Les puissances mondiales ont jugé bon de l’écarter : La grande mascarade de la Conférence de Berlin… sans la Tunisie !

L’EXPERT – La conférence de Berlin sur la Libye n’a pas répondu aux attentes. Les deux parties opposées ne sont pas rencontrées, il n’y a pas eu de poignée de main symbolique entre le maréchal Haftar et Fayez Al-Sarraj. Le président turc Erdogan et le président russe Poutine se sont rencontrés ce qui a permis de faire avancer le dossier mais pas assez pour décrocher un véritable accord de cessez-le-feu. Résultat, pratiquement, nul pour des puissances mondiales qui avaient tout fait pour que cette conférence achoppe et que la guerre se poursuit, pour créer davantage de dégâts et leur permettre de profiter de la manne de la reconstruction.

Il fallait s’attendre à ce que la conférence de Berlin sur la Libye capote et n’atteint aucun résultat tangible, puisque les grandes puissances se croyaient investies du pouvoir de régler la situation, ce qui n’était pas, bien sûr, leur intention, parce que ce pays frère et voisin attire trop de convoitise, et chacun y cherche son compte. Et on a le droit de nous demander ce que sera la suite, puisqu’il n’y a eu ni accord sur un cessez-le-feu, ni même poignée de mains entre les représentants de forces opposées. Pourtant, si on avait laissé l’affaire entre les mains des pays riverains (la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte, en particulier), on aurait pu aboutir à de meilleurs résultats, si on voulait, vraiment, la paix entre les frères libyens. Et, maintenant, on doit s’attendre au pire, avec une guerre qui s’embrase, avec des éclaboussures sur les pays voisins, surtout la Tunisie et l’Algérie, puisque les combats se déroulent dans les zones ouest.

Invitée à la dernière, la journée d’avant la conférence, la Tunisie a décliné l’invitation à participer à la Conférence et a exprimé ses remerciements et sa considération pour l’invitation adressée, vendredi, par la Chancelière Allemande Angela Merkel au président de la République Kaïs Saïed.

Trop tard pour être efficace

« La Tunisie se trouve dans l’impossibilité de participer à cette conférence en raison de l’invitation, parvenue tardivement, et de la non-participation aux réunions préparatoires de la conférence qui se sont tenues depuis le mois de septembre dernier », indique le département des Affaires étrangères dans une déclaration rendue publique samedi dernier. Parce que la diplomatie tunisienne n’a pas appris à participer à la mascarade des grandes puissances, bien qu’elle ne pèse pas très lourd, sur le plan de l’équilibre des forces.

Le ministère a précisé, également, que la Tunisie avait pourtant insisté à ce qu’elle soit en tête des pays appuyant tout effort international qui prend en considération ses intérêts ainsi que ceux du peuple libyen frère. Mais, les participants et les organisateurs de la Conférence avaient d’autres préoccupations et d’autres projets dévastateurs, surtout que personne ne cherchaient la réconciliation.

Le ministère des Affaires étrangères a, en outre, mis l’accent sur la volonté affichée de la Tunisie de jouer un rôle efficace en tant que force de proposition aux côtés des autres pays œuvrant pour la paix et la sécurité dans le cadre de la légitimité internationale.

C’est dans l’intérêt de la Tunisie que de voir la paix et la sécurité régner en Libye, sans compter le fait qu’elle soit membre non permanant au Conseil de sécurité et qu’elle préside l’actuelle session de la Ligue des Etats Arabes, lit-on de même source.

« La décision de la Tunisie de ne pas pouvoir répondre favorablement à l’invitation de la République Fédérale d’Allemagne (…) ne l’empêchera pas de poursuivre ses efforts soutenus pour instaurer la paix et rapprocher les points de vue entre les différentes parties libyennes ». Et c’est ce qui est plus judicieux, loin du jeu d’influence.

La Tunisie s’est engagée depuis le début de la crise Libyenne, rappelle-t-on dans le texte de la déclaration, à ne pas s’ingérer dans les affaires internes de ce pays frère et à inciter les parties libyennes au dialogue. Elle demeure attachée à cette orientation, ainsi qu’à une solution politique issue de la libre volonté des Libyens, loin de toute intervention étrangère. La Tunisie se tient à égale distance de tous les protagonistes libyens.

