Ven. Avr 16th, 2021

Taux des chômeurs de 15,1% : Recherche emploi, désespérément !

L’EXPERT – L’emploi demeure le principal souci des jeunes, depuis la Révolution, et entre 2007 et 2019 le taux de chômage a augmenté de 45%, ce qui explique le mécontentement, la grogne et la perdition des nouvelles générations privées du minimum nécessaire. La déception est grande et les facteurs à l’origine de ce phénomène sont nombreux, avec l’absence d’employabilité de certaines filières universitaires qui sont, toujours, en place, alors que certaines autres filières à forte employabilité sont difficiles à atteindre. A cela s’ajoute, aussi, la quasi-absence des centres de formation professionnelle qui faisait le bonheur de la Tunisie, en fournissant une main-d’œuvre qualifié, dans plusieurs spécialités. Et si on évoque, en outre, le peu d’intérêt accordé aux pouvoirs publics à l’emploi, la boucle est bouclée.

Aujourd’hui, la Tunisie compte plus de 600 mille chômeurs, soit 15,1% de la population active, ce qui est record très élevé, par rapport à de nombreux autres pays. Certainement, la changement de la configuration du marché de l’emploi y est pour quelque chose. Mais, l’apathie des pouvoirs publics et leur différence y a joué un rôle de premier plan, avec l’absence de signes de développement dans les régions.

« Le nombre des chômeurs a augmenté de près de la moitié (45%) entre 2007 et 2019 », selon Hafedh Ateb, consultant indépendant en emploi.

S’exprimant lors d’un atelier de réflexion organisé par l’alliance pour la croissance économique et pour l’emploi, la GIZ et la chambre tuniso-allemande de l’Industrie et du Commerce, dans le cadre d’un projet mené, notamment par la GIZ sur « le dialogue social et l’employabilité », Ateb a souligné que le chômage a touché principalement les personnes ayant moins de 35 ans, qui représentent 78 pour cent du nombre global des chômeurs.

Les diplômés les plus touchés par le chômage

Selon lui, les hommes non diplômés représentent 47 pour cent des chômeurs en 2019, alors que le taux des femmes diplômées du supérieur au chômage est de 29 pour cent.  » 61 pour cent des chômeurs diplômés du supérieur en 2019 ont obtenu leurs diplômes il y a 3 ans ou plus (44 pour cent d’entre eux sont des femmes) « , a souligné Ateb qui a signalé que le nombre des personnes au chômage parmi les non diplômés du supérieur n’a pratiquement pas évolué depuis 2005.

Ateb a affirmé que le marché de l’emploi en Tunisie souffre d’un déséquilibre entre l’offre et la demande et se caractérise par des activités à faible valeur ajoutée basées sur une main d’œuvre non qualifiées et par l’éparpillement des efforts et des moyens freinant la création de nouvelles entreprises.

Selon le chef du projet par intérim, Tobias Seiberlich, ce projet qui est mis en œuvre par la GIZ, en collaboration avec la chambre tuniso-allemande (AHK) et les fondations Frederick Ebert et Konrad Adenauer, consiste à émettre des recommandations sur les politiques visant à développer le principe de l’employabilité en Tunisie à travers un dialogue social fructueux.

Ce projet qui est financé par le ministère fédéral de la coopération économique et du développement (BM7) est réalisé en collaboration avec le conseil national du dialogue social, le ministère tunisien des affaires sociales, l’UGTT et l’UTICA. « Le choix de cette approche multipartite se justifie par le fait que ces acteurs soient actifs en Tunisie depuis des années et ont des relations de travail traditionnel avec les partenaires sociaux », a-t-il dit.

Enrichir le dialogue social

 » Notre objectif est d’enrichir le dialogue social tunisien avec les bonnes pratiques d’Allemagne pour créer un cadre où les partenaires sociaux tunisiens puissent s’inspirer de l’expérience tunisienne « , a indiqué Seiberlich.

Le chômage des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur a été, sans conteste l’un des ferments de la révolution du 14 janvier 2011. Beaucoup de diplômés issus de cursus universitaires, dans le secteur tertiaire en particulier, se sont retrouvés déclassés une fois sur le marché de l’emploi.

Selon des statistiques récemment publiées par l’INS, le nombre de chômeurs estimé pour le troisième trimestre 2019 s’établit à 628.3 mille du total de la population active, contre 634.9 mille chômeurs pour le deuxième trimestre 2019.

Le taux de chômage enregistré pour cette période est de 15.1% en diminution par rapport au deuxième trimestre de 2019. L’INS estime que le taux de chômage pour le troisième trimestre 2019 est de 12.2% chez les hommes et 22.0% chez les femmes.

Le nombre des diplômés chômeurs de l’enseignement supérieur est estimé à 262.7 mille au troisième trimestre 2019 contre 253.0 mille au deuxième trimestre 2019, soit une augmentation de 9.7 mille. Le taux de chômage pour cette catégorie a augmenté de 28.0% à 28.6%. On ne sait pas si le ministre de l’Enseignement supérieur tire les enseignements qu’il faut de ces chiffres. Auquel cas, ces chiffres lui auraient clairement suggéré de repenser l’employabilité des filières ouvertes aux études supérieures en Tunisie.

D’ après des données officielles, la Tunisie compte plus de 600.000 chômeurs (soit 15.4% de la population active), dont 240.000 sont diplômés de l’enseignement supérieur. Chaque année, près de 60.000 personnes sortent des universités tunisiennes.

Une goutte d’eau dans l’océan

Les efforts déployés par le gouvernement, en matière de création d’emploi dans la fonction publique, ne sont qu’une goutte dans l’océan de chômeurs tunisiens. L’emploi des diplômés n’est cependant pas un mythe en ce sens que quand on arrive à mettre une politique bien étudiée, on arrive à employer une grande majorité de jeunes chômeurs.

Le phénomène du chômage ainsi que celui de la pauvreté n’ont pas cessé de se poser depuis plusieurs années, alors qu’ils sont intimement liés. Il en est de même pour l’employabilité, l’éducation, la formation, les niveaux de salaires et la productivité. Tout est lié, on ne peut améliorer l’un sans en faire autant pour l’autre !

La définition du chômage en Tunisie est relativement en écart par rapport à la norme internationale, en l’occurrence celle qui est déterminée par le Bureau International du Travail (BIT) puisque selon le Ministère de la formation professionnelle et de l’emploi, le chômage est la situation de la main-d’œuvre disponible à travailler qui est à la recherche d’un emploi mais qui ne réussit pas à en trouver.

Le BIT prend en considération un éventail d’éléments conceptuels pour définir et mesurer le chômage qui prennent en compte essentiellement le travail précaire et saisonnier, la délimitation des contours du travail dans le secteur agricole en milieu rural et l’affiliation sociale et fiscale des travailleurs.

Cet écart normatif influe largement les chiffres et les indices du chômage, mais dans tous les cas de figure, les données de l’Institut National de la Statistique (INS) révèlent une réalité amère celle d’un phénomène aux effets néfastes sur tous les plans.

Selon l’INS, le taux de chômage est de 15.1% et le nombre de chômeurs est d’environ 630 mille. Toutefois, les statistiques et la méthodologie de calcul n’apportent pas des précisons quant à la situation des journaliers, des demandeurs d’emploi non-inscrits aux bureaux d’emploi et surtout à l’estimation du nombre des travailleurs précaires, en particulier dans les micro-entreprises, sans couverture sociale et sans matricule fiscale dont le nombre avoisine 1 millions 600 mille soit 40% de la population active.

 

 

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