Mer. Mar 3rd, 2021

Tourisme : sept raisons pour fusionner tourisme et culture?

Rien ne définit un pays et ne le rend unique à sa culture. Voir son art, vivre ses traditions, goûter sa cuisine et se promener dans son histoire sont sans aucun doute les meilleurs guides pour découvrir un pays et profiter de voir le monde d’une autre façon.

Et c’est précisément ce qu’est le tourisme culturel.

L’impact de la Culture sur le Tourisme

 

«  Plus de 50 % de l’activité touristique en Europe est générée par le patrimoine culturel et le tourisme culturel devrait être la composante du secteur du tourisme à connaître la plus forte croissance », affirment L’OCDE   et l’étude  canadienne (Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2020)

En effet, le  tourisme culturel est l’avenir du tourisme. Meilleure image d’une destination, meilleure représentation d’un pays, de son identité, mais aussi de son actualité grâce à la création artistique, la culture en France peut  fidéliser les visiteurs du monde entier et de les transformer en ambassadeurs de leur expérience

Le mariage culture et tourisme

Le lien de plus en plus étroit entre culture et tourisme est renforcé par un certain nombre de facteurs.

Du côté de la demande :

1 – L’intérêt croissant pour la culture, notamment en tant que source d’identité et de différenciation face à la mondialisation.

2- L’augmentation du capital culturel, renforcée par la hausse du niveau d’éducation.

3 – Le vieillissement des populations dans les régions développées.

4 – Les modes de consommation postmodernes, mettant l’accent sur l’épanouissement personnel plutôt que sur le matérialisme.

5 – Une envie de vivre des formes d’expériences directes (« découvrir la vraie vie » plutôt que se contenter de visiter).

6– L’importance croissante de la culture immatérielle et le rôle de l’image et de l’atmosphère.

7 – La mobilité accrue permettant d’avoir plus facilement accès à d’autres cultures.

Du côté de l’offre :

– Le développement du tourisme culturel pour renforcer emploi et revenus.

– Le tourisme culturel a été considéré comme un marché de croissance ainsi que comme une forme de tourisme « de qualité ».

– Une offre culturelle de plus en plus fournie liée au développement régional.

– La disponibilité de plus en plus grande des informations sur la culture et le tourisme par le biais des nouvelles technologies.

– L’émergence de nouveaux pays et régions ayant à cœur de se constituer une identité distincte (voir, par exemple, l’influence des nouveaux États indépendants d’Europe centrale et orientale).

– L’envie de projeter l’image des régions et pays à l’extérieur.

– Les problèmes de financement des activités culturelles liés à l’accroissement de l’offre culturelle.

 

Le tourisme culturel : Un puissant moteur économique

Le duo du tourisme et de la culture est un moteur économique extrêmement puissant. Selon Europa Nostra (2005), « plus de 50 % de l’activité touristique en Europe est générée par le patrimoine culturel et le tourisme culturel devrait être la composante du secteur du tourisme à connaître la plus forte croissance ». On peut trouver ailleurs d’autres appréciations tout aussi positives. Elles s’appuient généralement sur les estimations de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) selon lesquelles le tourisme culturel représente 40 % du tourisme international.

Par voie de conséquence, la culture est de plus en plus utilisée comme l’un des aspects du produit touristique et des stratégies visant à mettre en valeur l’image des destinations.

Le tourisme a été intégré dans les stratégies de développement culturel afin de valoriser le patrimoine culturel et de soutenir la production culturelle. Cette synergie entre tourisme et culture est considérée comme l’une des principales raisons incitant à favoriser le renforcement des liens directs entre ces deux composantes. Ces liens sont d’autant plus puissants du fait de l’importance croissante du tourisme et de la culture pour les économies dans le monde entier. L’OCDE estime que le tourisme international représente quelque 30 % des exportations mondiales de services en 2006 (OCDE 2008). De même, il est de plus en plus admis que la culture et la créativité sont des vecteurs économiques importants. Selon une étude de l’OCDE consacrée à l’importance économique de la culture dans plusieurs grandes économies, la valeur des secteurs culturels représentait de 3 % à 6 % de l’économie totale.

 

Ce dont  nous nous privons en ignorant le  tourisme cultuel 

Le tourisme culturel est particulièrement attractif car il peut avoir toutes sortes d’avantages pour les populations locales.

Selon le  « National Trust for Historic Preservation » aux États-Unis, il peut notamment avoir les retombées suivantes :

  • créer des emplois et des entreprises
  • Augmenter les recettes fiscales
  • Diversifier l’économie locale.
  • Susciter des occasions de partenariat.
  • Attirer des visiteurs s’intéressant à l’histoire et à la préservation du patrimoine.
  • Augmenter les recettes engendrées par l’attrait historique
  • Assurer la préservation des traditions et de la culture locale.
  • Engendrer des investissements locaux dans les ressources    historiques.
  • Susciter la fierté de la collectivité vis-à-vis de son patrimoine
  • Mieux faire connaître l’importance du site ou de la région.