Une présence qui n’était pas désirée ?

Le 6 janvier, le président de la République Kaïs Saïed a reçu un appel téléphonique de la chancelière allemande Angela Merkel. L’entretien avait porté sur les développements de la situation sur la scène régionale et internationale, et en particulier, la situation en Libye et le processus de la Conférence de Berlin, où la Tunisie n’avait été invitée que trop tard, pour être efficace.

Les deux parties ont également convenu de la nécessité de parvenir à une solution pacifique à la crise libyenne, en associant toutes les parties concernées, y compris la Tunisie, tout en affirmant l’attachement à la légalité internationale.

Ils ont évoqué en outre l’initiative de paix lancée en Tunisie, consistant à rassembler plusieurs chefs de tribus et de conseils sociaux pour l’examen des voies et moyens de la réconciliation et de l’élaboration du projet de la Constitution pour la prochaine étape en Libye.

Pour rappel, l’ancien ministre des Affaires étrangères Khémaïes Jhinaoui avait affirmé au cours d’une conférence conjointe avec son homologue Allemand Heico Mass datant du 28 octobre 2019 que le dossier libyen revêt un caractère majeur au regard de son impact direct sur la situation sécuritaire, économique et sociale dans le pays. Selon lui, la Tunisie doit être associée à toute initiative visant à régler la crise libyenne.

Comble de l’ironie, la chancelière allemande Angela Merkel a adressé une invitation officielle au président algérien pour participer à la conférence de Berlin, un rendez-vous vivement recommandé par les ministres des Affaires étrangères du G8 et des pays concernés par le dossier libyen.

La liste officielle des participants a été annoncée le 14 janvier en cours par la chancelière allemande. Il s’agit, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, selon l’agence de presse allemande des USA, la Russie, Le Royaume Uni, la France, la Chine, les Emirats arabes unis, la Turquie, le Congo, l’Italie, l’Egypte et l’Algérie.

Au niveau des institutions régionales et internationales, les Nations Unies, l’Union européenne, l’Union Africaine et la Ligue arabe sont attendues à ces assises.

A égale distance entre les belligérants

L’instabilité de la situation en Libye est une question de sécurité nationale pour la Tunisie (…) qui pourrait être amenée à prendre des mesures exceptionnelles au niveau de ses frontières dans le but de les sécuriser et de défendre sa sécurité nationale devant une éventuelle escalade de la crise en Libye.

Partant du principe de bon voisinage et des liens historiques et de fraternité qui unissent les deux peuples, les Libyens seront toujours les bienvenus en Tunisie, ajoute la même source.

Pourtant, la Fondation allemande Hanns Seidel a appelé les autorités de son pays et toutes les parties impliquées dans l’organisation de la Conférence de Berlin sur la Libye à revoir leur position et à adresser une invitation à la Tunisie eu égard à son rôle dans la stabilité et la paix en Libye et dans la région.

Dans une déclaration, la Délégation Régionale de fondation allemande en Tunisie a mis en avant la communauté du destin entre la Tunisie et la Libye. Elle a fait observer que la Tunisie continue à subir les conséquences de l’instabilité en Libye, ce qui rend sa participation à cette rencontre « nécessaire et évidente ».

Créée en 1967, la Fondation Hanns Seidel est active depuis 1988 en Tunisie, en Algérie et en Libye, dans le cadre de la coopération entre l’Allemagne et le Maghreb.

La Fondation partage depuis des années des projets de coopération avec des associations et institutions tunisiennes dont le parlement, les établissements de l’enseignement supérieur, en plus de ses partenariats dans le domaine judiciaire.

Depuis 2017, la Tunisie ne lésine pas sur les efforts pour réconcilier les deux parties libyennes en conflit et ce fut un certain lundi 18 septembre de cette année que le défunt président Béji Caïd Essebsi a reçu au palais de Carthage, le commandant des Forces Armées Libyennes Khalifa Haftar. Cette visite du maréchal libyen s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par la Tunisie en vue de rassembler les partis libyens et les encourager à engager le dialogue et le consensus en vue de faire sortir le pays de la crise.

