Commerce extérieur L’exportateur est seul face à son destin

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L’un des problèmes majeurs qui pénalisent l’économie tunisienne actuellement est sans doute le rendement de son commerce extérieur. En effet, les exportations tournent au ralenti, les importations poursuivent un rythme croissant, et le déficit commercial s’enfonce encore plus. Le déficit commercial est l’une des causes de la dépréciation du dinar et la baisse des réserves en devises, qui ne couvrent que 95 jours seulement d’importation. Face à cette situation qui risque de s’aggraver dans les prochains mois, qu’a fait le gouvernement en place, et quelles sont les mesures possibles ? Sommes-nous capables de redresser la barre ? Quelle place occupe l’exportateur dans la stratégie du gouvernement ?

Un déficit commercial inquiétant 

Le commerce extérieur tunisien plonge depuis quelques années dans un déficit commercial grave. Les causes sont multiples et les remèdes sont difficiles à trouver. En effet, depuis des années, on assiste à une croissance des importations, contre une baisse des exportations. La croissance enregistrée au niveau des importations se situe au niveau des quantités qu’au niveau de la valeur. Les prix de plusieurs produits importés (matériaux d’équipement, produits alimentaires, matières premières…) ont enregistré une hausse importante dans leurscours à l’échelle mondiale.

Jusqu’au mois d’Avril, les exportations tunisiennes ont augmenté de 9.9%, totalisant 9459MD, alors que les importations ont augmenté de 8%, totalisant 12871MD. Cette situation a engendré un déficit commercial de -3412MD, et un taux de couverture de 73.5%. Comme d’habitude, c’est le régime général qui accuse un déficit énorme, avec -5265MD, alors que le régime offshore est excédentaire de + 2163MD.

Balance commerciale 2009-2012

UC: MD

Exportations

Importations

Soldes

Taux de couverture

2009

19469,2

25877,6

-6408,4

75,2%

2010

23519,0

31816,7

-8297,7

73,9%

2011

25091,9

33695,4

-8603,5

74,5%

2012

26547,7

38182,7

-11635,0

69,5%

 

Ministère du Commerce et de l’Artisanat

Depuis 2009, le déficit commercial n’a pas cessé de se creuser, passant de -6408MD en 2009 à -11635MD en 2012. Cette situation témoigne des problèmes que connait le secteur exportateur tunisien, surtout au niveau du régime général.

Le déficit commercial aux 4 premiers mois de l’année touche tous les compartiments de nos échanges avec l’extérieur. En effet, la balance alimentaire est déficitaire de -240MD, la balance des matières premières et semi-produits de -1206MD, la balance des bien d’équipements de -1425MD, et la balance énergétique de -643MD.

L’aggravation du déficit commercial aggrave la situation du pays à deux niveaux :

–       Au niveau de la balance des paiements ainsi que nos réserves en devises, qui ont atteint 10.291 MD ou l’équivalent de 95 jours d’importation en date du 24 mai 2013, contre 9.831 MD et 101 jours un an plus tôt et 119 jours à fin 2012. Cette situation a aussi engendré une dépréciation du dinar tunisien (regarder notre article paru au n°12 du 16-22 Mai 2013), avec toutes les implications économiques graves qui suivent.

–       Au niveau de l’inflation qui a atteint des niveaux historiques qui se sont établis à 6.4% au mois de Mai 2013. L’inflation enregistrée est générée en grande partie par l’inflation des importations, puisque la valeur de nos importations ont nettement augmenté, sous l’effet des prix mondiaux de certains produits.

Au niveau des exportations, la Tunisie a accusé une grande perte dans l’exportation du phosphate et des produits chimiques. En effet, sur les 5 premiers mois de 2013, la Tunisie a produit 1,063 million de tonnes alors que l’objectif visé pour le seul 1er trimestre était 2 millions de tonnes de phosphate commercial. La chute de la production a atteint un niveau alarmant, atteignant une moyenne de 20% de la capacité globale.

L’appareil exportateur tunisien n’a pas fonctionné à plein régime durant les deux dernières années vu les perturbations qui ont secoué le pays. Plusieurs entreprises dans le textile ou les IME et travaillant sous le régime offshore ont plié bagage. On compte, depuis la révolution, plus de 200 entreprises qui ont choisi de mettre les clés sous la porte.

Des chefs d’entreprises tunisiennes, leaders à l’échelle mondiale, ont signalé à plusieurs reprises, et durant des entretiens privés, une baisse flagrante de la productivité des travailleurs tunisiens. Cette baisse de la productivité s’est accompagnée par des revendications sociales, parfois infondées, et qui ont pénalisé la compétitivité de l’entreprise tunisienne.

On n’oublie pas, au passage, la crise économique que traverse la zone euro, principal partenaire de notre pays, et destination de 80% de nos exportations. La zone euro est en perte de croissance et risque d’entrer en récession cette année. La demande vers notre pays a automatiquement baissé sous l’effet de la conjoncture interne à la zone.

