Jeu. Nov 26th, 2020

Interview avec Olivier Poivre D’Arvor : Ambassadeur de la France en Tunisie

« De nombreux grands projets seront construits au Maroc si la Tunisie ne bougera pas »

En marge de la 34 ème édition des journées de l’entreprise, ayant pour thème «  L’Entreprise et le nouveau rôle de l’Etat », son excellence monsieur Olivier Poivre D’Arvor, l’ambassadeur de la France en Tunisie, était  l’invité de l’émission « l’Expert  » sur Tunisna TV  et a abordé plusieurs points dans son intervention.

Abdellatif Ben Heddia : on va repartir de la déclaration du président Bourguiba lors de sa visite au Président Mitterrand. Il a qualifié la relation tuniso-française de beau fixe.
Certes, la relation entre la Tunisie et la France a connue des avancées énormes. Partant de cette 34ème édition des journées de l’entreprise, ayant pour sujet «  L’entreprise et le nouveau rôle de l’Etat » , la France a beaucoup fait dans ce sens dans le domaine de la santé publique, la justice, l’infrastructure de base…
Est-ce tous ces projets ont pris le chemin qu’il faut ? Et à quel degré est l’avancement de ces projets ?

Olivier Poivre D’Arvor : concernant la relation politique entre la Tunisie et la France, je dirais qu’elle est excellente.
La relation économique est construite obligatoirement par des tissus humains. Il y a environ 800 mille Tunisiens qui sont en France, qui travaillent et qui produisent des richesses, donc des liens humains très importants, et puis il y a 1400 entreprises françaises installées en Tunisie et qui emploient environ 150 mille personnes. C’est évidemment le premier pays en nombre d’entreprise et emplois produit. Donc notre volonté est donc d’aller encore plus loin.
Cependant, il s’agit surtout des PME qui sont souvent exportatrices et il clair qu’aujourd’hui il y a une qualité du travail et des coûts qui font que la Tunisie dans beaucoup de domaines tels que le textile, l’aéronautique, des produits manufacturiers et la plasturgie, est vraiment un pôle et une plateforme d’excellence.
Le président Bourguiba a beaucoup apporté, fait qu’aujourd’hui la Tunisie possède des génies et des grands talents qui sont parmi les meilleurs programmateurs, ingénieurs…
Nous avons en fait plusieurs instruments pour travailler tels l’Agence Française du développement, qui consacre environ 300 million d’euro de don et de prêts à des actions de soutien aux infrastructures, je cite comme exemple la construction d’un hôpital régional important à Gafsa pour 80 million d’euro et un autre à Sidi Bouzid.
Je rappelle aussi qu’il y a une ligne de crédit pour les PME qui est ouverte de 30 million d’euro.
Il y a plein de domaine et d’outil qui permettent à l’entreprise tunisienne et française de travailler ensemble
Ce qu’il faut probablement pour les mois à venir et surtout avec la formation de ce nouveau gouvernement, c’est la question économique qui doit être au centre de nos relations.
Nous admirons votre démocratie et nous n’avons aucun jugement à faire sur votre vie politique qui appartient pleinement à la Tunisie, mais c’est la question économique comme nous sommes impliqués, y compris d’autres pays d’ailleurs comme l’Allemagne et l’Italie et à travers la Banque mondiale et le FMI, nous voyons bien que la Tunisie est face à un challenge énorme notamment l’endettement public. Ces challenges font qu’il faut véritablement que les réformes soient réalisées.
Voilà, nous sommes vraiment au service de la Tunisie pour qu’elle fasse ses réformes. Sinon la situation quotidienne des Tunisiens ne s’améliorera pas.
Et pour ça, il faut créer la richesse et créer de l’entreprise. Je dirais un message pour les entreprises privées: il faut qu’il y ait des initiatives. Il y a plein de gens qui veulent faire mais qui n’y arrivent pas.
Il y a beaucoup d’entreprises françaises qui voudraient venir ici en Tunisie mais qui ont du mal. Le climat des affaires doit être le plus ouvert possible aux jeunes qui veulent investir et pas forcément les grandes entreprises.
Les jeunes qui sont les Bill Gates et Bernard Arnault de demain et qui devraient pouvoir le faire parce que nous partageons une géographie une histoire et une langue. Cette jeunesse, que je pense qu’elle est assez bridée dans sa possibilité de s’entreprendre.
Ce qu’on a entendu aux journées de l’entreprise, c’est d’un côté un discours politique, assez classique comme partout dans le monde, mais aussi, une envie de faire mais le branchement n’est pas encore là.
Notamment, dans le domaine numérique par exemple, nous avons un grand projet que le président Macron a apporté quand il est venu en Tunisie en février 2018, qui est de créer la plus grande station d’incubation dans le domaine numérique et qui est le seul dans le continent africain. Nous sommes arrivés avec ce projet et des financements, mais je dois dire que ma tristesse de voir aujourd’hui, que nous devrions avoir de la part du gouvernement tunisien un terrain pour construire ce projet, mais il y a eu cette défaillance fâcheuse parce que ce grand projet d’incubateur risque de se faire au Maroc ou ailleurs et moi je veux qu’il se fasse en Tunisie parce que ce pays est un grand pays d’éducation et de culture.

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