Interview avec M.Salah Ben Ahmed, Professeur universitaire IHE : Développer la recherche appliquée en Tunisie pour donner des solutions adéquates à nos entreprises.

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Alors que, jusqu’alors, il s’agissait simplement d’élever le niveau général d’instruction de la population et d’accroître la production de la recherche scientifique, on se préoccupe maintenant davantage d’orienter l’enseignement et la recherche universitaires vers des objectifs économiques et sociaux spécifiques.

C’est dans ce cadre qu’on a eu cette interview avec M.Salah Ben Ahmed, professeur universitaire IHE durant  la troisième conférence en Finance, à l’hôtel MÖvempick, Sousse, organisée par l’Institut des hautes études (IHE) et l’Association Tunisienne de Finances et des Etudes.

1- Quelle nouveauté peut-on déceler dans  la recherche scientifique en matière de finance ?

Lorsqu’on parle de la recherche ou de la science c’est un travail rigoureux et méthodique en vue de donner des solutions adéquates pour les entreprises et pour l’économie d’une manière générale.

Les pays s’aperçoivent que la recherche scientifique  leur sont indispensables pour prendre pied dans l’économie.

Ce que nous constatons actuellement avec la présence d’éminents experts de l’université américaine qui sont en train de développer des modèles pour les entreprises et l’économie en général pour arriver à mettre fin à la crise financière.

En effet, il faut  développer la recherche appliquée en Tunisie pour donner des solutions adéquates à nos entreprises et à notre économie et éviter tout discours politique qui n’a pas de base scientifique et théorique .Il faut appliquer une recherche basée sur des cas réels, des études sur terrain, des analyses scientifiques profondes pour les entreprises.

Le gouvernement doit  renforcer l’engagement des universités au service du développement économique. Mais les moyens permettant d’atteindre cet objectif sont loin d’être clairs actuellement.

2- Le secteur financier peut-il affronter les difficultés auxquelles doit faire face la Tunisie ?

De  nouvelles stratégies économiques doivent être envisagées afin de tendre à son ouverture sur l’extérieur, ce qui suppose des exigences pour accompagner les entreprises et répondre à leurs besoins financiers.

Le secteur bancaire tunisien, en tant que principale source de financement de l’économie, est confronté à des défis considérables en termes de qualité des encours de crédits, du niveau de couverture des créances compromises, des normes de gestion des risques, du respect des exigences réglementaires, de la gouvernance, des fonctions de supervision et de contrôle interne.

En outre, les pouvoirs publics ont toujours été perçus comme jouant un rôle de facilitation d’accès aux produits et services financiers à travers des politiques appropriées mais la réglementation a souvent créé des handicaps renforçant l’exclusion.

Et bien qu’actuellement dispose d’une panoplie d’institutions financières, on souffre toujours de la bancarisation   de l’épargne. Ce sont  les banques qui gouvernent tout le financement des entreprises et c’est  pour cette raison qu’on a besoin d’une intervention adéquate de la bourse , des institutions spécialisées comme la SICAR ou bien les sites de factoring pour donner aux entreprises la possibilité d’arbitrage et la possibilité de faire un montage financier efficace pour sauver les entreprises.

3- Pour la gouvernance, est-on arrivé à un seuil acceptable en Tunisie ?    

La gouvernance est mesurée généralement par un indice.

En Tunisie, la notion de gouvernance fait l’objet d’un discours sur la redéfinition du rôle de l’État et l’émergence de nouvelles pratiques politiques et d’une société civile dynamique, sous l’impulsion des bailleurs de fonds et des organisations internationales.

En effet, la notion de gouvernance se trouve de plus en plus employée en Tunisie dans le discours  politique, y compris dans les milieux universitaires, le plus souvent sans que le sens exact n’ait été préalablement bien défini.

On est loin de la gouvernance réelle, on parle beaucoup de la gouvernance au niveau des médias, mais en réalité on ne la pratique pas même au niveau des établissements universitaires.

Généralement on parle beaucoup de la gouvernance, mais on manque de mécanisme et de lois   qui exigent essentiellement des mécanismes et qui assurent la bonne gouvernance.

Ce qu’on a vu actuellement c’est qu’il y a un problème de culture de la part des dirigeants qui n’ont pas encore instauré la gouvernance. Donc, pour penser à la pérennité et pour penser au développement de nos entreprises on doit assurer d’abord la transparence totale pour éviter les conflits d’intérêt entre les différentes parties prenantes et par la suite assurer les bonnes pratiques de gouvernance.

La gouvernance  favorise, de ce fait, dans l’analyse de processus des politiques publiques, la compréhension du fonctionnement des institutions, des réseaux d’acteurs, des réseaux de décisions et des nouveaux types de relations entre acteurs privés et acteurs publics.

C’est ce qu’on appelle la bonne gouvernance, qui apparaît comme une condition essentielle, voire un remède du développement. Ce type de conditionnalité, basé sur un fondement théorique pertinent pose problème dans sa mise en pratique.

4-Comment voyez-vous l’ouverture de l’université à l’entreprise et à l’économie ?

La contribution que l’enseignement supérieur apporte à l’économie, au prestige et à la position des nations le transforme rapidement en un marché concurrentiel, et confère une importance sans précédent à la recherche, véritable moteur de l’économie du savoir.

En Tunisie, les relations entre les universités et les entreprises sont loin d’avoir l’ampleur qui devrait y être. Il y a en fait  une crise de confiance.

Plus que jamais, le développement et la qualité de vie d’une nation dépendent de son niveau culturel et scientifique, lui-même largement dépendant de la valeur de son enseignement supérieur. Actuellement, les mutations de l’Etat, ses désengagements et ses encouragements à passer dans une société de contractualisation ouvrent la possibilité de partenariats public/privé dans les domaines les plus ouverts comme  le partenariat université-entreprise.

En effet, les changements que connaît l’enseignement supérieur place les universités et les établissements qui en relèvent dans une position stratégique comme acteur de développement économique. L’ouverture de l’université sur le monde socio-économique est indispensable à la réalisation de l’ensemble de ses objectifs scientifiques, pédagogiques et culturels.

Le partenariat avec les entreprises revêt une importance particulière dans les secteurs de l’enseignement et de la recherche. En effet, le partenariat université-entreprise s’inscrit dans la mission de l’université pour lui permettre d’être en symbiose avec son environnement économique à travers des passerelles multiples allant de l’université vers l’entreprise et inversement.

Le  partenariat université-entreprise est devenu l’un des thèmes prioritaires dans un contexte économique en pleine mutation. De ce fait, divers pays, prennent de plus en plus conscience de l’importance de l’université en tant qu’acteur stratégique du développement économique national et régional. Désormais, l’université et les entreprises sont appelées pour diverses raisons à entreprendre des relations partenariales.

Il est opportun ,de ce fait ,de mettre en exergue les différents acteurs en partenariat : l’université d’une part et l’entreprise d’autre part afin d’avoir une idée claire sur les évolutions ainsi que les défis que confronte chaque partenaire.

Il faut admettre que l’entreprise n’a pas besoin d’un discours politique, elle a besoin des études scientifiques qui prennent en considération les contextes et l’ouverture de notre économie à l’international.

Sonia Chikhaoui

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