Microfinance…Panacée ou grande escroquerie ?

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Il est certain que ,pour sortir de la pauvreté, il faut bien avoir accès à une source de financement. De là, est née l’idée de la microfinance: de petits prêts à des personnes pauvres, d’habitude sans garantie.

Les institutions de microfinance (IMF) prennent beaucoup de formes: coopératives de crédit et d’épargne, ONG, banques… Elles peuvent être à but non-lucratif ou lucratif.

La microfinance permet, théoriquement, l’accès des franges sociales exclues du système financier conventionnel à une gamme de produits dédiés incluant le crédit, l’épargne, l’assurance et les transferts de fonds par l’intervention d’institutions, fréquemment dénommées institutions de microfinance ou IMF. 

Le paysage de la microfinance en Tunisie 

La révolution tunisienne a mis en lumière l’ampleur des problématiques socio-économiques du pays : pauvreté, chômage et disparités régionales énormes. La désertion des touristes et les grèves qui ont accompagné et suivi la révolution n’ont fait qu’amplifier ces problèmes structurels profonds.

Le printemps arabe a donc marqué un tournant pour le secteur financier. L’éveil de la population et notamment de la jeunesse a fait prendre conscience aux élites politiques et économiques de la nécessité de créer une croissance plus juste et inclusive.

C’est dans ce contexte agité mais fertile pour les idées que la microfinance se trouve actuellement. On assiste à de vraies réussites dans ce secteur, qui peut compter sur un intérêt croissant des investisseurs et un potentiel encore très important.

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A l’inverse, transformer les possibilités en réalités sera un long combat et nécessitera un changement radical de la microfinance.

A l’heure où la Tunisie aborde une nouvelle étape de son développement, dans laquelle les questions d’emploi et de développement régional équilibré sont plus que jamais essentielles, la problématique de l’exclusion financière prend toute son importance.

Le microcrédit, en tant qu’outil d’inclusion financière et sociale, a déjà apporté quelques éléments de réponse, avec deux approches différentes : celle d’Enda inter-arabe, pionnière de cette activité en 1995, reconnue au niveau international, et celle des associations de microcrédit partenaires de la Banque Tunisienne de Solidarité, avec une couverture nationale complète, créées à partir de 1999. Au-delà du crédit, les personnes à bas revenus ont aussi besoin de solutions d’épargne et d’assurance pour compenser l’irrégularité de leurs revenus et faire face aux imprévus de la vie. Ces services ne leur sont que très partiellement accessibles aujourd’hui. Pour jouer pleinement son rôle dans le développement économique et social, la microfinance doit donc aller au-delà du microcrédit. Il s’agit non pas de fournir du crédit à une population exclue du système financier, mais bien d’inclure cette population dans le système financier. Il s’agit non pas de créer un secteur dual avec deux mondes qui s’ignorent, mais bien au contraire de développer un continuum de services financiers, allant de la microfinance à la banque classique.

Pour cela, une multitude d’acteurs et de canaux de distribution est nécessaire : associations, banques, sociétés financières, réseau postal, banque à distance ; chacun apportant sa pierre à la microfinance.

L’Etat doit, lui, se concentrer sur la création d’un environnement porteur pour le développement d’un secteur privé responsable et autonome.

Pour l’essentiel, la microfinance a un double objectif: elle permet d’abord de favoriser l’accès des petits producteurs exclus du circuit bancaire à des services financiers de proximité et adaptés à la taille de leurs activités (micro-entreprises/microcrédits); ensuite, elle contribue à réaliser une meilleure collecte de l’épargne des ménages et des petits entrepreneurs pour la réinjecter dans le circuit économique.

Donc, le microcrédit peut être considéré comme un moyen d’intégration sociale.

Les pouvoirs publics comme les bailleurs de fonds ont toujours présenté les structures de microfinance comme l’un des instruments alternatifs pour répondre aux besoins des plus démunis et de lutte contre la pauvreté et la réduction du taux de chômage.

En effet, la filière du microcrédit en Tunisie est sous la supervision du ministère des Finances. Au cours de la période 1999-2010, une première loi a créé le statut d’Association de Microcrédit (AMC), en fixant le montant maximal du crédit à 5.000 dinars pour le financement de l’entrepreneuriat et 1.000 dinars pour l’amélioration du cadre de vie tout en plafonnant le taux d’intérêt à 5% par an.

Deux réformes ont été promulguées, par la suite, pour une mobilisation soutenue des ressources étatiques et pour l’ajustement des conditions des taux d’intérêt et des plafonds de crédit. D’un autre côté, les organismes non gouvernementaux et internationaux, reconnus en Tunisie, pourraient solliciter des agréments pour effectuer des opérations de microcrédit.

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Toutefois, les intervenants du microcrédit sont des caisses d’épargne et de crédit établies pour améliorer le financement des coopératives principalement agricoles, des sociétés de cautionnement mutuel, un tissu dense d’associations de développement local et le réseau Enda inter-arabe(, une ONG internationale installée en Tunisie depuis 1990 et qui a lancé le premier programme de microcrédit en 1995) spécialisé dans le microcrédit et la Banque tunisienne de Solidarité (BTS) qui n’est que le pilier principal de la microcrédit en Tunisie.

