, d’absence de visibilité économique et d’implosion sociale. Malgré cette situation pouvons-nous espérer à une reprise rapide de la croissance économique ? Les conditions de cette reprise peuvent elles se réunir ?

Une année 2020 difficile, et des perspectives fragiles :

Si la Tunisie a pu éviter un impact fracassant de la pandémie sur le plan sanitaire durant sa première vague, la deuxième vague était plus grave sur l’économie et la santé en même temps. En 2020, le 1er trimestre a été terminé avec une récession de 2.7%, un deuxième trimestre caractérisé par un effondrement de 19%. Au troisième trimestre, l’économie tunisienne s’est contractée de 6%, par rapport au même trimestre de l’année 2019 et a progressé de 19,8% par rapport au deuxième trimestre de la même année. La Tunisie va terminer l’année avec une baisse de 8à 9% selon les récentes perspectives.

La production industrielle a baissé de pas moins de 6% en 2020 témoignant d’une récession importante, quant au taux d’investissement il a chuté de 19 à 10%, et l’épargne nationale a atteint un niveau historique passant de 10 à 3%. Cette situation s’est accompagnée par un chômage important qui a atteint plus de 17%, avec un chômage des jeunes dépassant les 36%. Rien qu’à cause de la crise, on a recensé plus de 270.000 nouveaux chômeurs. Quant au déficit de la balance courante, il a enregistré une légère amélioration passant de -9% à -7%, profitant surtout d’une baisse importante des importations surtout chinoises, et d’un secteur agricole qui a réalisé une bonne performance au niveau des exportations, et surtout la baisse des voyages à l’étranger vu la fermeture des frontières, et l’effondrement des cours du brut. Actuellement la Tunisie compte des réserves en devises pour plus de 125 jours d’importation. Ce déficit n’a pas été impacté par la baisse des recettes touristiques.

Le déficit budgétaire, et à l’instar tous les pays dans le monde, a quant à lui explosé en 2020, pour atteindre 11,4% du PIB contre 3% prévu par la loi des finances initiale. Pour cette année l’Etat sera obligé de s’endetter à hauteur de 20 milliards de dinars, et ce malgré un financement exceptionnel et forcé de la Banque Centrale à hauteur de 2.8 milliards de dinars. Selon les premières estimations le taux d’endettement pourra dépasser les 100% du PIB.

En traduisant cette situation difficile, l’agence de notation “Fitch Ratings” a révisé au mois de Novembre 2020 la perspective de la Tunisie de “stable” à “négative”, tout en maintenant sa notation souveraine à “B”.

Quant à l’inflation elle s’est légèrement contractée pour terminer à 5.6% au mois de décembre 2020.

Selon les récentes perspectives du FMI, l’économie tunisienne devrait rebondir à 4% en 2021 et de 3% en 2022. Quant à la Banque Mondiale, elle prévoit une croissance économique pour la Tunisie de 5.8% en 2021.

Ces perspectives se sont basées sur une baisse de la propagation de la pandémie, surtout après le commencement des campagnes de vaccination contre le Covid-19.

Les conditions d’une reprise :

Si les perspectives sont optimistes, avec un modèle de croissance en « V », les conditions de la reprise doivent être réunies pour l’amorcer. Sur un premier plan, l’instabilité politique se présente comme un élément nécessaire pour amorcer une reprise économique. Pour cette raison il est important que les 3 présidents se réunissent et mettent fin aux querelles politiques qui nuisent énormément au moral des tunisiens et des investisseurs. Les 3 présidents doivent se concerter autour d’une feuille de route politique et un code de bonne conduite, et surtout un consensus sur les principales questions litigieuses. La situation actuelle, avec 3 têtes du pouvoir qui se jettent la responsabilité et font des « clash » à travers les interviews et les déclarations. Il faut envoyer des ondes positives afin de trouver le terrain propice pour consensus national. Chacun doit laisser du leste et limiter son arrogance et manigance.

Le dialogue national économique et social proposé par l’UGTT et parrainé avec des conditions strictes de la part du président de la République doit être lancé rapidement. Ce dialogue national doit surtout fixer les priorités nationales sur le plan économique, social et surtout sanitaire. Le volet politique doit être relégué et différé pour d’autres rendez-vous.

Les récentes manifestations dans la rue avec une participation massive des jeunes tunisiens, exaspéré par la situation économique et politique, impose aujourd’hui un dialogue national avec eux. Ce dialogue ne doit pas être conduit par un organisme ou département officiel, mais sous l’égide de certaines composantes de la société civile. En effet, le pouvoir en place a perdu une grande part de sa crédibilité auprès des jeunes.

De son côté le gouvernement doit surtout maintenir les mesures lancées de soutien budgétaire et financier, et introduire plus de souplesse dans la gestion des aides et des crédits, pour pouvoir s’adapter aux changements rapides.  Il est important aussi de s’orienter vers un ciblage des interventions publiques.

Sur le plan sanitaire, la Tunisie doit rapidement clarifier sa vision pour la vaccination massive des tunisiens. Déjà, selon le ministre de la santé, les premières doses arriveront vers la mi-février, dans le cadre du programme mondial de l’OMS. La vaccination doit couvrir une grande partie des tunisiens afin d’atteindre un niveau d’immunité collective important. Le gouvernement doit surtout continuer à investir dans le système de santé qui demeure une priorité.

Durant cette année la Tunisie restera tributaire massivement des bailleurs de fonds et des marchés financiers internationaux, et pour cette raison elle doit clarifier les principales réformes à engager que ce soit au niveau des entreprises publiques en difficultés, des salaires dans la fonction publique ou de la compensation. L’objectif étant de regagner la confiance des sphères financières mondiales qui observent la Tunisie avec méfiance et prudence. Pour pouvoir collecter les 3 milliards de dollars annoncés récemment par le ministre des finances, il faut beaucoup travailler sur la transparence et la stabilité. Le montant indique est important et sans précédent dans l’histoire du pays. Gardons l’optimisme affiché par le ministre des finances.

ABOU FARAH

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