 

Du fait des retombées culturelles, économiques et sociales générales, les politiques publiques visant à promouvoir les liens entre culture et tourisme ou le développement plus ciblé du « tourisme culturel » se sont imposées comme une évidence à l’échelon continental, national ou régional.

Ainsi, en Europe, la Commission européenne encourage le tourisme culturel afin de conforter « l’unité dans la diversité » de la population européenne. Voyager pour découvrir la culture de l’autre permet aux touristes et à leurs hôtes d’apprécier les différences culturelles ainsi que leurs liens culturels sous-jacents.

L’Australie et le Canada ont relié la culture et le tourisme au développement d’opportunités économiques pour les peuples autochtones.

En Afrique, en Amérique latine et en Asie, le tourisme culturel est souvent considéré comme un moyen de mettre en valeur la conservation du patrimoine aussi bien que d’augmenter les revenus des populations locales.

 

Culture et tourisme: Crise actuelle des relations et problèmes de partenariat

Le tourisme dans le monde contemporain est devenu un phénomène de masse et une industrie qui exploite le désir humain de quitter temporairement son cadre quotidien pour se reposer, se détendre ou voyager pour découvrir un climat loin de son mode de vie habituel. La croissance de ce modèle de consommation depuis les années 50 a conduit à l’explosion du marché mondial du tourisme.

Cependant, ces réussites économiques n’ont pas été sans faits négatifs qui ont affecté les modes de vie traditionnels et les constantes des identités dans les pays d’accueil, notamment leur souci du profit d’abord et la stupéfaction de trouver un équilibre entre le bénéfice matériel et les valeurs culturelles grâce à l’exploitation commerciale effrénée des sites et monuments archéologiques et des dommages à l’environnement naturel comme indiqué par les organisations internationales. On observe dans les pays les plus anciens sur le terrain, la tendance à remédier à ce déséquilibre dans la relation tourisme et culture en établissant un véritable partenariat entre eux.

ce qui signifie que les pays d’accueil des touristes ont des valeurs implicites et préférentielles que le tourisme doit préserver et travailler à sa prospérité, et que les éléments du patrimoine et des cultures ne sont plus simplement des« matières premières» destinées à la consommation, mais plutôt des valeurs qui devraient guider les objectifs du tourisme.

Telle est l’approche des affaires culturelles dans sa relation avec le tourisme dans les pays qui ont un secteur touristique développé et un patrimoine culturel ancien, alors quelle est la situation en Tunisie, dont le tourisme souffre depuis des années dans des circonstances difficiles en raison de divers facteurs, notamment les fluctuations politiques, les événements sécuritaires et les troubles sociaux ?

Ces facteurs ont eu un impact significatif en exacerbant les crises du secteur et la fluctuation de ses taux de contribution au PIB et sa baisse dans l’échelle des classements internationaux depuis 2011.

 

La composante culturelle de l’activité touristique en Tunisie reste enfermée dans une vision qui préfère l’investissement dans le divertissement représenté dans le tourisme côtier, avec des efforts modestes pour développer d’autres produits tels que le tourisme dans le désert et le tourisme intérieur, en particulier pendant les saisons de récession et de pénurie d’arrivées étrangères. L’identification du patrimoine se limite presque à des visites rapides de sites archéologiques, de musées et de villes anciennes, et les paragraphes culturels des programmes de voyage ne sont qu’une méthode de marketing secondaire et une attraction commerciale qui ne répond pas adéquatement aux orientations des institutions internationales spécialisées qui déclarent la culture comme base de la légitimité de l’activité touristique.

Le tourisme culturel est-il une question culturelle promue par le ministère de la Culture ou est-ce une question touristique qui est laissée au ministère du tourisme?

On lit souvent dans les médias, la recherche et les publications publicitaires une description de cette modeste activité culturelle comme du «tourisme culturel», qui est une vague connotation qui oscille entre l’idéal de la vision et les contradictions de la mise en œuvre dans la réalité.

Est-ce que cela signifie mettre le tourisme au service de la culture, ou vice versa? Le tourisme culturel est-il une question culturelle promue par le ministère de la Culture ou est-ce une question touristique qui est laissée au ministère du tourisme?

Certains peuvent résumer le problème en disant que le culturel et le tourisme se complètent et se servent l’un l’autre, ce qui n’est qu’une manipulation des mots qui ne conduit pas à prendre conscience de la nécessité de mettre en place des mécanismes spécifiques pour y parvenir.

En attendant, le tourisme reste régi par ses nécessités économiques, en tant qu’activité qui s’efforce de maintenir ses modestes tranches au sein d’un marché mondial volatil où la concurrence s’intensifie et où le facteur culturel gagne un rôle croissant en tant que carte gagnante dans les enjeux de croissance.

