Ven. Avr 16th, 2021

marginalisation bat son plein pour certaines régions : Quelles pistes pour financer le développement ?

L’EXPERT – Le développement semble être le dernier souci des décideurs politiques, et il
n’y a qu’à consulter le projet de loi de finances et le budget de l’Etat pour l’année 2020,
pour comprendre que les politiciens continuent à rire sous la barbe de la crédulité du
citoyen. Sur un budget de l’Etat de 47,227 milliards de dinars, soit une augmentation de
9,5%, par rapport à 2019, les dépenses de développement s’élèvent seulement à 6,9
milliards de dinars, alors qu’environ 11,678 milliards de dinars seront consacrés au
remboursement du service de la dette. En parallèle, les dépenses de gestion s’élèvent à
28,263 milliards de dinars, avec une hausse de 5,1% par rapport à l’année 2019, dont
19,030 milliards de dinars de dépenses dédiées au paiement des salaires, soit 15,2% du PIB
contre 17,165 milliards de dinars actualisé 2019 (15% du PIB).
C’est vraiment ahurissant, alors que le fossé s’agrandit au niveau du déséquilibre entre les
régions et que des centaines de milliers de personnes vivent dans la marginalisation et la
pauvreté.
Les responsables politiques se complaignent dans leur situation reposante et même les votes
sanctions, lors des précédentes élections législatives et présidentielles ne les ont pas poussés à
faire leur autocritiques et à retenir la leçon, puisque le système électoral permet aux
corrompus et aux fauteurs de troubles de bénéficier des largesses de l’Etat.
Les décideurs se sont-ils demandés pourquoi l’extrémiste trouve un champ fertile, dans des
régions comme Kasserine, Kairouan, Sidi Bouzid et ailleurs, aussi, même dans les régions
nord du pays ? C’est tout simplement parce que ces régions ne bénéficient pas, jusqu’à
aujourd’hui, des bienfaits de cette révolution à laquelle ils avaient participé, mais qui n’a
provoqué que davantage de douleur et de souffrances.
Pourtant, les solutions existent : il faut d’abord dynamiser l’investissement, ce qui n’est pas le
cas avec le nouveau Code des investissements critiqué et dénoncé, même, par les spécialistes
et les experts qui sont très nombreux en Tunisie, mais qui, malheureusement, ne sont pas
écoutés, parce qu’ils ne font pas partie des lécheurs de bottes et des partisans de certains partis
dominants sur la scène politique.
En outre, il est des plus urgents de rétablir la valeur du travail, surtout qu’avec l’arrivée du
mouvement islamiste Ennahdha et ses idées de dédommagements pour les méfaits de l’ancien
régime, alors que personne n’a demandé à leurs partisans de choisir la politique pour
profession. Résultat : des centaines de milliers de personnes, partisans d’Ennahdha, surtout,
sont payés pour ne rien faire et ne sont pas capable d’être d’un apport quelconque pour le
service public et les entreprises publiques.
Nonobstant ces aléas, il reste, toujours, possible de redresser la barre et l’économiste tunisien
et professeur des universités, Mahmoud Sami Nabi vient de proposer, à travers son ouvrage
« Making the Tunisian resurgence », plusieurs pistes à explorer pour financer de nouveaux
modèles de développement et donner plus de possibilités de manœuvre à l’Etat. Il a évoqué,
dans une interview à l’agence TAP, 5 mécanismes de financement alternatifs, parmi d’autres.
Un fonds de philanthropie

La première piste proposée par l’auteur consiste à faire appel aux obligations à impact social.
L’idée est de chercher des financements auprès d’investisseurs sensibles à des causes sociales
spécifiques et « qui ne sont pas forcément attirés par des rémunérations importantes mais par
les causes elles-mêmes ».
A cet égard, « les fonds de philanthropie sont très utiles à mobiliser ». Ils sont connus,
aujourd’hui, sous l’appellation « venture phylantropy ». « Les obligations à impact social sont
des instruments financiers qui ont été lancés au Royaume-Uni en 2010 pour financer des
programmes sociaux et ont par la suite été appliqués dans plusieurs pays développés »,
témoigne Nabi.
En Tunisie, il est aussi souhaitable, selon l’économiste, de créer une Instance indépendante de
solidarité sociale, sous le contrôle du marché financier. Cette instance, qui pourrait structurer
ce troisième secteur de l’économie, devrait être redevable au parlement et contrôlée par le
conseil du marché financier. Le terrain est probablement favorable à ce genre de structure en
Tunisie, car, plusieurs dons sont faits aux associations sans qu’il y ait l’impact économique
souhaitable faute d’une bonne canalisation des dons reçus vers des projets concrets.
« Cette instance devra lever des fonds pour réaliser des projets de développement
socioéconomiques en mobilisant des financements auprès d’investisseurs et de donateurs
sensibles à des causes spécifiques (microprojets, aides aux familles nécessiteuses, logements
sociaux, transport des écoliers et des femmes rurales, soins de santé, réhabilitation des écoles
et des centres de soins, etc. ).
Des « Diaspora investment bonds »
Nabi suggère également, d’exploiter la piste des obligations destinées à la diaspora « Diaspora
investment bond ». « C’est vrai que l’expérience de l’emprunt national a été un échec puisque
l’Etat a été contraint de demander aux banques de souscrire, mais ce que je propose c’est de
gérer autrement ce mécanisme en proposant préalablement à la diaspora des projets concrets
qu’ils seront motivés à les soutenir, dans leurs villes natales par exemple », explique-t-il.
D’après lui, l’idéal serait de recevoir des financements en devises de tunisiens qui acceptent
d’être remboursés en dinars tunisiens, au taux de change spot futur.
Cette économie des réserves en devises est également possible en réactivant la coopération
entre banques centrales à l’échelle maghrébine. « Dans le livre, on propose un mécanisme
financier régional, conçu avec des collègues au sein de la Banque islamique de
développement (BID) et que l’on propose d’appliquer à l’échelle du Maghreb pour financer le
commerce et l’investissement ».
Orienter la politique d’assouplissement monétaire de la BCT vers des activités ciblées
L’autre idée défendue dans le livre est « d’orienter la politique d’assouplissement monétaire de
la BCT vers des activités économiques ciblées pour stimuler l’investissement et limiter la
croissance de la masse monétaire profitant aux dépenses de consommation (via le
financement bancaire) ».
« Il ne s’agit pas de faire fonctionner la planche à billet comme on me l’a souvent critiqué » se
défend l’auteur, mais d’amener des initiatives à travers les mécanismes du marché monétaire,
pour financer l’investissement et le commerce extérieur en profitant des technologies
numériques pour une meilleure traçabilité de la circulation de la masse monétaire.
Une autre piste évoquée par l’économiste, celle de la titrisation des revenus futurs qui pourrait
être exploitée dans plusieurs domaines. Il s’agit d’échanger des revenus futurs confirmés
(comme le gazoduc algérien), contre un financement immédiat par les investisseurs. La
titrisation des revenus futurs pourrait être exploitée dans le cadre d’un holding public.
Nabi cite, dans ce contexte, l’exemple de « Tamasek Holding », établi par Singapour dans les
années soixante, comme une solution de compromis face à la privatisation des entreprises
publiques.

L’Etat pourrait émettre aussi des certificats d’investissement sous forme de sukuk
d’infrastructure (un véhicule de partenariat public privé) pour attirer des investisseurs
internationaux intéressés par les grands projets d’infrastructures (solaire, centres hospitaliers,
zones industrielles, ports…).

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