jeu. Juil 9th, 2020

Tunisian Smart Cities : retour sur les projets initiés dans les régions

A l’heure où l’urbanisation s’accélère et que la mobilité urbaine devient un défi de tous les
instants, la notion de la ville intelligente et durable commence à prendre place dans les débats
sur la ville de demain en Tunisie. L’expression de ville intelligente, traduction de l’anglais
Smart City, désigne une ville qui exploite le numérique pour améliorer la qualité de vie du
citoyen et répondre aux exigences des générations présentes et futures en ce qui concerne les
aspects économique, social, environnemental mais aussi culturel.
Appuyée par une forte volonté citoyenne de changer l’avenir de la ville tunisienne et
promouvoir une ville durable, innovante et collaborative, la notion de Smart City commence à
s’éclaircir et les premiers périmètres smart commencent à se dessiner dans différentes régions
du pays.
A Abidjan, Bizerte témoigne de son expérience en tant que smart city
Bizerte, en tant que ville intelligente et durable leader, commence depuis une dizaine d’années
à intégrer les premiers composants intelligents dans différents projets, essentiellement liés aux
domaines de la gestion de la mobilité, de l’énergie, du service public, du logement et de la
mobilité intégrée.
Dans une interview qui nous a été accordée, Kamel Ben Amara, maire de Bizerte, nous a fait
part des avancements réalisés à Bizerte en ce qui concerne la démarche numérique visant à
optimiser la qualité de vie du citoyen.
« Tous les engins des travaux et de collecte de déchets détenus par la municipalité de Bizerte
sont désormais dotés du système GPS, ce qui facilite considérablement le travail des services
de surveillance et de contrôle au sein de la municipalité. Un accès wifi outdoor très haut débit
a été déployé et ouvert au public gratuitement 24h/24 et 7j/7 avec une possibilité de
connexion simultanée de 400 personnes. Le réseau wifi couvre actuellement la place des arts
située en face du palais de la municipalité. Le conseil municipal a procédé également à la
numérisation et la modernisation de l’administration à travers la réduction de l’usage de
papiers. Nous avons commencé en coopération avec l’ATI (Agence tunisienne d’Internet) par
le déploiement d’un service Intranet et nous comptons mettre en place, dans une étape
suivante, le service de gestion du courrier et pourquoi pas le service de gestion électronique
des documents « , avance-t-il.
Le maire de Bizerte a ajouté que d’autres projets entrepris dans le cadre d’une coopération
avec l’AFD (Agence française de développement) sont fin prêts et devront être finalisés avant
la fin du mois de novembre 2019, y compris l’installation de systèmes de vidéosurveillance,
l’éclairage public intelligent et le lancement d’applications mobile qui devront permettre aux
citoyens de déposer des réclamations et des commentaires et de signaler des anomalies en
ligne. L’énergie propre à 100% figure parmi nos projets à l’horizon 2030.
A noter que la ville de Bizerte a été sélectionnée avec cinq villes pilotes en Afrique, à coté de
Antananarivo (Madagascar), Conakry (République de Guinée), Dodoma (Tanzanie) et
Libreville (Gabon), pour la phase pilote du diagnostic des villes 2019-2020. Une délégation
tunisienne présidée par le maire de Bizerte s’est rendue à Abidjan pour participer à un atelier
destiné à examiner les méthodologies de diagnostic des villes en développement urbain durant
lequel Bizerte a brillé avec sa vision de son territoire. L’atelier a été organisé en coopération
entre la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds de développement urbain et
municipal (UMDF) et la Coopération économique entre l’Afrique et la Corée (KOAFEC).
Gabes Smart City, un rêve qui s’approche plus de la réalité
Après Bizerte, la ville de Gabes se rêve en ville innovante et durable. Le projet Gabes Smart
City a été lancé, en marge d’Afric’Up, sous la marque « Gabes l’oasis intelligente ». C’est le
deuxième quartier smart en Tunisie après « La perle du Lac ». Ce projet ambitieux appuyé par

