Ven. Avr 16th, 2021

Tunisia 2020 : La grande arnaque

En fanfare, et à coût de mise en scène bien orchestrée, s’est tenue en Tunisie au mois de Novembre 2016, un grand forum de l’investissement « Tunisia 2020 ». S’était la ruée des milliards de dinars vers le paradis tunisien, et l’évènement le plus important qui a mis Youssef Chahed sur la sellette. Le 30 novembre 2016, et lors d’une conférence de presse, le Chef du gouvernement sortant Youssef Chahed annonçait 15 milliards de dinars d’accords signés et 19 milliards de promesses enregistrés au cours de Tunisia 2020. 3 ans après ce rendez-vous, le bilan tourne à l’arnaque et à la mise en scène théâtrale.

Que des promesses :

Après les élections de 2014, la Tunisie a gagné en sympathie à l’échelle internationale. La France s’est engagée à aider la Tunisie pour organiser un forum important sur l’investissement. Cette sympathie s’est accentuée surtout après la vague terroriste qui a frappé la Tunisie en 2016. Dans ce contexte le forum sur l’investissement « Tunisia 2020 » qui a reçu le soutien de plusieurs pays et bailleurs de fonds, était considéré comme une grande opportunité de relance économique pour le pays. C’était tout simplement un plan de sauvetage économique, et c’était pour nos politiques, une réussite à classer dans leur crédit. A la fin du Forum, qui a vu la participation de plusieurs dizaines d’hommes d’affaires et hommes politiques de haut rang, on parlait d’une réussite, et on s’attendait à une métamorphose de la scène économique. Les dollars et les euros affluaient de partout. L’anecdote durant la conférence de presse fut celle du chef de gouvernement qui disait en s’adressant à Fadhel Abdelkefi, alors ministre du développement et de la coopération internationale « Combien on a récolté ? ». En effet, et en guise de rappel, dans le chapitre promesses on retrouve plusieurs pays et bailleurs de fonds :

 Le Qatar s’est engagé à mettre à disposition de la Tunisie un montant de 2.8 milliards de dinars

 Le Koweït s’est engagé à accorder à la Tunisie un prêt de 1.1 milliards de dinars à la Tunisie sur une durée de 5 ans pour financer des projets économiques et sociaux

 La Turquie s’est engagée à déposer la somme de 220 millions de dinars auprès de l’Exim Bank Turquie pour financer des projets d’Investissement en Tunisie.

 La Suisse s’est engagée à accorder à la Tunisie un prêt de 560 millions de dinars sur 7 ans

 Le Canada s’est engagé à investir plus de 50 millions de dinars sur les 4 prochaines années

 La  BAD  a  annoncé  des financements  entre  3.7  et  5  milliards de  dinars  sur  les  5 prochaines années en faveur des projets de développement en Tunisie

 La BID  a annoncé des financements entre 3.3  et  4.4  milliards de dinars sur les 5 prochaines années

 La Banque Mondiale a annoncé des financements de plus de 4.4 milliards de dinars S’ajoute à ses promesses, plusieurs projets privés tel que :

 Peugeot PSA pour le lancement d’une usine pour la fabrication d’un pick up (camion) en Tunisie

 Telnet a signé un accord de partenariat avec Airbus Safran

 SOPRA s’installe en Tunisie après avoir signé un accord avec Wevioo

 Eni et Etap ont signé une convention de partenariats pour le développement des énergies renouvelables

 Le Groupe britannique IHG s’est engagé à financer la construction de 2 hôpitaux

L’engagement par les responsables de ce Forum était de tenir un point périodique sur l’état d’avancement des projets annoncés. Or cette promesse, et comme pas mal d’autres n’a pas été tenue. Aucun élément sur la réalisation des projets soumis au financement.

Et depuis….

A l’exception de quelques projets, prévus dans le cadre d’un partenariat privé, plusieurs projets et promesses de financement ne ce sont pas concrétisés. On cite à ce niveau le lancement de la construction d’un pick up avec Peugeot PSA, la coopération entre Telnet et Airbus, la construction d’un hôtel par la chaîne la « Cigale », le début des travaux pour la construction de deux hôpitaux, …….

Certains bailleurs n’ont pas encore honoré leurs engagements au niveau de certaines lignes de crédits, et certains conditionnent le déblocage de leurs promesses à des exigences dont le gouvernement ne peut pas tenir. On n’a rien encaissé jusqu’à présent…

En effet, le budget de l’Etat reste financé en grande partie par l’accord financier entre la Tunisie et le FMI et certains crédits déjà signé avec la Banque Mondiale ou l’Union Européenne. Le reste c’était du noir sur blanc, et de la poudre aux yeux.

A la lumière des chiffres et projets annoncés lors de la conférence, le niveau de réalisation ne dépasse les 10%, ce qui est en deçà des attentes

. Les raisons d’un échec annoncé :

Plusieurs raisons laissent affirmer que les résultats de cette conférence étaient voués à l’échec. L’analyse nous fait ressortir les raisons suivantes :

– Les projets présentés au financement étaient mal préparés et fait à la hâte. – La réalisation de certains projets nécessite des procédures rapides incompatibles avec la règlementation actuelle des marchés publics en Tunisie,

– La loi sur l’urgence économique présentée par le gouvernement à l’ARP, et qui a pour objectif de faciliter la réalisation des projets d’envergure nationale, n’a pas été votée,

– Plusieurs bailleurs de fonds ont conditionné leurs promesses à certaines exigences qui n’ont pas été tenue par le gouvernement tunisien,

– Certains pays, principalement du Golfe, ont conditionné leurs financements à des orientations politiques et soutien de la Tunisie dans des dossiers d’envergure internationale.

– L’incapacité de l’économie nationale d’intégrer les financements annoncés par les responsables de la conférence.

En tout cas, ceux qui ont suivi ce dossier de prés et même ceux qui ont fait l’annonce, n’y croyaient pas….On comptait beaucoup sur l’effet d’annonce et le gain politique. L’objectif selon notre analyse n’était pas les financements, mais seulement de faire revenir la Tunisie sur l’échiquier de l’investissement à l’échelle internationale.

Le retour annoncé de Fadhel Abdelkefi à la tête du ministère du développement et de la coopération internationale, le principal architecte de cette conférence, ressortira certainement le dossier des tiroirs. Les tunisiens ont droit de savoir les résultats de la conférence comme promis…et qu’on ne nous prend pas pour des dupes.

En tout état de cause, c’est ce genre d’annonces et de mascarades, qui font que les tunisiens n’ont plus confiance dans ceux qui le gouvernent. Pour Youssef Chahed, à notre sens, c’était l’arnaque de son mandat…peut être lui-même il a été arnaqué..

Abou Farah

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