De ce fait, le secteur du microcrédit regroupe deux dispositifs évoluant parallèlement : le système centré autour de la BTS, inséré dans une politique nationale de soutien à la création de revenu; et Enda  qui opère aux conditions du marché sur des dérogations spéciales.

En plein boom en Tunisie depuis la Révolution, le secteur de la microfinance a vu plusieurs nouveaux opérateurs :Tayssir Microfinance, Microcred , Groupe PlaNet Finance , Horus Development Finance et ADA ( Appui au développement autonome) ainsi que Advans Tunisie qui vient récemment  concurrencer le leader historique Enda.

Les enjeux de la réforme de la microfinance

Plusieurs analystes financiers et acteurs économiques  de la société civile remettent en question aussi  la logique de gouvernance du tissu du microcrédit en Tunisie. Ce tissu est largement dispersé, émietté et avait jusque-là prévalu dans une vision de couverture nationale et de contrôle qui a conduit à l’établissement de petites associations à couverture limitée et entièrement dépendantes des subventions étatiques pour fournir une gamme de services très réduite.

En 2011,  la vision a été concertée pour le développement du secteur et la promulgation d’un nouveau  décret-loi n° 2011-117 du 5 novembre 2011 portant organisation de l’activité des institutions de microfinance.

En 2013, l’autorité de contrôle de la microfinance a été mise en place, et les principaux apports de cette nouvelle réglementation sont :

– la commercialisation du secteur.

-Les associations continuent mais doivent se restructurer.

-l’application d’un taux de marché pour les microcrédits financés sur des lignes autres que budgétaires.

Ce nouveau cadre contribuera  à développer le secteur, mais:

-L’approche demeure minimaliste: pas de collecte de dépôts, limitant ainsi l’entrée de grands opérateurs

Les AMC ont arrêté leur activité: faute de pouvoir respecter les nouvelles conditions (en matière de dotation)

Des voies critiquent l’entrée d’IMF à but lucratif : on reproche à certaines organisations de microfinance, d’être trop commerciales. Cela se traduit par l’application de taux d’intérêts trop élevés en comparaison à la marge que les micro-entrepreneurs peuvent dégager.

Dans ce cas, la microfinance ne représente qu’un intérêt mineur par rapport à l’usurier classique. L’emprunteur passera simplement d’une dépendance à l’usurier à une dépendance à l’IMF, ce qui est certes moins dangereux en termes de représailles, mais tout aussi inutile au niveau de l’impact social du prêt.

La commercialisation de la microfinance se désenveloppe avec son ouverture aux investisseurs privés qui y voient parfois une occasion de diversifier leurs produits d’investissement, mais qui attendent malgré tout un retour financier, ce qui a parfois pour effet de détourner les IMF de leur mission sociale au profit de la performance financière.

Dans le même ordre d’idées, on note un ciblage de plusieurs IMF qui ont tendance à soutenir des bénéficiaires plus crédibles ou plus accessibles en axant leur activité en zone urbaine. Ainsi, la population cible aurait tendance à s’enrichir, délaissant ainsi une partie de la population la plus nécessiteuse, comme les populations rurales, isolées ou portant des projets agricoles à faible et lente rentabilité, pas toujours compatible avec les produits développés en microfinance.

Les Limites de la

Microfinance

Certaines études récentes menées par plusieurs institutions de microfinance telles Spandana en Inde ou Al Amana semblent démontrer qu’il n’y a pas de transformation profonde de la vie des clients à la suite de l’accès à la microfinance.

C’est surtout au niveau du crédit que la microfinance montre ses limites. En effet, le microcrédit, comme tout crédit d’ailleurs, doit être remboursé. Il nécessite donc au niveau de l’emprunteur une bonne capacité de remboursement, aptitude qui bien entendu s’amoindrit si la personne est très pauvre, sans revenus fiables pour lui permettre de rembourser un prêt. Octroyer un prêt à de tels individus risque plutôt d’aggraver leur situation d’endettement et de pauvreté.

Souvent , les gouvernements et les agences de coopération souhaitent utiliser la microfinance comme outil de résolution de divers problèmes sociaux.  Les programmes de microcrédit conçus pour ce type de situation fonctionnent cependant rarement. Ils enregistrent le plus souvent des taux d’impayés ou de non remboursement élevés.

Le microcrédit se révèle, par contre, le plus utile pour ceux qui ont identifié une opportunité économique et qui sont en situation de faire fructifier cette opportunité s’ils ont la possibilité de se procurer une petite somme d’argent au moment où ils en ont besoin.

Ainsi, les personnes pauvres qui travaillent dans des économies stables ou en croissance, qui ont démontré leur capacité à conduire les activités proposées dans un esprit d’entreprise et leur engagement à rembourser leurs dettes, sont les meilleurs candidats pour le microcrédit.

Sonia Chikhaoui

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