De l’autre côté de la balance commerciale, c’est-à-dire les importations, le gouvernement a essayé d’appliquer des mesures restrictives face à l’importation de quelques produits dits de luxe. Des mesures qui se sont avérées inefficaces actuellement, vu que le flux des importations des produits de consommation a continué son rythme, et les douaniers se trouvent incapables de faire appliquer la loi. Les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont pas usé des mesures de sauvegarde, et des mesures exceptionnelles pour freiner les importations, et qui sont prévues dans les conventions commerciales dans les cas de force majeure. Des pays comme les Etats-Unis ou l’Union européenne ont pris plusieurs mesures protectrices depuis la crise économique, alors pourquoi pas nous ?

Le déficit commercial de la Tunisie actuellement est la conjonction de plusieurs paramètres, dont certains sont maîtrisables et d’autres échappent à tout contrôle, et dont le pays ne peut que subir leur retombés. Mais qu’a fait le gouvernement pour soutenir l’appareil exportateur tunisien pour redresser ce déficit commercial?

L’exportateur, seul face à son destin 

De mémoire, depuis le 14 Janvier 2011, aucun conseil ministériel, ou réunion de haut niveau n’a été consacrée à l’exportation. Les décideurs avaient la tête ailleurs. Les questions intérieures, relevant du développement régional, de l’emploi, de la sécurité et de l’examen des revendications sociales, avaient occupé l’esprit des différents gouvernements qui sont passés depuis la révolution. C’est un choix compréhensible, vu qu’en période de crise, un décideur n’a pas le temps de prioriser ses orientations. Cette perturbation à la tête de l’Exécutif a engendré la crise que nous connaissions maintenant, à savoir une baisse importante des exportations, un déficit commercial grave, un dinar qui se déprécie et une inflation galopante. On rappelle à ce niveau que le taux d’effort à l’exportation, qui représente la participation des exportations dans le PIB, atteint avant la révolution plus de 54%. Donc la Tunisie tire plus de la moitié de sa richesse de l’extérieur.

L’exportateur tunisien, en régime général ou offshore, s’est trouvé seul face aux aléas de la conjoncture nationale et internationale. L’Etat, s’est nettement désengagé, et les structures de soutien et d’accompagnement sont au service minimum. Le Centre de Promotion des Exportations a continué à travailler avec les mêmes outils d’avant la révolution, et avec les mêmes têtes. Des participations aux expositions et aux foires avec des stands fades, contenant quelques boites de conserves, de l’huile d’olive et des dattes. Un truc classique qui ne traduit pas ce qu’a subi le pays depuis le 14 Janvier 2011.

Sur un autre plan, la dispersion des efforts des structures de soutien est la même. La FIPA travaille dans son coin, les chambres de commerce s’activent avec le peu de moyens, la profession qui essaye de mobiliser ses troupes pour des actions parfois inefficaces, et le ministère du Commerce qui s’intéresse davantage à l’approvisionnement et aux prix plutôt qu’aux échanges extérieurs et la coopération économique et commerciale.

Les programmes de promotion des exportations sont immobiles, soit pour des raisons financières, ou pour des raisons administratives. On cite à ce niveau, le Programme de Développement des Exportations II, qui achève les dernières actions restantes, et un PDE III, prévu d’avant la révolution, qui semble être entériné. Le FAMEX, de son côté, est inactif, et se limite à un service minimum de soutien d’actions d’accès aux marchés extérieurs.

Au niveau des financements, les banques de la place sont devenues encore plus prudentes qu’elles l’étaient avant 14 Janvier 2011. Elles ne sont pas chaudes pour le financement d’opérations d’exportations, et celles qui acceptent exigent des garanties importantes qui alourdissent les finances des exportateurs.

L’exportation est l’une des clés de la croissance 

L’actuel gouvernement, même s’il est provisoire, doit miser sur l’exportation pour retrouver le chemin de la croissance. La création d’emplois et la relance de l’investissement passent par une politique active de promotion des exportations.

Qu’a-t-on fait sur le plan de la conquêtedu marché africain ?

Qu’a-t-on fait pour la diversification de nos marchés à l’exportation ?

Qu’a-t-on fait au niveau de la professionnalisation de la participation aux foires et aux expositions ?

Qu’a-t-on fait pour faciliter l’accès des exportateurs à l’assurance à l’exportation ?

A-t-on mis depuis la révolution une cellule d’écoute auprès des exportateurs, pour les aider et faciliter la logistique au niveau des aéroports et des ports ?

Le gouvernement actuel a-t-il réellement une véritable politique d’exportation ?

Autant de questions qui témoignent de l’inaction face à des explorateurs qui peuvent être la solution à la crise que traverse la Tunisie actuellement.

 

A.B.H

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