Ven. Avr 16th, 2021

Commerce extérieur: Les vrais chiffres

L’année 2019 n’était pas très réussie pour la Tunisie sur le plan économique, surtout avec un niveau de croissance qui ne va pas dépasser 1.1%. L’un des agrégats économiques qui étaient au rouge l’année dernière, c’est le déficit commercial, qui a continué à afficher des niveaux importants avec plus de 19 milliards de dinars. Malgré une légère baisse de quelques 400 millions de dinars en comparaison avec 2018, une lecture approfondie des chiffres du commerce extérieur dégagent des conclusions qui dénotent d’une défaillance importante de certaines politiques publiques.

Les chiffres qui maquillent la réalité :


Selon les chiffres publiés par l’INS sur les résultats de commerce extérieur durant toute l’année 2019, les échanges commerciaux aux prix courants montrent que les exportations ont augmenté de 7% contre +19,1% durant l’année 2018. Les exportations ont atteint le niveau de 43855 MD contre 40987 MD durant l’année 2018. De même, les importations ont enregistré une hausse de 5,4% contre +20% durant l’année 2018. Les importations ont ainsi atteint la valeur de 63264 MD contre 60010 MD durant l’année 2018. Suite à cette évolution au niveau des exportations (+7%) et des importations (+5,4%), le déficit s’est établit à un niveau de 19408 ,7 MD contre 19022,9 MD durant l’année 2018. Le taux de couverture n’a pas dépassé les 68%.
Pour mémoire le déficit commercial en 2010 n’était que de 8 milliards de dinars. Ainsi le déficit a été multiplié par 2 fois et demi.
Malgré une légère amélioration du déficit commercial, ces chiffres aussi catastrophiques soient-il, ne traduisent pas la réalité.


Les exportations en panne :


Ces chiffres sont la partie émergée de l’Iceberg, or, une analyse plus approfondie des résultats du commerce extérieur nous font découvrir la défaillance de la politique d’exportation en Tunisie. Une politique qui est principalement du ressort du ministère du commerce.
Revenons aux chiffres : La répartition des échanges par régime montre une hausse des exportations sous le régime offshore de 9,4% contre +16,1% durant l’année 2018. Sous le même régime, les importations augmentent de 5,9% contre +22,3% durant l’année 2018. Sous le régime général, ce qui est très important, les exportations sont en légère hausse de 0,4% contre +27,8% durant l’année 2018. De même, les importations augmentent de 5,2% contre +18,9% durant l’année 2018.
L’économie nationale enregistre ainsi un recul de 27 points en une année ce qui témoigne d’une défaillance totale de l’appareil exportateur tunisien.
Le taux de couverture au niveau du régime général est de 27% seulement. El effet, le déficit commercial sous le régime général est de -31221,6 MD (-29171,5 MD durant l’année 2018), soit plus de 12 milliards de dinars en plus que le déficit dans les échanges commerciaux en totalité.

Ces résultats nous mènent à poser des questions :
⦁ La rentabilité de notre politique d’exportation de nos produits nationaux, malgré une hausse enregistrée au niveau de l’exportation des phosphates et de l’agriculture et l’industrie agroalimentaire ?
⦁ Que font nos organes de soutien et promotion des exportations tel que le Cepex, qui vient justement de changer son PDG en catimini ?
⦁ N’est il pas temps de changer notre manière de promouvoir les exportations, qui demeure archaïque et se base sur la participation à des foires seulement ?
⦁ Ne faut il pas passer à une promotion des exportations plus digitale, ou la promotion directe aux produits nationaux, et contre les instructions de l’OMC ?
Ce qui est sûr, c’est que si nous continuons avec cette stratégie, notre dépendance à l’extérieur se renforcera, et l’un des principaux moteurs de la croissance, à savoir l’exportation, tombera en panne, et même se mettra au point mort.
Une refonte de notre politique publique d’exportation est nécessaire, certainement pas avec l’équipe actuelle. Un conseil pour ceux qui vont venir : prière ne lancez pas une consultation sur l’exportation, ou une conférence nationale, ou un atelier…les autres l’ont fait et c’était juste pour la presse et la « pause café ».

Abou.Farah

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