Lors de cette entrevue le président Essebsi avait souligné que son pays ne s’intéressait jamais à s’ingérer dans les affaires intérieures libyennes et que Tunis maintiendra son impartialité vis-à-vis de toutes les parties en Libye. Il a assuré que la crise libyenne ne pourrait être résolue que par les Libyens eux-mêmes.

Haftar reconnaissant à la Tunisie

De son côté, le maréchal Haftar avait rendu hommage au rôle joué par la Tunisie et à ses soutiens constants au peuple libyen dans cette conjoncture délicate, en particulier dans la lutte contre le terrorisme. Il a ensuite présenté un compte-rendu au chef de l’État tunisien sur les derniers développements de la région et les résultats de ses échanges de vue sur les moyens d’assurer la sécurité et la stabilité en Libye.

Ainsi, même avec ses craintes d’un parti-pris de la Tunisie pour les forces de Tripoli, Haftar avait confiance en les efforts tunisiens. Toutefois, certaines interférences n’avaient pas permis de faire des avancées sur ce dossier.

Par ailleurs, et avant la conférence de Berlin, un ballet diplomatique a eu lieu en Tunisie, ce qui prouve que les grandes puissances sont aveugles, lorsqu’il s’agit de leurs intérêts et cherchent, uniquement, à tirer la corde de leur côté.

Il suffit de rappeler la visite-surprise du président turc Recep Tayyip Erdogan qui a placé la Tunisie dans une position délicate, au point que ses adversaires avaient cru que nous nous allions à sa position. Elle avait été suivie par celle du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian arrivé pour une visite officielle de deux jours, mercredi 8 et jeudi 9 janvier 2020.

Jean-Yves Le Drian a effectué cette visite, à la demande du président français Emmanuel Macron pour rencontrer le Président de la République Kaïs Saïed. Le but étant de « renforcer le dialogue politique qui unit nos deux pays et traiter des sujets d’actualité : en premier lieu la Libye, dont la stabilisation est une réelle priorité pour nos deux pays, et plus largement les crises régionales alors que la Tunisie siège depuis le 1er janvier 2020 au Conseil de sécurité des Nations unies », précise la même source.

Jean-Yves Le Drian rencontrera également, dans le cadre de cette visite de travail et d’amitié, le Président de l’Assemblée des représentants du peuple et le chef du gouvernement tunisien.

Elle a été suivie, le 13 janvier, par la visite du ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Luigi Di Maio, avec pour principal axe la situation en Libye.

Dans un communiqué rendu public, le ministère des Affaires étrangères tunisien avait indiqué que cette visite devait permettre « un échange de vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment les développements de la situation en Libye ».effectue, ce lundi 13 janvier 2020, une visite officielle en Tunisie avec pour principal axe la situation en Libye.

Remédier au pire

Maintenant, le destin de la Tunisie est de pallier au pire et de chercher à se prémunir contre cette guerre civile où elle n’a, jamais, cherché à être partie prenante. En raison des liens séculaires qui unissent les deux pays, les Tunisiens n’auront pas d’autre choix que d’accueillir leurs frères et voisins libyens, sous les regards désintéressés des grandes puissances, avec tous les risques que ce petit pays va encourir.

Une réunion de coordination tuniso-onusienne s’est tenue récemment, sous la présidence du ministre des Affaires étrangères par intérim Sabri Bachtobji, consacrée à l’examen des préparatifs sur le terrain dans le cadre du plan d’urgence conjoint, en prévision de tout flux humain massif en provenance de Libye si la situation se détériore dans ce pays.

La réunion s’est déroulée en présence du Coordonnateur résident des Nations Unies en Tunisie Diego Zorrilla et des représentants du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, de l’Organisation internationale pour les migrations, de l’UNICEF et de l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que des représentants des ministères et structures tunisiens concernés.

Sabri Bachtobji a souligné au cours de cette réunion la nécessité d’accélérer le rythme des réunions de coordination entre toutes les structures et les parties concernées et d’assurer une bonne préparation effective à toute répercussion humanitaire éventuelle de la détérioration de la situation sécuritaire en Libye.

A cet égard, il a souligné l’engagement du président de la République à préserver la sécurité nationale de la Tunisie et la dignité des demandeurs d’assistance et secours humanitaires, tout en leur assurant une couverture sociale et psychologique, dans le cadre des obligations internationales de la République tunisienne.

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