La responsabilité de l’Etat dans le domaine du tourisme culturel

Il est nécessaire de se plonger dans le tourisme culturel en tant que concept autonome et de présenter quelques observations initiales, notamment que sa construction et sa mise en œuvre dépendent d’un changement dans la vision de l’État du tourisme en tant que secteur semi-isolé, y compris de ne pas se contenter de calculer ses rendements matériels en chiffres et en indicateurs dans le système global de l’économie nationale; L’autorité de tutelle doit veiller à développer les relations du secteur du tourisme avec le secteur culturel dans le cadre d’un partenariat viable et de politiques sérieuses qui, ensemble, garantissent les perspectives de développement durable. Il convient de noter qu’une telle politique ne doit pas se précipiter, dans ses premiers pas, vers un rendement financier gratifiant, car elle nécessite de passer par les étapes de mise en place et de préparation des infrastructures appropriées, de qualification des cadres, de construction de partenariats entre les institutions touristiques et culturelles, l’exploration du potentiel du marché intérieur et extérieur, avec les plans et procédures de communication nécessaires.

Soulignant que la charge de la mise en œuvre de cette politique doit être supportée par l’Etat au moins dans un premier temps, étant donné que la majorité des professionnels privés sont préoccupés par les problèmes auxquels ils sont actuellement confrontés pour sortir de la crise.

Fusion des ministères des Affaires culturelles et du Tourisme : Est-ce une solution ?  

Lors des débats sur le budget du ministère du Tourisme et de l’artisanat, pour l’exercice 2017, la question sur la stratégie à adopter pour promouvoir le tourisme tunisien et conquérir de nouveaux marchés a été abordée.

Certains députés ont appelé à accorder plus d’intérêt au tourisme culturel, à travers une meilleure promotion des sites archéologiques dans les différentes régions du pays, ainsi qu’à mettre en place de nouveaux circuits touristiques prenant en considération ces sites, tout en incitant les agences de voyage à les intégrer dans leurs programmes de visites touristiques.

Par ailleurs, ils ont jugé “insuffisants” les investissements réservés par le ministère au tourisme des festivals, lequel se présente comme une opportunité pour animer les régions, notamment intérieures.

Les députés ont préconisé, aussi, la fusion du département de tourisme et de l’artisanat avec celui des affaires culturelles, afin d’assurer une meilleure efficacité des deux ministères.

En ce qui concerne le secteur de l’artisanat, les députés ont pointé du doigt l’absence d’efforts pour la protection de l’artisanat national, menacé par les produits chinois, aux bas prix, lesquels ont envahi le marché tunisien.

En 2020, les répercussions de la crise sanitaire du Covid-19 sur le secteur culturel et celui du Tourisme et de l’Artisanat ont été à l’examen entre les deux ministres en présence de de plusieurs responsables des deux départements ; le ministère des Affaires Culturelles et celui du Tourisme et de l’artisanat ont convenu de créer un comité de travail permanent qui assurera la coordination des actions bilatérales pour le développement et la promotion du tourisme culturel.

Selon un communiqué conjoint des deux ministères, cette action bilatérale a été décidée lors d’une séance de travail tenue, mardi 12 mai 2020, à Tunis, entre Chiraz Laatiri, ministre des Affaires culturelles et Mohamed Ali Toumi, ministre du Tourisme et de l’Artisanat.

La rencontre a permis de fixer les priorités pour le développement du tourisme culturel, à l’instar du patrimoine matériel et immatériel à travers sa valorisation et sa promotion en adoptant une démarche novatrice.
Ce partenariat devra être mis en œuvre en faisant participer les professionnels dans les secteurs du tourisme et de la culture. L’objectif est d’inciter les touristes à visiter davantage les sites archéologiques et les musées et de découvrir les métiers d’artisanat dans le pays.

Refus des artistes

Le syndicat de base des métiers des arts plastiques a refusé catégoriquement une éventuelle fusion entre le ministère du Tourisme et de l’Artisanat et celui des Affaires culturelles. Ainsi, les artistes plasticiens  ont exposé leur position.

En effet, le syndicat de base des métiers des arts dramatiques, le syndicat de base des métiers des arts plastiques et le syndicat de base des métiers de la musique ont fait part de leur crainte. Et ce, quant à un éventuel projet de fusion entre les deux départements ministériels. Et ce, lors d’une réunion avec le conseiller du Chef du gouvernement, le 7 octobre 2020.

Le syndicat des artistes plasticiens affirme que le ministère des Affaires Culturelles doit être un ministère de souveraineté. Il doit exercer son rôle protecteur des artistes et des arts. Et ce, conformément à la Constitution.

Interpellé sur la question  de l’intégration du ministère de la Culture à celui du Tourisme et de l’Artisanat, le  18 octobre 2020, le Chef du Gouvernement, Hichem Mechichi a exclu toute fusion, affirmant que le ministère de la Culture constitue un département ministériel important.

 

En conclusion, si nous examinons les origines du phénomène du tourisme depuis l’Antiquité, nous trouvons que la motivation principale en est l’obsession culturelle représentée par l’amour de la connaissance et de la recherche scientifique ou l’apprentissage des conditions des gens des horizons courts, de leurs modes de vie et de leurs modes de pensée, et nous en avons des exemples dans les expériences des savants, des voyageurs et des touristes comme Hérodote et Marco polo, Abou Al-Rayhan Al-Biruni, Ibn Battouta, Al-Hassan Al-Wazzan et d’autres qui ont établi une culture de communication entre les civilisations et ont contribué à construire des ponts entre les peuples.

Sonia Chikhaoui

 

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