le gouvernorat de Gabes, la municipalité de Gabes, les organisations régionales et les
composantes de la société civile à Gabes vise à construire un quartier écologique et durable
dans l’une des villes les plus polluées au niveau national. Un terrain de 42 hectares a été alloué
au projet au coeur de la ville, à la limite entre la mer, l’oasis et le canal de Gabes. D’autres
périmètres seront programmés ultérieurement dans une logique intercommunale.
Le projet qui introduit une vision de la ville à l’horizon 2050 a été conçu en tenant compte des
spécificités des régions aux alentours et en respectant les objectifs du développement durable
(ODD) ainsi que les caractéristiques de la ville intelligente et durable. Il devra s’articuler
autour d’axes majeurs dont la mobilité urbaine et le développement de la qualité du service de
déplacement, la valorisation de la ligne côtière et la mise en valeur de l’oasis de Gabes.
D’Utique à Gafsa en passant par Siliana et Sfax, des projets smart ambitieux
D’autres projets smart sont également en cours de déploiement dans les quatre coins du
territoire tunisien. A Sfax, les gestionnaires de la ville et les partenaires de développement ont
pensé, au premier lieu, à l’optimisation de la mobilité et la préservation de l’environnement.
« Aujourd’hui, on bouge beaucoup plus qu’ultérieurement puisqu’il y a beaucoup plus de
modes de transport et beaucoup plus de rapidité. Les mouvements sont devenus très
nombreux par rapport à la capacité d’absorption de certains espaces. C’est vrai que la mobilité
créé de la richesse, mais aussi des problèmes contre lesquels il faut lutter. Pour ce faire, on
pense entre autre aux nouvelles technologies. Cela permettra de réduire les effets de la
pollution en termes d’émission de gaz à effet serre, de bruit, de nuisance visuelle, mais aussi
en terme d’encombrement de l’espace public, que ce soit par les véhicules qui circulent ou
ceux qui sont en stationnement illégal », affirme Mme. Faika Skander Cherif, enseignante à la
Faculté des sciences de Sfax.
Et d’ajouter « Pour lutter contre tous ces problèmes, il y a lieu de penser à mettre en oeuvre des
vecteurs d’une mobilité intelligente pour bouger dans le plus simplement possible, réduire les
polluants et les encombrements, et prévenir le recours abusif aux énergies fossiles ; une
recherche et une adaptation de solutions alternatives et une législation incitant à la
préservation tant au niveau social, environnemental et économique ».
Utique ambitionne aussi de devenir une ville intelligente et durable à travers le projet du
nouvel aéroport international destiné à desservir la capitale. Habib Hammami, maire d’Utique,
a affirmé que l’emplacement de la ville d’Utique à la frontière entre Tunis et Bizerte en fait le
meilleur endroit pour la construction de cette nouvelle plateforme aéroportuaire qui devra être
une solution pour désengorger le trafic aérien et optimiser la gestion du flux des voyageurs
qui arrivent en Tunisie chaque année.
« Le nouvel aéroport d’Utique devrait être construit dans la région d’El Mabtouh, à seulement
40 kilomètres de Tunis. Outre l’aéroport, ce projet ambitieux devrait également inclure
d’autres composants. En tant que conseil municipal, nous allons poursuivre nos efforts et
oeuvrer sans relâche pour concrétiser ce rêve tant attendu », indique-t-il.
A Gafsa, les études du projet de la Smart City sont fin prêtes. Le premier périmètre smart dans
la région devra s’étendre sur 1,5 km de longueur et 100 à 200 mètres de largeur où se
concentrent la plupart des services et établissements publics. Il verra l’installation de caméras
de surveillance et de lampadaires intelligentes pour réduire la consommation d’énergie, la
digitalisation des services publics, la mise en place d’un système de gestion de places de
parking intelligent, l’installation de poubelles intelligentes capables de faire le tri des ordures
et le réaménagement du jardin public La Liberté, sis en plein centre-ville de Gafsa, en pensant
Smart.
Abdelbari Ben Yakouta, enseignant universitaire à la Faculté des sciences de Gafsa et
président de l’Association locale de la recherche scientifique, nous a confié que toutes les
études préparatoires du projet Gafsa Smart City sont prêtes et que toutes les applications
nécessaires ont été développées. Un annuaire Smart de la ville de Gafsa a été mis en place

pour rapprocher l’ensemble des acteurs de la ville de demain. »Ce qui nous manque aujourd’hui
pour concrétiser le rêve de la ville intelligente à Gafsa, c’est le financement », souligne-t-il.
M. Ben Yakouta a poursuivi « Une nouveauté s’ajoute à ce projet : deux nouveaux projets
smart sont en cours d’étude et devront améliorer les conditions de vie du citoyens à Gafsa. Le
premier projet qui devra s’étendre sur un périmètre de 2 km à l’entrée de la ville vise
essentiellement à promouvoir l’adoption des technologies vertes (création d’espaces verts,
installation de poubelles intelligentes). Le deuxième projet porte essentiellement sur la smart
agriculture et plus précisément sur le contrôle intelligent d’irrigation ».
Pour sa part, Abdelhamid Hammami, maire de Siliana, a affirmé qu’une commission « Siliana
2045″ dédiée à la smart city qui a réuni les différentes composantes de la société civile et des
experts de divers domaines a été créée et sera chargée du suivi et d’accompagnement des
projets de transformation de Siliana en ville intelligente et durable depuis les réflexions
stratégiques jusqu’à leurs mises en œuvre. Il a souligné que ce choix n’était pas arbitraire étant
que la municipalité de Siliana fêtera en 2045 son 100e anniversaire.
Il a également précisé que pour mener à bien ce projet, la municipalité de Siliana a procédé à
la conclusion d’un partenariat avec le centre régional de l’informatique, une fondation privée
spécialisée dans l’accompagnent des jeunes passionnés d’informatique.
« Cette expérience a commencé déjà à porter ses fruits. Une application mobile permettant aux
citoyens locaux de déposer des réclamations et des commentaires et de signaler des anomalies
en ligne devra être lancée dans les jours qui viennent. D’autres projets, notamment culturels et
artistiques sont également en cours d’études ».
Le maire a saisi l’occasion pour appeler toutes les composantes de la société civile et les
jeunes de Siliana à s’engager dans ce projet ambitieux et innovant qui contribuera à changer
l’avenir de la ville.

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